Coronavirus : Les prix des logements anciens ont continué de grimper pendant la crise sanitaire

IMMOBILIER Des notaires pensent qu’il y a eu 90 % de vente en moins pendant le confinement

F.H. avec AFP

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Vue de Paris et de la région parisienne depuis la tour Montparnasse. (Illustration)
Vue de Paris et de la région parisienne depuis la tour Montparnasse. (Illustration) — A. GELEBART / 20 MINUTES

Le marché du logement ancien s’est arrêté pendant deux mois et « on ne pourra pas rattraper ces deux mois », souligne le notaire parisien Thierry Delesalle, à l’occasion des chiffres trimestriels sur le marché, établis de concert par la profession avec l’Insee. Pour 2020, « on peut s’attendre à une baisse de 150.000 transactions sur l’ensemble de la France », a-t-il avancé, ce qui représenterait une chute de 15 %. Mais pendant l’épidémie de coronavirus, la hausse des prix a, elle, continué.

Lors du confinement mis en place entre mi-mars et début mai, il a été impossible de visiter un logement et très difficile d’achever une transaction, même si le gouvernement a facilité les signatures virtuelles auprès des notaires. D’où la baisse des transactions.

Avant ce brusque coup d’arrêt, le marché était florissant

Les chiffres nationaux de l’Insee ne donnent pas encore la pleine mesure de ce coup d’arrêt. Non seulement ils s’arrêtent seulement à fin mars, mais ils courent sur l’ensemble des douze mois écoulés à cette date, ce qui atténue considérablement les variations.

Les ventes demeurent donc pour l’heure au-dessus de la barre du million annuel. Sur la période de douze mois achevée fin mars, 1,04 million de transactions avaient été effectuées, un léger ralentissement par rapport au niveau observé sur l’ensemble de l’année 2019 à 1,07 million.

Pour réellement mesurer l’ampleur de la chute du marché, il faut regarder les chiffres établis par les seuls notaires d’Ile-de-France qui se concentrent sur le premier trimestre. Là, c’est un recul de 22 % en région parisienne et ce n’est qu’un début. « On peut penser qu’il y a une baisse de 90 % […] des actes de vente » pendant le confinement, a rapporté Thierry Delesalle.

Avant ce brusque coup d’arrêt, le marché était florissant. Les prix, notamment, ne cessaient d’augmenter chaque année, passant même les 10.000 euros le mètre carré à Paris.

« Les nouveaux prix, ça sera plus sur le troisième trimestre »

Si la chute des ventes est une certitude, l’évolution des prix reste justement une inconnue majeure. Ils ont, pour l’heure, poursuivi leur hausse et l’ont même accélérée. Entre janvier et mars, leur niveau moyen a progressé de 5 % par rapport à un an plus tôt, une progression générale entre maisons et appartements, comme entre Ile-de-France et province.

Mais ces variations ne disent rien des effets potentiels du confinement et, au-delà, de la crise. Ils traduisent des négociations effectuées bien en amont entre acheteurs et vendeurs. Même actuellement, « les promesses que nous signons en ce moment, c’est encore le rattrapage de [négociations] qui étaient faites en mars », a prévenu Thierry Delesalle. « On est encore un peu sur les anciens prix. Les nouveaux prix, ça sera plus sur le troisième trimestre. »

Illusoire de craindre, ou d’espérer, un recul des prix

Le secteur peut donc s’attendre à plusieurs mois de spéculations et de chiffres parcellaires selon les acteurs, dont les opinions gravitent entre deux grandes tendances. Pour certains, la crise ne changera rien à la demande de logements, en particulier dans de grandes villes comme Paris où l’offre est insuffisante. Il est donc illusoire de craindre, ou d’espérer, un recul des prix. Pour d’autres, l’immobilier, malgré sa réputation de valeur refuge, ne pourra échapper aux conséquences d’une crise économique majeure.

« Si vous avez deux millions de chômeurs en plus, il y aura un impact sur le marché immobilier, c’est évident », a appuyé Thierry Delesalle. L’attitude des banques en particulier s’annonce cruciale. A quel point limiteront-elles les prêts immobiliers alors que ces derniers étaient en plein essor depuis des années, contribuant à soutenir la demande et faire monter les prix ?

« Les banques aujourd’hui resserrent le robinet », a rapporté Thierry Delesalle, craignant que cela pâtisse d’abord aux particuliers, souvent jeunes et peu fortunés, qui achètent leur premier logement. « La sélection des dossiers commence à être un peu inquiétante », a-t-il noté, s’abstenant pour le reste de jouer la « boule de cristal » sur l’évolution des prix.