Coronavirus : Baisse des contrats et des vocations… En état d’alerte, l’apprentissage suspendu aux annonces de l’Etat

FORMATION Le gouvernement fera des annonces ce jeudi pour soutenir la filière, qui risque un coup d’arrêt brutal à la rentrée prochaine

Delphine Bancaud

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Un apprenti en restauration à Antibes.
Un apprenti en restauration à Antibes. — SYSPEO/SIPA
  • La crise du Covid-19 a mis un coup de frein à l’apprentissage, qui affichait pourtant des chiffres records en 2019 (+ 16% par rapport à 2018).
  • Le gouvernement présentera ce jeudi des mesures pour soutenir la filière, notamment pour inciter les entreprises à recruter des jeunes par ce biais.

Il paraît loin le temps où l’on célébrait le boom de l’apprentissage. Et pourtant, c’était en février. La ministre du Travail annonçait alors une hausse de 16 % du nombre de jeunes entrés en apprentissage entre 2018 et 2019. Mais quatre mois plus tard, l’heure n’est plus à la fête. Car la crise du coronavirus a touché de plein fouet les entreprises, notamment les PME, grandes pourvoyeuses de contrats en apprentissage. Affaiblies, nombre d’entre elles ont dû prendre des mesures d’urgence : « Beaucoup d’apprentis ont été mis au chômage partiel. Notamment dans le secteur de l’automobile, la restauration, la construction, l’aéronautique, le transport, l’hôtellerie… », constate Aurélien Cadiou, président de l’Association nationale des apprentis de France (Anaf). « Et l’on observe une augmentation des ruptures de contrats de l’ordre de 2 à 4 % dans certaines filières », indique aussi Yves Hinnekint, président de Walt, une association qui fédère des écoles et des CFA (centres de formation en alternance).

Mais c’est surtout la rentrée qui inquiète : « La grande période de recrutement des jeunes en alternance s’étale entre juin et octobre. Et l’on craint une chute de 20 % des signatures de contrats à cette période, car certaines entreprises ne vont pas résister à la phase de déconfinement », redoute Aurélien Cadiou. Yves Hinnekint est traversé par les mêmes doutes : « On reçoit actuellement moins d’offres de contrats de la part des entreprises. Elles sont très frileuses à s’engager dans la formation d’un jeune alors qu’elles sont dans l’expectative quant à la reprise économique. Et si une entreprise ne peut plus assurer son carnet de commandes, elle ne recrutera pas d’alternants », s’alarme-t-il.

« Les jeunes ne doivent pas être la variable d’ajustement de la crise économique »

Autre sujet d’inquiétude : l’appétence des jeunes pour l’apprentissage. « Les journées portes ouvertes des CFA ont été annulées cette année, alors qu’elles sont très utiles pour attirer des jeunes dans cette voie », estime Aurélien Cadiou. Et les CFA sont d’autant plus tendus que leur financement dépend du nombre de contrats signés.

Tous les espoirs reposent désormais sur le gouvernement. Car ce jeudi, Emmanuel Macron et Edouard Philippe réuniront les organisations syndicales et patronales à l’Elysée pour plancher sur des solutions face à la crise économique et sociale liée à l’épidémie. « Avec à la clé des annonces sur l’emploi des jeunes et l’apprentissage. Car les jeunes ne doivent pas être la variable d’ajustement de la crise économique que nous traversons », explique à 20 minutes l’entourage de Muriel Pénicaud, la ministre du Travail.

Des aides à l’embauche tant attendues

Pour remonter la pente, les acteurs de l’apprentissage attendent plusieurs mesures de soutien de l’Etat : « Il faut impérativement des mesures financières et fiscales pour inciter les entreprises à recruter des jeunes en apprentissage », affirme Yves Hinnekint. Pascal Picault, vice-président de la Fédération nationale des associations régionales de directeurs de CFA (Fnadir), suggère lui de « mettre en place une augmentation générale de l’aide aux employeurs permettant de couvrir le coût de la première année de l’apprenti, et de décider cette mesure pour toute entreprise, quels que soient sa taille et le niveau de qualification de l’apprenti ». De son côté, le Medef a notamment demandé une aide de 10.000 euros pour le recrutement d’un apprenti avant le 31 décembre, tandis que l’U2P (artisans) a estimé qu’il fallait une mesure pour permettre qu' il y ait zéro coût pour une entreprise qui prend un apprenti.

Mais ce n’est pas tout : « Il faut aussi permettre aux nouveaux apprentis de rester un an au CFA s’ils n’ont pas trouvé d’entreprise d’accueil, au lieu de 3 mois comme actuellement. Et il faut prévoir d’augmenter l’aide au premier équipement, l’aide pour la restauration et l’hébergement, pour le permis de conduire… », estime Aurélien Cariou. Pour convaincre davantage de jeunes d’emprunter cette voie, Pascal Picault a d’autres idées : « Il faut réviser les critères de rémunération reposant sur l’âge et la qualification de l’apprenti pour favoriser l’embauche des moins jeunes, en particulier sur les métiers les plus en tension », explique-t-il.

Des revendications qui pourraient être en partie satisfaites ce jeudi. « Pour consolider la dynamique de l’apprentissage, une aide à l’embauche des apprentis sera annoncée », nous informe le ministère du Travail. Mais après les annonces du gouvernement, il faudra se montrer patient, selon Yves Hinnekint : « Il y aura forcément un temps de latence pour que l’engouement des jeunes et des entreprises pour l’apprentissage retrouve son plein élan », prévoit-il.