Déconfinement : Un temps ringardisés, les Gîtes de France vont-ils prendre leur revanche ?

TOURISME « Nous avons un public très franco-français, avec seulement 12 % d’étrangers, ce qui devrait limiter l’impact des difficultés de voyage », explique la directrice de la fondation des Gîtes

Romarik Le Dourneuf

— 

La demande de logement avec piscine explose (illustration)
La demande de logement avec piscine explose (illustration) — Inno Kurnia
  • Edouard Philippe a annoncé que les « Français pourront partir en vacances cet été », mais avec la limitation de déplacement de 100 km et les incertitudes sanitaires, les vacanciers sont dans le flou.
  • Après avoir traîné une image désuète face aux plateformes en ligne, les Gîtes de France renvoient un sentiment de sécurité dans le contexte sanitaire actuel.
  • Pour tirer leur épingle du jeu, ils misent sur l’authenticité… et sur le marketing.

Un temps ringardisés par les plateformes de location du type Airbnb, les destinations exotiques et les centres de vacances, les Gîtes de France sont toujours bien là. Ils représentent 70.000 hébergements en France, qui accueillent environ 2 millions de vacanciers chaque été.

Et comme toutes les entreprises du tourisme, ils souffrent grandement de la crise du Covid19, avec près de 40 millions d’euros de perte entre la mi-mars et la fin avril. Mais Edouard Philippe l’a annoncé : « Tous les Français pourront partir en vacances. » Et dans cette situation si particulière, les Gîtes de France pourraient tirer leur épingle du jeu.

Un déconfinement prometteur

« Depuis les annonces du 14 mai – consécutives au Comité interministériel du tourisme –, nous avons observé une très nette augmentation des contrats de location pour juillet et août », commence Solange Escure, directrice de la fédération des Gîtes de France. Une annonce qui peut paraître surprenante au milieu des appels à l’aide du secteur et seulement quelques jours après l’annonce par Airbnb d’un grand plan de licenciement. Pourtant, les réservations sont là.

Pierre Bonelli, fondateur de Cozycozy, un comparateur d’hébergement de vacances, le confirme : « Nous constatons un bouleversement des envies et des comportements dans les recherches. » Tout d’abord, situation sanitaire oblige, elles se portent sur l’Hexagone : « En temps normal, nous avons autant de recherches sur la France qu’à l’étranger. Mais depuis quelques semaines, nous sommes passés à 90 % sur la France. » Et le type d’hébergement a également évolué, puisque la part des maisons individuelles dans les demandes a été multipliée par deux, comme les demandes concernant les Gîtes de France. « Les gens veulent pouvoir se réunir en famille ou entre amis, à l’abri des lieux collectifs qui entraînent plus de risques », ajoute Pierre Bonelli.

Il identifie deux périodes très populaires dans les réservations : « Les longs week-ends de mai, notamment autour de Paris, et le mois d’août. » Solange Escure explique : « Traditionnellement, le mois de juillet est compliqué, jusqu’au 20, entre les sorties tardives d’écoles, les résultats du baccalauréat et les RTT à solder avant fin mai. Mais nous notons déjà des réservations plus longues que d’habitude. Nous attendons début juin et les décisions à venir, mais nous espérons des séjours dès le début du mois de juillet. »

« Ils sont partout »

Si les Gîtes de France peuvent espérer un redécollage, c’est parce qu’ils ont des cartes à jouer. La première : leur clientèle. « Nous avons un public très franco-français, avec seulement 12 % d’étrangers, ce qui devrait limiter l’impact des difficultés de voyage », explique Solange Escure. Les Gîtes de France peuvent se vanter aussi d’un fort maillage territorial. Guy Raffour, directeur d’un cabinet d’études marketing spécialisé dans le tourisme, abonde : « Ils sont partout, c’est un gros point fort. Vous pouvez toujours trouver un logement à la distance que vous souhaitez, là où beaucoup de plateformes sont très “urbaines”. » Un gros avantage dans cette situation, avec la limitation des 100 km et la crainte d’un reconfinement. Et « les vacanciers savent qu’il y a un énorme service après-vente derrière. Cela donne une grande crédibilité à l’enseigne », ajoute-t-il.

Car c’est là l’autre atout des Gîtes de France mis en avant par Solange Escure : l’expérience. « Nous fêtons nos 65 ans cette année, recevoir et accompagner, c’est notre métier ». « Il y a tout un processus pour adhérer, les hôtes sont très accompagnés et surveillés, les 650 employés sont disponibles. L’enseigne a pignon sur rue, une centrale, un catalogue et un classement sérieux », confirme Guy Raffour.

Un besoin de proximité

Et quid des questions sanitaires, propres à tous les types d’hébergements touristiques ? « Nous demandons un ménage encore plus régulier que nous contrôlons, explique Solange Escure. Nous permettons aux hôtes de se fournir par des commandes groupées pour les produits, comme pour le linge de maison. »

La directrice de la fédération des Gîtes de France le concède, ces derniers ont pu souffrir d’une image désuète dans le paysage touristique. Mais cela pourrait bien changer : « Il y a une demande de tourisme plus humain, avec du personnel et où le client n’est pas qu’un dossier. Ce sont des valeurs qui reviennent, comme le fait, apprécié des Français, que nous payons nos impôts en France. » Une évolution confirmée par le directeur d’études marketing : « Les gens recherchent plus d’authenticité, un tourisme rural, avec de grands espaces, une proximité avec la nature, d’autant plus avec le confinement. » Et cette tendance va de pair avec la volonté de consommer local, de se « reconnecter » aux produits du terroir, de passer par des circuits courts. En deux mots, le slow-tourism (tourisme lent).

En s’inspirant… D’Airbnb

Au final, cette percée potentielle pourrait bien avoir été inspirée par… Airbnb. « Ils sont arrivés avec un marketing très fort, à l’américaine, une facilité d’utilisation, des nouveautés, des activités qu’ils appellent “expériences” », raconte Guy Raffour. Ainsi, les vacanciers sont passés d’une recherche d’hébergement à une recherche d’activités. « On veut faire de la randonnée, du cheval, visiter des lieux historiques, faire des marchés locaux, suivre les traces d’un écrivain. Mais tout cela, les gîtes le proposent depuis longtemps. La différence, c’est qu’ils ne savaient pas le vendre autrement que par des prospectus dans le logement. Maintenant, ils le montrent sur Internet. »

Les hôtes ont donc aménagé des piscines, des spas, des jeux pour enfants, en créant des espaces écologiques ou insolites… Pour améliorer l’expérience des touristes et replacer les Gîtes de France sur la route des vacances.