Déconfinement à Montpellier : Sur le port de Carnon, les terrasses des restaurants ont « enfin » rouvert

REPORTAGE « 20 Minutes » est allé faire un tour au port de Carnon, où les restaurants ont rouvert

Nicolas Bonzom

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Ce mardi à midi, à l'Hippocampe, à Carnon
Ce mardi à midi, à l'Hippocampe, à Carnon — N. Bonzom / Maxele Presse
  • Les restaurants ont rouvert sur le port de Carnon, dans l’Hérault.
  • Tous se sont pliés en quatre pour mettre en place des mesures sanitaires.
  • Les clients, eux, sont ravis de prendre à nouveau un verre ou un plat en terrasse.

« Mesdames, vous prendrez un apéritif ? » Cette question n’avait pas résonné depuis plus de deux mois, sur les terrasses du port de Carnon, près de Montpellier, dans l'Hérault. Elle a, ce mardi, comme un air de liberté retrouvée. « Si je ne viens pas aujourd’hui, je viens quand, alors ? », s’amuse un client de l’Hippocampe, un restaurant de la place Saint-Marc, en tirant sa chaise. « C’est symbolique ! »

Après un confinement qui aura causé de gros dégâts dans la profession, certains restaurants ont rouvert leurs portes, ce mardi, à midi. D’autres ont préféré retarder leur retour aux affaires de quelques jours, pour mieux se préparer. Car les mesures sanitaires qui s’imposent ne sont pas si simples à appliquer. Et à faire appliquer.

Des cartes virtuelles

Stéphane Moaty, le patron de l’Hippocampe, à deux pas de la Méditerranée, a œuvré jusqu’à « 4 h du matin » pour que tout soit prêt ce mardi. Au petit matin, il bidouillait encore un QR Code, pour que les clients n’aient pas à manipuler de cartes. « Vous scannez le code sur la table, vous pouvez consulter toute la carte sur votre smartphone », confie l’entrepreneur, qui a néanmoins mis de côté quelques cartes traditionnelles, pour ceux que la technologie rebute. « Mais il faudra les nettoyer à chaque fois ! »

A l'Hippocampe, à Carnon, on peut flasher un QR Code pour télécharger la carte sur son téléphone.
A l'Hippocampe, à Carnon, on peut flasher un QR Code pour télécharger la carte sur son téléphone. - N. Bonzom / Maxele Presse

A l’entrée de la terrasse, dans le restaurant et aux toilettes, le restaurateur héraultais a placé des distributeurs de gel hydroalcoolique, a instauré une file d’attente à grands coups d’adhésif pour les toilettes, a installé un nouveau guichet extérieur, pour payer son addition sans entrer dans le restaurant et a placardé des affichettes un peu partout dans son établissement pour prévenir les clients des gestes à adopter.

Le patron de l'Hippocampe, à Carnon, a mis en place un sens de circulation dans son restaurant.
Le patron de l'Hippocampe, à Carnon, a mis en place un sens de circulation dans son restaurant. - N. Bonzom / Maxele Presse

Le port du masque est obligatoire, mais « nous ne sommes pas policiers »

L’un d’eux sera plus difficile que les autres à faire respecter : le port du masque. Il est « obligatoire » à l’Hippocampe, annoncent de petits panneaux. Mais ce mardi, si l’équipe du restaurant en portait bien, aucun client n’en avait. « Mais nous ne sommes pas policiers, nous n’allons pas faire la guerre aux clients, confie cependant Stéphane Moaty. Le client doit, normalement, arriver avec un masque. L’enlever pour consommer. Et le remettre s’il doit se lever, pour aller payer ou pour aller aux toilettes. »

A l'Hippocampe, à Carnon, le port du masque est obligatoire
A l'Hippocampe, à Carnon, le port du masque est obligatoire - N. Bonzom / Maxele Presse

Quant aux distances entre les tables, elles font perdre au restaurateur « une cinquantaine de couverts » sur 160. « J’espère que pour la troisième phase du déconfinement, la distanciation ne sera plus obligatoire », note l’entrepreneur, qui indique avoir perdu 12.000 euros par mois depuis le confinement, et a été contraint de demander un prêt.

Un timing « compliqué »

A deux pas de là, un autre restaurateur s’active lui aussi pour recevoir ses premiers clients. A la Plancha, une grande borne de gel hydroalcoolique trône sur la terrasse, le port du masque est obligatoire et les tables ont été ici aussi espacées, pour respecter les mesures sanitaires. Grâce à un coup de pouce de la mairie, qui a autorisé les restaurants à s’étendre un peu plus que d’ordinaire, l’entrepreneur sauve les meubles.

« Ce qui est très compliqué à gérer, c’est le timing, confie Umut Tasdelen, le patron de la Plancha. Nous avions dû fermer le restaurant du jour au lendemain, et même si nous avions eu quelques échos, on ne nous a réellement annoncé la réouverture que jeudi dernier. Pour tout mettre en place, en quatre jours, c’est du travail. C’est très compliqué aussi avec les fournisseurs : tous livrent tout le monde en même temps. »

« On en avait marre de faire à manger à la maison ! »

Ce mardi, à la mi-journée, quelques clients, lunettes de soleil vissées sur le nez, se sont installés à sa terrasse, vue sur le port. « J’ai eu pas mal de réservations, nous sentons un petit frétillement, reprend Umut Tasdelen. Il ne faut surtout pas qu’une psychose qu’installe parmi les clients. Nous sommes en sécurité dans un restaurant. »

« Un verre, un plat en terrasse ! Enfin ! Ça nous avait manqué ! Se retrouver, la convivialité, tout ça », lâche un Carnonnais, qui sirote un rosé à la Plancha. « On en avait marre de faire à manger à la maison ! », sourit un voisin. « Nous essayons de garder nos distances, de respecter les mesures barrières, note une autre cliente. Venir, c’est aussi une façon de soutenir les restaurants, qui en ont bien besoin. » Dans les restaurants de Carnon, sortent des cuisines les premiers plats du jour. Un jour pas comme les autres.