Coronavirus : Voici le plan de l'Etat pour sauver le secteur aéronautique foudroyé

SAUVETAGE Bruno Le Maire a annoncé ce mardi un plan de soutien de 15 milliards d’euros pour soutenir la filière aéronautique frappée de plein fouet par le coronavirus. L’Etat veut sauver une génération d’ingénieurs et faire de la France la pionnière de l’avion vert

20 Minutes avec AFP

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Airbus n'a enregistré aucune commande en mai 2020, en pleine crise sanitaire.
Airbus n'a enregistré aucune commande en mai 2020, en pleine crise sanitaire. — Filip Radwanski / SOPA Images/Si
  • L’Etat a décrété ce mardi « l’état d’urgence » dans le secteur aéronautique et dévoilé un plan de soutien de 15 milliards d’euros.
  • Il s’appuie notamment sur des fonds pour l’innovation et l’invention de l’avion décarboné du futur, histoire de ne pas sacrifier une génération d’ingénieurs.
  • Et Bruno Le Maire estime qu’il « n’y a pas de raison de remettre en cause » l’installation d’une nouvelle chaîne d’assemblage à Toulouse.

Zéro commande au mois de mai pour le fleuron Airbus. Ce (non) chiffre traduit à lui seul l’incroyable cyclone dans lequel la crise sanitaire du coronavirus a plongé le secteur aéronautique en clouant durablement la quasi-totalité de la flotte mondiale d’avions au sol.

En France, 200.000 emplois directs sont concernés et autant d’emplois indirects, dont 100.000 menacés à court terme chez les grands donneurs d’ordre et sous-traitants. Voilà pourquoi après le tourisme et l’automobile, l’Etat vole ce mardi au secours de cette filière stratégique. Depuis Bercy, Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie annonce « l’état d’urgence » et, surtout un plan de soutien de 15 milliards d’euros.

Multiplication des fonds de soutien à l’innovation

Cette énorme enveloppe censée contrer « la brutalité terrible » des conséquences du Covid-19 s’adresse notamment aux compagnies aériennes qui pourront obtenir la garantie de l’Etat pour ne payer leurs avions qu’au bout de 18 mois au lieu de 6 actuellement.

Le ministre de l’Economie a confirmé le maintien d’un dispositif de chômage partiel de longue durée. Il veut aussi sauver « une génération » de 35.000 ingénieurs. L’Etat va donc multiplier les fonds de soutien à l’innovation. Pour dégager l’horizon de la filière, il veut en particulier faire de la France le pays pionnier de l’avion vert.

Quelque 1,5 milliard d’euros de financement public sera consacré dans les trois prochaines années à la recherche-développement dans le but de « parvenir à un avion neutre en carbone en 2035 ».

Des commandes militaires

Autre levier activé, celui des achats publics. Le ministère des Armées va passer dès cette année des commandes d’aéronefs militaires prévues plus tardivement, à hauteur de 600 millions d’euros, soit environ 5 % de son budget d’équipements, afin de soutenir les entreprises du secteur aéronautique, a précisé la ministre Florence Parly.

Ces commandes concernent notamment trois Airbus A330 qui seront à terme transformés en avions ravitailleurs (A330 MRTT). Quelque 200 millions seront également consacrés par l’Intérieur à l’achat d’aéronefs, tandis que le budget du fonds dans les PME de l’industrie de défense, nommé Definvest, sera porté de 50 à 100 millions d’euros.

« Pas de raison » de remettre en cause la nouvelle usine Airbus

Cette bouée de sauvetage lancée notamment à Airbus devra-t-elle avoir des contreparties ? A Toulouse, l’inquiétude est vive de voir l’avionneur remettre en cause l’implantation, de sa nouvelle chaîne d’assemblage, celle de l’A321XLR, un monocouloir extra longue distance, économe et plutôt enthousiasmant pour le ciel post-coronavirus. En janvier, Airbus avait annoncé que cet avion serait assemblé dans l’usine Jean-Luc Lagardère de Blagnac, où le mythique A380 vit ses derniers jours.

« Il n’y a pas de raison de remettre en cause le principe de l’ouverture de cette chaîne de production à Toulouse, indique Bruno Le Maire. Mais pour construire une ligne, il faut qu’il y ait un carnet de commandes », ajoute-t-il aussitôt. La Ville rose va donc continuer à retenir son souffle…