Déconfinement à Bordeaux : Le directeur de l’aéroport dévoile le plan de reprise des vols, avec « des liaisons vers Roissy puis Lyon » pour démarrer

INTERVIEW Directeur de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac, Pascal Personne revient pour « 20 Minutes » sur l’arrêt brutal de l’infrastructure en raison de l’épidémie de Covid-19, évoque le redémarrage des vols ainsi que la mobilisation du secteur économique pour sauver la navette Air France vers Orly

Propos recueillis par Mickaël Bosredon

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Tarmac de l'aéroport de Bordeaux Mérignac
Tarmac de l'aéroport de Bordeaux Mérignac — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • Air France va opérer deux fréquences par semaine vers Roissy en mai, puis une fréquence quotidienne à partir du 8 juin.
  • Le programme de vols des low cost devrait redémarrer vers la fin du mois de juin.
  • En revanche l’avenir de la navette Air France vers Orly est sérieusement menacé, et le secteur de l’aéronautique se mobilise pour la sauver.
  • La chute brutale du trafic va faire retomber l’aéroport de Bordeaux plusieurs années en arrière prévient son directeur.

Quasiment à l'arrêt pendant plus d'un mois, l’aéroport de Bordeaux-Mérignac a lentement redémarré son activité lundi, avec un vol vers Roissy. Mais la reprise sera lente, et les conditions d’embarquement pour les passagers vont être profondément modifiées, prévient le directeur de l’infrastructure, Pascal Personne.

Pascal Personne, président et directeur de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac

Après plus d’un mois de fermeture, l’aéroport de Bordeaux-Mérignac a rouvert lundi, comment se passe cette relance ?

C’est une petite reprise mais une reprise quand même, puisque Air France a opéré un vol vers Roissy-CDG lundi, et qu’il appliquera un régime de deux fréquences par semaine pour tout le mois de mai. La liaison vers CDG va passer à quatre fréquences hebdomadaires le 1er juin, à une fréquence par jour à partir du 8 juin, puis 10 fréquences par semaine à partir du 15 juin, et 14 liaisons hebdomadaires à partir du 27 juin. Air France va également relancer Lyon à raison de trois fréquences par semaine à partir du 8 juin, puis KLM relancera Amsterdam à raison d’une fréquence par jour à partir du 1er juin. Ce devrait être notre premier vol international, sachant que nous devrions aussi avoir à partir du 1er juillet un vol quotidien de la TAP (Air Portugal) pour Lisbonne. La compagnie Chalair va par ailleurs opérer à nouveau la liaison vers Brest à compter du 8 juin, deux fois par semaine, puis Bordeaux-Montpellier à partir du 15 juin.

Et concernant les compagnies low cost ?

On attend le programme de Volotea avec probablement une relance de Strasbourg et de plusieurs villes en Corse vers mi-juin ou fin juin. Concernant les villes à l’étranger, et notamment le sud de l’Europe, cela se décidera au fur et à mesure de l’ouverture des frontières bien entendu. La compagnie souhaitait par ailleurs ouvrir une liaison vers Alger, mais cela sera soumis à des décisions gouvernementales. On imagine des reprises de vol d’EasyJet et Ryanair à partir de fin juin, sans doute sur des vols domestiques, et dans un deuxième temps vers d’autres pays européens et la Grande-Bretagne.

Par ailleurs, la navette Air France qui opérait jusqu’alors 10 vols quotidiens vers Orly, est-elle réellement menacée ?

Oui c’est vrai. La déclaration forte du ministre de l'Economie [qui a indiqué que « quand on peut faire des trajets en train en moins de 2h30, l'avion ne se justifie pas »] quant à ce sujet était assez claire. Mais depuis, les réactions du milieu économique et politique sont très fortes également, notamment de la part des opérateurs du secteur spatial et de la défense. Pour Dassault c’est très important de continuer à avoir des vols Bordeaux-Orly. Le Baas (Bordeaux-Aquitaine Aéronautique et Spatial), qui regroupe tous les acteurs de la filière, se mobilise également, tout la comme la CCI. C’est une ligne très importante en volumétrie, avec environ 560.000 passagers par an, et la clientèle business était très intéressée par cette ligne, car il y a un vrai gain de temps.

La mobilisation est-elle pour sauver la navette telle qu’elle était avant la crise, ou pour maintenir quelques vols vers Orly ?

Idéalement il s’agit de sauver les dix fréquences quotidiennes que nous avions auparavant. Il était déjà prévu de passer à des vols de plus petite capacité, d’une centaine de sièges, ce qui était censé améliorer l’économie de la ligne pour Air France.

Et pour l’aéroport quelle conséquence aurait cette suppression ?

Ce serait important, parce que c’est la deuxième ligne de l’aéroport, derrière Roissy avec 600.000 passagers. Ce sont des lignes très structurantes. Imaginez les difficultés dans lesquelles on se retrouve avec la chute drastique de tous les vols, si en plus on supprime tout ou partie de la navette cela va devenir très compliqué pour nous.

Du marquage au sol a été installé à l'aéroport de Bordeaux, pour faire respecter la distanciation sociale
Du marquage au sol a été installé à l'aéroport de Bordeaux, pour faire respecter la distanciation sociale - Aéroport de Bordeaux

Concernant les mesures sanitaires, qu’est-ce qui va changer pour les passagers ? On ne prendra certainement plus l’avion comme on le prenait il y a deux mois ?

Plus du tout. Nous sommes mobilisés par les mesures sanitaires importantes qui nous sont imposées, et nous mettons en place la distanciation sociale avec du marquage au sol sur toutes les zones importantes de l’aéroport pour que les clients restent distants d’un mètre. Nous avons installé beaucoup de plexiglas, notamment sur les bornes d’enregistrement lorsque le client est en contact trop proche de l’agent. Le port du masque est par ailleurs désormais obligatoire dans l’espace de l’aéroport, mais il n’y a pas encore de mesure de la température des passagers pour le moment.

Il faudra compter beaucoup plus de temps pour embarquer désormais ?

C’est clair. Ces mesures vont ralentir l’ensemble du circuit passager, puisqu’on fera tout pour éviter les regroupements, et cela va impacter la productivité de l’aéroport. Le plus important est que les gens connaissent bien les règles, et qu’ils acceptent ce dispositif sanitaire, avant de se rendre à l’aéroport.

Les salles d'attente de l'aéroport de Bordeaux ont été réaménagées en raison de l'épidémie de Covid-19
Les salles d'attente de l'aéroport de Bordeaux ont été réaménagées en raison de l'épidémie de Covid-19 - Aéroport de Bordeaux

Les travaux en cours ont-ils pu se poursuivre durant le confinement ?

Les travaux en cours ont été ralentis mais ont continué, notamment la réalisation de notre satellite 3 qui sera l’extension du Hall A, et nous avons bon espoir qu’il soit livré dans le courant de l’été. Concernant les projets de l’aéroport, ce sera discuté prochainement par les actionnaires. Nous avions un niveau de trafic très élevé avec 7,8 millions de passagers l’année dernière, mais cette année ce sera nettement moins, avec une reprise qui sera lente. On va revenir plusieurs années en arrière, et probablement qu’il nous faudra quelques années avant de revenir au niveau de trafic de 2019. Il y aura une discussion sur le recalibrage du programme d’investissements en fonction du trafic, cela paraît évident.