Déconfinement : Sur la Côte d’Azur, saisonniers et extras craignent pour leur avenir

ECONOMIE Parmi ce million d'actifs en France, la plupart ne peut pas bénéficier du chômage partiel ni du gel de leurs droits au chômage

Olfa Ayed

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Plagistes, cuisiniers, serveurs, maître d'hôtel, responsables d'animation, autant d'emplois saisonniers et d'extras qui se retrouvent, aujourd'hui, en difficultés.
Plagistes, cuisiniers, serveurs, maître d'hôtel, responsables d'animation, autant d'emplois saisonniers et d'extras qui se retrouvent, aujourd'hui, en difficultés. — SYSPEO/SIPA
  • Après Cannes mardi dernier, les saisonniers et les extras de la Côte d’Azur se réunissent ce vendredi à Grasse.
  • Ils demandent notamment que durant la période de confinement, leurs droits au chômage soient gelés, à l’instar des intermittents du spectacle.
  • Sans contrats depuis le confinement, ce million d’actifs n'a pas le droit, pour la majorité d’entre eux, au chômage partiel et ont peu de perspectives pour la suite.

Foire de Nice, Festival de Cannes, Grand Prix de Monaco, concours hippiques… autant de grands événements prestigieux annulés sur la Côte d'Azur à cause de la crise sanitaire liée au Covid-19 et qui d’habitude font vivre saisonniers et extras.

Cette population active qui enchaîne tout au long de l’année des contrats à durée déterminés (CDD), pour les saisonniers, et des contrats parfois journaliers pour les extras, représente plus d’un million de personnes en France. Elles sont aujourd’hui dans l’angoisse.

Pour témoigner de cette situation, Audrey, Edwige et Elodie, responsables d’animation saisonnières dans des villages vacances ont lancé un hashtag sur Twitter #jesuissaisonnier et une page Facebook du même nom qui compte plus de 1.200 membres.

Elles ont même réalisé une vidéo, pour mettre un visage sur des situations. « On se sent complètement oubliés. On est invisibles, silencieux, mais on est là », témoigne Audrey, qui a monté cette vidéo de dix minutes.

Ni chômage partiel ni gel des indemnités

En temps « normal », Semya Chellali, Niçoise de 52 ans, exerce en tant qu’extra dans la restauration et l’hôtellerie. Comme tous les extras et les saisonniers, elle travaille en continu du mois de mars jusqu’à novembre. « On a des journées de 15 h », souligne Anita, cheffe de rang ou maître d’hôtel selon ses contrats.

Entre deux saisons, ces actifs vivent grâce aux indemnités chômages qu’ils ont pu cotiser durant tous ces mois travaillés. Ils renouvellent ces droits ensuite à chaque nouveau contrat.

« On travaille pour recharger nos droits. Cela nous couvre quand on est à l’arrêt ça nous permet de continuer à bien en vivre », explique Anita.

Or, avec la crise sanitaire et le confinement qui s’est ensuivi, ces travailleurs n’ont pas pu signer de nouveaux contrats. Certains se sont même annulés, alors même que la haute saison – qui commence en mars – démarrait : « Le coronavirus est arrivé à la période qui permet d’engranger du travail et de passer l’hiver sans encombres. En février, les gens qui nous avaient réservé pour mars ont annulé », témoigne Marc, maître d’hôtel.

Sans contrats signés, ils n’ont pas de chômage partiel ni de possibilité de cotiser pour de nouveaux droits. Certains, arrivaient même en fin d’indemnités durant la période de confinement. « J’ai épuisé mes droits. On m’a prolongé jusqu’au 31 mai [une mesure exceptionnelle prise par la ministre du travail Muriel Pénicaud pour les chômeurs arrivant en fin de droits]. Et là, j’ai plus de travail », explique Marc.

Une reprise très lente sur la Côte d’Azur

Sur la côte, l’annulation des événements s’enchaîne et malgré la réouverture des restaurants et des bars et la possibilité pour les Français de partir en vacances dans l'Hexagone, ces saisonniers ont peu d’espoirs : « Dans la restauration, ils ne savent même pas s’ils vont garder leurs propres salariés. Donc les saisonniers et les extras ne seront pas embauchés », explique Marc.

Même son de cloche du côté de Semya : « D’après nos responsables, on ne reprendra pas le boulot avant mars 2021. Il y a encore cette épidémie et les étrangers, pour le moment ne viendront pas ». « Nous, nos clients ici sont américains, russes et asiatiques. Ils ne viendront pas avant mars 2021 », déplore Marc.Le terminal 1 de l'aéroport de Nice ne devrait rouvrir qu'à cette date.

« Mobilisation emploi » la plateforme d’emplois saisonniers

« Les saisonniers sont des demandeurs d’emploi comme les autres. Ils se créent des droits au chômage. A l’heure actuelle, l’objectif est qu’ils puissent retrouver des emplois. On a mis une plateforme dédiée », explique la direction de Pôle emploi.

La plateforme « mobilisation emploi » regroupe toutes les offres d’emplois saisonniers. « Chaque jour je postule. Mais pas de réponses », déplore Semya. « J'ai trouvé un travail en extra dans une clinique où je fais le ménage des chambres et la livraison des repas. Mais là c’est terminé », explique Evelyne, cuisinière travaillant également en extra à Nice. « La période est très compliquée. Ce n’est pas mon métier de nettoyer des chambres j’aime la cuisine, depuis dix ans je fais ça. Je veux retrouver mon activité. Vous savez, on en pleure », soupire cette Azuréenne.

Contacté, le ministère du Travail informe qu’un « cycle de concertations qui portera notamment sur l’assurance chômage » est en cours. En attendant, Marc, Anita Evelyne et Semya se retrouveront ce vendredi à Grasse pour faire entendre leurs voix.