Verte, sociale, solidaire… Bien comprendre la finance durable

ARGENT Gagnés par une conscience écologique croissante, de plus en plus de petits épargnants entendent faire fructifier leur argent en faisant un geste pour la planète

Julie Polizzi pour 20 Minutes

— 

Le marché de la finance durable a la cote auprès des épargnants français.
Le marché de la finance durable a la cote auprès des épargnants français. — IStock / City Presse

Si marchés financiers rime avec perspectives de profits, les considérations éthiques et environnementales prennent désormais plus d’importance dans les choix de placement des investisseurs. À leur échelle, les petits épargnants peuvent utiliser leurs deniers pour soutenir des entreprises et des projets vertueux. Mais encore faut-il savoir de quoi l’on parle.

À chacun ses objectifs

De façon générale, la finance durable désigne l’ensemble des pratiques qui, outre des critères financiers, intègrent également des aspects extra-financiers à leur démarche, notamment environnementaux et sociétaux. Au sein de cette offre très large, on trouve différentes catégories de placements. « L’investissement vert cible le financement de la transition énergétique en allouant notamment l’argent collecté aux initiatives de réduction de gaz à effet de serre », explique Hans Willert, associé en charge du secteur de l’assurance et des finances chez Magellan Partners. Et le spécialiste de préciser que « les Green bonds, les obligations vertes émises par les entreprises et les institutions, sont les plus connus ». En 2019, la France était d’ailleurs championne en la matière, à la fois en émission et en placement.

L’investissement socialement responsable prend en compte, pour sa part, des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (dits critères ESG). Dans les grandes lignes, il s’agit de concilier la performance financière avec le respect des salariés, du dialogue social, de la prévention des risques et des normes éthiques (anti-corruption, conformité réglementaire…), tout en pratiquant une transparence totale. Quant à la finance solidaire, elle s’oriente spécifiquement vers le soutien d’initiatives utiles sociétalement et environnementalement (mal logement, lutte contre le chômage…).

Choisissez la destination de vos fonds

Pour se lancer dans l’aventure, les épargnants ont plusieurs types de placements à leur disposition. Lancé dans les années 1980 et réformé à plusieurs reprises depuis, le Livret de développement durable et solidaire (LDDS) est sans doute le dispositif le plus ancien. Ce produit d’épargne réglementé, dont l’argent est disponible à tout moment, est plafonné à 12.000 euros et destiné à financer les PME, les travaux d’économie d’énergie, les entreprises sociales et solidaires ou encore le logement social. Bémol : son taux de rémunération est tombé à 0,50 % en février 2020.

Selon Hans Willert, « l’assurance-vie est aujourd’hui le support collecteur le plus important en matière de finance durable. Par ce biais, les particuliers peuvent choisir d’investir directement dans des Green bonds ou dans des organismes de placement collectif du type Sicav ou FCP, sélectionnés par rapport à des critères environnementaux, sociétaux ou solidaires selon leurs souhaits. » Avant de s’engager, il faut donc lire avec attention la documentation fournie afin de privilégier tels ou tels fonds dans le portefeuille de votre assurance-vie. Dans tous les cas, l’expert met en garde : « l’investissement durable doit se concevoir sur le long terme. L’argent doit être placé pendant au moins dix ans pour être performant financièrement. Mais si vous voulez constituer un pécule pour votre retraite tout en contribuant à dépolluer la planète, c’est un placement judicieux qui vous apportera une performance globale supérieure aux autres produits sur la durée. »

Des labels pour se repérer

D’après l’agence de certification Novethic, le nombre de fonds durables a presque doublé en un an pour atteindre 704 produits accessibles aux épargnants français fin 2019, le tout pour un encours de 278 milliards d’euros. En revanche, l’offre marketing reste assez confuse. Pour s’y retrouver, vous pouvez vous fier aux labels ISR et Greenfin, tous deux créés par l’État français. Le premier impose de respecter les critères de l’investissement socialement responsable et a été attribué à 263 fonds fin 2019. Le second, anciennement dénommé label Transition énergétique et écologique pour le climat, cible la lutte contre le changement climatique et ne concerne que 18 fonds. D’autres initiatives privées permettent de guider les consommateurs, comme le label Finansol, qui sélectionne des produits solidaires, ou le label CIES délivré par le Comité intersyndical de l’épargne salariale, qui atteste que les fonds d’épargne salariale intègrent des critères ESG dans leur gestion.