Coronavirus : « On a déjà augmenté les impôts », affirme Thomas Piketty

FINANCES L’économiste affirme qu’une hausse d’impôts avait déjà eu lieu avec la prolongation d’un prélèvement destiné à rembourser la dette sociale

M.P. avec AFP

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L'économiste français Thomas Piketty, photographié à Londres, en février 2020.
L'économiste français Thomas Piketty, photographié à Londres, en février 2020. — Peter MacDiarmid/REX/SIPA

« Ce qui m’embête, c’est tous les non-dits. [Emmanuel Macron] nous dit, par exemple, "je ne vais pas augmenter les impôts". Sauf qu’en fait on les a déjà augmentés. » Thomas Piketty a estimé ce lundi sur France Inter, que, contrairement à l’engagement du président Emmanuel Macron de ne pas alourdir la fiscalité, une hausse d’impôts avait déjà eu lieu avec la prolongation d’un prélèvement destiné à rembourser la dette sociale.

L’économiste a pointé la récente prolongation sur presque dix ans de la perception du contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS). L’Assemblée nationale examine effectivement, ce lundi, un projet de loi qui tient compte, à la suite de la crise du coronavirus, de l’ajout de 136 milliards d’euros de dettes au « trou de la Sécu », que les Français rembourseront ainsi jusqu’en 2033, soit neuf années de plus que prévu.

Selon Piketty, le gouvernement ne veut pas rétablir l’ISF

« Le CRDS est un bout de CSG [contribution sociale généralisée] mais qui représente quand même 0,5 % prélevé chaque mois sur tous les salaires, des plus bas jusqu’aux plus hauts. Normalement, ça devait s’arrêter [en 2024], c’est-à-dire que tout le monde aurait eu une augmentation de salaires ou de pensions de retraite de 0,5 % », a expliqué Thomas Piketty. Or « a été adopté le principe de le prolonger pendant dix ans (…). L’absence de contradiction est problématique », a déploré l’économiste.

Alors que « 500 milliards d’euros » ont été dépensés pour faire face à la crise, Emmanuel Macron a exclu dimanche d’augmenter les impôts pour les financer. « Nous n’allons pas augmenter les impôts », car l’augmentation de la fiscalité « décourage l’activité économique » et « tue la confiance des ménages », a même renchéri, ce lundi, le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, sur BFMTV/RMC.

Pour Thomas Piketty, cet engagement signifie d’abord que le gouvernement ne veut pas rétablir l’impôt sur la fortune (ISF). « Mais quand il s’agit d’augmenter l’impôt sur tous les Français et pesant sur tous les salaires… », grince l’auteur du best-seller Le Capital au XXIe siècle, appelant à « un ISF rénové » avec des feuilles d’imposition « préremplies » sur les patrimoines pour éviter les sous-déclarations.

Investir massivement dans l’éducation

« Le principal impôt sur le patrimoine en France, c’est la taxe foncière (…). C’est un impôt très lourd, extrêmement injuste, qui augmente d’année en année (…). L’ISF corrigeait un peu ça, ça a été supprimé », alors qu'« un impôt sur la fortune des 1 % les plus riches devrait rapporter au moins 10 milliards d’euros » par an, a commenté Thomas Piketty. L’économiste, spécialiste des inégalités de patrimoine et de fiscalité, a par ailleurs appelé à investir massivement dans l’éducation : « On a besoin d’un plan d’investissement dans les lycées, et surtout dans l’université et les formations technologiques (…). C’est très important : la prospérité économique vient de cette avance éducative, et certainement pas de ce gâchis de ressources qu’on a devant nous. »

Enfin, Thomas Piketty a pointé la faiblesse relative du plan de relance élaboré par Bruxelles. « Un plan européen de 500 milliards d’euros [sous forme de subventions], ça fait à peine 3 % du PIB de l’Union européenne, et comme ça va être dépensé sur cinq ou six ans, à la fin ça fait 0,5 % du PIB par an », a-t-il relativisé, tout en critiquant la « très grande opacité dans le mode de prise de la décision » des investissements choisis.