Le plan de relance présenté par Macron « donne un cap plus clair à l’industrie automobile française »

INTERVIEW Le plan de relance de l’industrie automobile française passera par l’électrique. C’est le cap fixé par Emmanuel Macron. Un pari judicieux ? Luys Le Moyne, de l’Institut supérieur de l’automobile et des transports, répond à « 20 Minutes »

Propos recueillis par Fabrice Pouliquen

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Un camion transporte de nouvelles voitures sur l'autoroute menant à Paris, le mardi 26 mai 2020 à Villacoublay, à l'ouest de Paris.
Un camion transporte de nouvelles voitures sur l'autoroute menant à Paris, le mardi 26 mai 2020 à Villacoublay, à l'ouest de Paris. — Michel Euler/AP/SIPA
  • Relancer les ventes et préparer la production des véhicules de demain… Les enjeux ne manquent pas pour le plan de relance de l’industrie automobile française, durement touchée par la crise du Covid-19.
  • Annoncé par Emmanuel Macron, il comprend 8 milliards d’euros d’aides au secteur et lui donne un cap : celui de porter à un million par an la production de véhicules électriques, hybrides rechargeables ou hybrides.
  • Ce cap clair a longtemps fait défaut à l’industrie automobile française, estime Luis Le Moyne, directeur à l’Institut supérieur de l’automobile et des transports (Université de Bourgogne). Il répond aux questions de 20 Minutes.

« Faire de la France la première nation productrice de véhicules propres en Europe, en portant à plus d’un million par an, d’ici à 2025, la production de véhicules électriques, hybrides rechargeables ou hybrides. »

Tel est l’objectif fixé à l’industrie automobile française dans le plan de relance pour le secteur dévoilé par Emmanuel Macron, ce mardi après-midi, à Etaples, dans le Pas-de-Calais, où il visitait une usine de l’équipementier automobile Valéo.

Un cap adossé à un plan de soutien et de relance d’un peu plus de 8 milliards d’euros pour la filière. L’enjeu est double. Il est déjà d’assurer le maintien de ce tissu industriel, qui pèse lourd dans l’économie française. « 16 % du chiffre d’affaires de notre industrie, 4.000 entreprises, près de 400.000 salariés », liste le président de la République. Il est aussi de permettre à ce secteur clé de la transition écologique de préparer demain. « Et demain, dans l’industrie automobile, c’est le monde de la motorisation électrique et du véhicule autonome », assure Emmanuel Macron.

Pari judicieux ? Luys Le Moyne, directeur de l’Institut supérieur de l’automobile et des transports, école d’ingénieurs rattachée à l’Université de Bourgogne, répond à 20 Minutes.

Avant même la pandémie du Covid-19, l’industrie automobile française était-elle déjà économiquement mal en point ?

Disons que la situation était contrastée. Il n’y avait pas de risques de faillite, mais en France, le secteur manquait de visibilité. Plusieurs orientations avaient été prises ces dernières années, sans qu’il y ait de lignes directrices. Quelques expériences de véhicules hybrides ont été tentées, Renault a lancé aussi la Zoé [véhicule tout électrique], tout en misant en parallèle sur des véhicules thermiques classiques, comme la Dacia ou les Clios. Tout ça n’était pas très clair, ce qui a sans doute freiné l’adaptation des outils industriels à la production de véhicules électriques.

Ces transformations sont extrêmement onéreuses pour une entreprise, si bien qu’elles sont réalisées lorsque tout va bien économiquement. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, si bien que l’industrie automobile se retrouve effectivement face à un double défi évoqué par Emmanuel Macron : se relever de la crise du Covid-19, mais aussi transformer les usines françaises pour qu’elles soient adaptées à un lancement à grande échelle des véhicules de demain.

La hausse du bonus écologique et le renforcement de la prime à la conversion, annoncés par Emmanuel Macron ce mardi, sont-ils de taille à relancer les ventes, premier enjeu de ce plan de relance ?

Le renforcement du bonus écologique aurait pu être plus prononcé. Il a évoqué des montants de 7.000 euros pour l’achat de véhicules électriques par les particuliers, et de 5.000 euros pour les entreprises. Ce sont des montants très proches des dispositifs mis en place par le passé. Certes, il faut avoir en tête qu’ils sont très onéreux pour l’État, un critère sans doute très important dans le contexte actuel. Mais les véhicules électriques et hybrides français restent chers et il n’est pas certain que les aides annoncées cet après-midi suffisent à déclencher des achats de ce type de voitures.

Toutefois, ces primes ne sont pas le seul paramètre à entrer en jeu. Les deux mois de confinement ont laissé un stock important de véhicules invendus aux constructeurs, et stocker coûte cher. C’est un facteur qui peut faire baisser les prix dans les semaines à venir. Par ailleurs, bon nombre de citadins ont apprécié la baisse de la pollution de l’air et de la pollution sonore pendant le confinement. Là encore, ce point peut jouer en faveur de l’électrique.

« Faire de la France la première nation productrice de véhicules propres en Europe d’ici à 2025 »… Est-on encore loin de cet objectif ?

Même si le marché de la voiture électrique y reste encore très confidentiel, la France était déjà, avant la crise du Covid-19, un des pays leaders de la mobilité électrique en Europe. Elle est sans doute bien placée pour devenir le premier pays européen en 2025. L’objectif visé par le plan de relance est en tout cas cohérent. Il donne une ligne claire à l’industrie automobile française qui lui manquait jusque-là.

Parvenir à cette première place nécessitera tout de même des investissements massifs. Dans les outils de production donc, mais pas seulement. C’est tout un écosystème qu’il faut mettre en place pour que la voiture électrique prenne son essor en France.

L’accélération du déploiement des bornes de recharge de véhicules électriques annoncée par Emmanuel Macron est sur ce point intéressant [le gouvernement ambitionne d’avoir100.000 bornes sur le territoire d'ici à 2021, objectif fixé initialement à 2022]. Les entreprises, comme les particuliers, seront toujours hésitants à acheter un véhicule électrique s’il n’y a pas un réseau suffisant d’infrastructures de recharge. Et, s’il n’y a pas de marché, les industriels de l’automobile ne seront pas incités à moderniser leurs usines pour la production en masse de véhicules électriques.