Pas de Noël made in France pour les enfants

Angeline Benoit - ©2008 20 minutes

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Demandez à la vendeuse où sont les jouets fabriqués en France et regardez-la faire les yeux ronds. Sourire en coin (« Ils viennent tous de Chine ») ou mine stupéfaite (« Quelle importance ? »), l'effet est garanti. D'ailleurs, de La Grande Récré, avec ses jouets à tous prix, aux plus huppées Galeries Lafayette, vous ne trouverez guère de parents turlupinés par autre chose que le coût et le contenu de leur hotte. Les bras chargés de Barbies et autres Spiderman, ils chancellent jusqu'aux caisses, comme si Mattel et d'autres n'avaient jamais rappelé des centaines de milliers de jouets, en 2007, parce qu'ils contenaient du plomb, par exemple. L'idée de réjouir les enfants au détriment des droits des travailleurs chinois n'effraie pas non plus.

« Même lorsqu'on a évoqué les dangers toxiques pour les enfants, on a oublié les milliers d'ouvriers qui respirent les peintures toute la journée. Il manque un lien entre nos achats et l'impact de la production », regrette Nayla Ajaltouni, coordinatrice de l'association Collectif de l'éthique sur l'étiquette. Elle accuse les entreprises de cultiver l'opacité : « Le moindre petit jouet coûte 50 euros, mais les ouvriers sont exploités. » Ainsi, toutes les peluches et doudous sont fabriqués en Chine, mais l'étiquette affiche souvent « Châtillon » ou encore « Tavergny », en référence à la plate-forme logistique. « Nous avons été obligés de délocaliser à Hongkong », se défendait hier un porte-parole de la marque Moulin Roty, qui justifie ses propres prix élevés par la qualité et les conditions de travail.

« On peut aussi acheter moins et mieux. Notre message est surtout qu'il faut poser des questions, mettre la pression sur les entreprises », estime Nayla Ajaltouni. Idem chez Peuples solidaires, dont la campagne « Bienvenue dans le monde (pas si) merveilleux de Disney » incite les parents à écrire à la firme. L'UFC-Que Choisir, elle, admettait hier qu'elle n'avait pas de conseils à donner aux consommateurs. « Nous n'avons pas pris de position officielle... »