Logement, voiture, vacances… Quels sont les signes extérieurs de richesse en France ?

INEGALITES L’étude de l’Observatoire des inégalités parue ce mardi montre comment transparaît l’aisance financière au quotidien

Delphine Bancaud

— 

L'Observatoire des inégalités a publié son premier rapport sur les riches en France.
L'Observatoire des inégalités a publié son premier rapport sur les riches en France. — Pixabay
  • Dans son rapport sur « Les riches en France, » l’Observatoire des inégalités considère qu’avec 3.470 euros net mensuels, une personne seule entre dans le club des privilégiés.
  • Une aisance financière qui se traduit par des pratiques distinctives dans le domaine de la consommation, des loisirs, des vacances…

Pas besoin pour eux de faire leurs comptes, ni de se soucier des lendemains qui déchantent. En France, les Français aisés, « les premiers de cordées » comme les appelle Emmanuel Macron, représentent 8,2 % de la population. Pour la première fois, l’Observatoire des inégalités les a scannés dans son rapport intitulé « Les riches en France » publié ce mardi.

« Nous considérons comme riche une personne seule avec des revenus à partir de 3.470 euros net mensuels après impôt et de 7.287 euros pour un couple avec deux enfants », explique Louis Maurin, le président de l’Observatoire. Et s’il fallait dresser le portrait-robot de ces riches, 70 % d’entre eux ont plus de 50 ans, 40 % sont retraités. « Ils sont le plus souvent cadres, professions libérales ou hauts fonctionnaires. On compte ainsi parmi eux des pilotes, ingénieurs avocats, médecins, pharmaciens, juristes, conseillers financiers… », énumère Anne Brunner, directrice d’études à l’Observatoire des inégalités.

« Pour eux, il fait bon vivre dans l’entre-soi »

Une aisance financière qui se traduit au quotidien par un mode de vie très confortable. Et qui est d’abord perceptible dans leurs conditions de logement. Parmi les 10 % les plus riches, une personne sur trois vit en région parisienne (dans des villes comme Neuilly-sur-Seine, Saint-Cloud, Saint-Mandé…) et une sur dix vit dans la capitale. En province, ils plébiscitent des grandes villes comme Lyon ou des petites communes rupines comme Veyrier-du-Lac (banlieue d’Annecy) ou Divonne-les-Bains (Ain)…

« Car pour eux, il fait bon vivre dans l’entre-soi », commente Anne Brunner. Et qui dit gros portefeuille, dit espace. Les riches vivent souvent dans une habitation en « sous-peuplement très accentué », souligne le rapport. « On pourrait définir comme riche celui qui dispose d’une habitation d’au moins 60 m2 pour lui tout seul », précise-t-il. Et de 90 mètres carrés au moins pour un couple. L’accès à la propriété ne semble pas un problème pour ces happy few non plus, puisque 82 % d’entre eux sont propriétaires. « Lors du confinement, certains ont rendu d’ailleurs visibles leurs beaux logements sur les réseaux sociaux », souligne Louis Maurin. Une manière d’afficher fièrement leurs conditions de vie privilégiées.

Des vacances qui en disent long

Ce confort financier s’accompagne d’autres signes extérieurs de richesse. « A une époque, on disait que si l’on n’avait pas une Rolex à 50 ans, on avait raté sa vie. Mais désormais, les signes extérieurs de richesse passent plus par l’accès à certains services ou à certains loisirs », commente Louis Maurin. Il n’empêche que le culte de la voiture clinquante n’est pas mort. Et que les personnes aisées circulent souvent en berline très haut de gamme (comme une BMW série 5 ou 6), en modèles luxueux (Renault Talisman ou Peugeot 508), en 4x4 ou en SUV. Leur position sociale transparaît aussi dans leurs choix de vacances. « Être riche, c’est partir où on veut, quand on veut, sans avoir à se soucier de le prévoir longtemps à l’avance pour notamment éviter des tarifs qui grimpent au dernier moment », souligne le rapport.

A cet égard, les vacances d’hiver représentent particulièrement un marqueur social : les riches s’offrent souvent des vacances à cette période, et qui plus est un séjour au ski. Et ils utilisent régulièrement l’avion pour leurs congés : selon les données de 2008 du ministère des Transports, les 10 % les plus riches prenaient au moins 1,2 fois l’avion chaque année à cette époque. Le trafic aérien ayant augmenté depuis, on peut imaginer que les vols des plus aisés à lui aussi connu un bond. Pour les vacances, les ménages aisés peuvent aussi compter sur leur résidence secondaire. Car selon l’Insee, les deux tiers des propriétaires d’un logement secondaire figurent parmi le quart de la population la plus riche.

Ils maîtrisent plus leur temps

Avoir les moyens, c’est aussi pouvoir pratiquer des loisirs coûteux, comme l’équitation, le tennis, le golf, les sports nautiques. Et les cadres supérieurs sont trois fois plus nombreux que le reste de la population française à aller à l’opéra, à assister à un concert de jazz ou de musique classique. Des sorties qui sont attrayantes à plus d’un titre : « sports et loisirs sont aussi des occasions de rencontres où l’on se montre, où l’on se transmet des informations utiles », souligne le rapport. Et le fait de disposer d’un réseau de connaissances étoffé constitue aussi « une forme de richesse », car les personnes favorisées se rendent des services mutuels, s’épaulent pour trouver du travail…

Et quand on fait partie des plus aisés, on peut aussi se faire davantage aider au quotidien. Pour le ménage, la garde d’enfants, le jardinage. De fait, 25 % des plus aisés utilisent des emplois de service à domicile. Ce qui leur libère du temps. Un temps qu’ils maîtrisent davantage que les personnes plus défavorisées aussi parce qu’ils ont « des marges de manœuvre » dans leurs horaires de travail, ne travaillent pas « quand les autres sont en congé ou en week-end », souligne le rapport. Et si c’était ça, le vrai luxe ?