Coronavirus : La reprise économique sera-t-elle aussi rapide qu’annoncé d’ici à 2022 ?

CROISSANCE La Banque de France table sur un fort rebond de la croissance dès 2021. Certains économistes se montrent plus mesurés, même s’ils tablent eux aussi sur une croissance de retour au niveau d’avant-crise en 2022

Catherine Abou El Khair

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En France, le rattrapage économique dépendra en particulier de la reprise de la consommation des ménages.
En France, le rattrapage économique dépendra en particulier de la reprise de la consommation des ménages. — JOEL SAGET AFP
  • Selon la Banque de France, en 2020, le PIB devrait baisser de 10 % en raison de la chute d’activité provoquée par le Covid-19. L’institution table sur une reprise forte dès 2021 pour un retour aux niveaux d’avant-crise en 2022.
  • Pour certains économistes interrogés par 20 Minutes, 2021 restera néanmoins une année difficile, malgré une reprise assez nette de la consommation avec le déconfinement.
  • Les mesures de soutien à l’économie adoptées par le gouvernement et les comportements de consommation joueront un rôle clé.

Pas une croissance en « V », mais presque. La Banque de France, qui a publié ses prévisions économiques ce mardi, table sur un redressement plutôt dynamique de l’économie française après la pandémie de Covid-19. En 2021, l’institution prévoit une croissance de 7 %, puis de 4 % en 2022. De quoi rattraper la chute record de 10 % du PIB attendue en 2020, pour revenir aux niveaux d’avant-crise dans deux ans.

Un scénario optimiste ? Avec le déconfinement, l’économie française reprend des couleurs. Dès le mois de mai, l’activité « a pu repartir dans la plupart des secteurs », constate la Banque de France, avec un « regain marqué » dans l’automobile, le caoutchouc-plastique, le textile ou encore les équipements électriques, dont l’activité avait été stoppée pendant le confinement. Du côté des services, la réparation automobile, les transports mais aussi le travail temporaire ont repris.

La consommation redémarre aussi. Les ménages ont recommencé leurs emplettes. Dès la première semaine de déconfinement, avec la réouverture des commerces, l’Insee a noté un décalage de 6 % par rapport aux niveaux d’avant-crise, dans son dernier point de conjoncture. Signe de cette reprise, les transactions bancaires se sont multipliées.

Les ménages vont-ils consommer leur épargne ?

Mais le rattrapage ne fait en réalité que démarrer. « L’achat de produits de consommation courante a repris. Les gens retournent chez le coiffeur, consomment dans les commerces de détail, convient Anne-Sophie Alsif, chef économiste au Bureau international de prévisions économiques (Bipe). Mais la question est de savoir s’ils vont faire des achats plus durables ». Autrement dit : voitures, électroménager, produits high-tech, immobilier…

En France, la consommation est à la fois la première condition de la reprise, mais aussi la grande inconnue de ces prochains mois. D’autant que le gouvernement ne prévoit pas, pour le moment, de soutenir davantage la demande (via une baisse de TVA, par exemple), maintenant le suspens sur son plan de « relance » annoncé en septembre.

Or, « c’est le premier indicateur que l’on regarde en France, car notre croissance est basée sur la consommation intérieure », complète Anne-Sophie Alsif. Le problème est que les ménages pourraient être tentés de ne pas consommer en anticipant des temps plus durs à l’avenir : hausses d’impôts, du chômage ou encore de l’inflation… Selon la Banque de France, c’est bien cette dépense de l’épargne « forcée », accumulée pendant le confinement, qui permettrait d’accélérer la reprise.

L’investissement des entreprises plombe la reprise

Ce n’est pas tout : du côté de l’offre, tout n’est pas réglé. « Les normes sanitaires posent problème, explique Arno Fontaine, du think tank BSI Economics. On le voit dans les restaurants, mais aussi dans les entreprises et les industries, c’est extrêmement lourd, et cela amène une hausse de coûts extrêmement forte ». La perspective d’une seconde vague d’épidémie à l’automne, en l’absence de vaccin, bride aussi les entreprises.

Par ailleurs, avec des comptes qui ont viré au rouge, les entreprises, qui ont dû s’endetter davantage, ne peuvent plus investir. De quoi plomber encore un net rebond en 2021. « Les prévisions de la Banque de France sont légèrement optimistes pour 2021 », estime donc Arno Fontaine. Même scepticisme du côté d’Anne Sophie Alsif, du Bipe : elle table sur + 4 % en 2021, contre +7 % pour la Banque de France.

Le poids des services, un atout pour la reprise ?

Il n’empêche, les deux économistes se rejoignent sur le retour au niveau d’avant-crise en 2022, en ligne avec la Banque de France. Mais plutôt selon une courbe en « U », plus poussive. « La crise de 2008 a eu des conséquences pendant de nombreuses années car il y a eu des millions de faillites, avec moins de réaction du côté de l’Etat. Là, on a quand même des mesures particulièrement fortes pour soutenir l’économie », estime Arno Fontaine, faisant notamment référence au dispositif de chômage partiel, aux divers reports ou annulations de charge accordées aux entreprises, ainsi qu’aux plans de soutien sectoriels (tourisme, automobile, aéronautique…). Ce mercredi, un troisième projet de loi de finances rectificatives sera d’ailleurs présenté en Conseil des ministres, intégrant de nouvelles mesures budgétaires du gouvernement.

Pays particulièrement affecté par la pandémie, la France compte aussi un atout paradoxal : contrairement à l’Allemagne, elle dépend moins du commerce extérieur, qui pourrait plomber durablement l’industrie outre-Rhin. « Ce n’est pas de l’industrie manufacturière que viendra la reprise en France, mais des services », estime Anne-Sophie Alsif. Tourisme, restauration, culture… Ces secteurs, s’ils comptent moins que l’industrie dans la richesse produite, sont aussi ceux qui ont le plus pâti de la crise en France. D’où leur rôle-clé dans le rattrapage futur et une certaine résilience de l’économie française, selon l’économiste.