Coronavirus : La croissance américaine chute de 5 %, et le plongeon devrait être historique au prochain trimestre

ECONOMIE La réserve fédérale promet de faire tout ce qu'elle peut pour soutenir l'économie, mais les projections des analystes tablent sur un recul qui pourrait dépasser 30%

20 Minutes avec AFP
— 
Le président de la Fed, Jerome Powell, le 29 avril 2020.
Le président de la Fed, Jerome Powell, le 29 avril 2020. — Jacquelyn Martin/AP/SIPA

Il aura donc fallu une pandémie mondiale pour mettre fin à dix ans de croissance américaine. Le PIB de la première économie du monde a chuté de 4,8 % au premier trimestre, victime des mesures de confinement mises en place pour enrayer la progression du coronavirus. Et même si elle a promis de faire tout son possible, la Fed s’attend à un plongeon historique dans les mois à venir.

Restaurants, bars, boutiques, écoles, ont fermé progressivement. En cinq semaines, plus de 26 millions de personnes se sont inscrites au chômage, du jamais vu, « beaucoup plus rapidement pour les minorités » et les ménages aux bas revenus, a déploré le patron de la réserve fédérale, Jerome Powell. Et, alors que seule la fin du trimestre a été touchée par ces mesures, la chute du PIB sera bien plus spectaculaire au deuxième trimestre, qui marquera également l’entrée officielle des Etats-Unis en récession, selon une définition classique de ce recul de la richesse nationale.

Une baisse de 30 à 40 % envisagée

L’économie américaine va « probablement chuter à un rythme sans précédent au deuxième trimestre », a prévenu Powell. Il s’est gardé de donner une prévision chiffrée, face aux incertitudes quant à l’ampleur et la durée du ralentissement, qui « dépendront en grande partie de la rapidité avec laquelle le virus sera maîtrisé », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse. Les projections des analystes laissent prévoir une baisse de l’ordre de 30 à 40 %.

Pour assurer une reprise « aussi robuste que possible » de l’économie, la Banque centrale américaine n’a pas lésiné depuis deux mois. Elle a dégainé tous ses outils classiques de temps de crise, et en a créé d’autres, afin de rassurer les marchés et de donner une bouffée d’air aux entreprises et aux ménages. Et elle a promis mercredi de continuer à les utiliser « de manière agressive », estimant que l’économie « aura sans doute besoin de plus de soutien » que les mesures déjà prises, qui sont pourtant sans précédent. Le comité monétaire de la Fed a par ailleurs maintenu les taux directeurs dans une fourchette de 0 à 0,25 %, et les y laissera jusqu’à ce qu’il soit convaincu que l’économie « a survécu » à cette crise.

Le pire recul depuis la Second Guerre mondiale

Il faudra piocher largement dans l’argent public, selon Jerome Powell. « C’est le moment d’utiliser la grande puissance budgétaire des Etats-Unis pour soutenir l’économie et essayer de traverser (cette crise) avec le moins de dommages possible sur les capacités de production à long terme de l’économie », a-t-il avancé. Fini l’orthodoxie budgétaire, la réflexion sur le déficit viendra après.

L’économie devrait se redresser timidement à partir de l’été. Mais la chute du deuxième trimestre sera telle qu’il est peu probable que la reprise au troisième trimestre soit suffisante pour revenir à des niveaux d’avant la crise.

La récession aux Etats-Unis pourrait être trois fois plus forte que pendant la crise financière, « et la plus forte contraction économique depuis la Seconde Guerre mondiale », selon les analystes d’Oxford Economics. Pour certains secteurs particulièrement affectés par la paralysie de l’économie, à l’instar du transport aérien, le retour au niveau de 2019 pourrait prendre plusieurs années. Le Fonds monétaire international table ainsi sur une contraction du PIB américain de 5,9 % pour l’année 2020.