Coronavirus : Comment gérer ses crédits (immobilier, conso) pendant la crise ?

CONSOMMATION La période exceptionnelle peut conduire à des ajustements, notamment pour la durée des prêts

Nicolas Raffin

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La Banque de France à Paris (image d'illustration).
La Banque de France à Paris (image d'illustration). — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • Le coronavirus a fait ralentir l’activité immobilière.
  • Certains acquéreurs peuvent se retrouver avec une perte de revenus, ou faire face à des délais de leur banque.
  • 20 Minutes répond aux questions les plus courantes.

Pour des millions de salariés placés en chômage partiel, comme pour les millions d’indépendants privés d’activité, la période actuelle du confinement se traduit par une perte, partielle ou totale, de revenus. Si l’État a prévu des dispositifs – prise en charge du coût du chômage des entreprises, indemnisation forfaitaire des indépendants –, cela ne suffit pas toujours. « Je perds actuellement plus de 400 euros à cause du chômage partiel et je galère à payer mon crédit immobilier » témoignait par exemple Brian il y a quelques jours.

Pour vous aider avec votre crédit, 20 Minutes fait le point sur vos possibilités en pareil cas.

J’ai perdu tout ou partie de mes revenus à cause de la crise du coronavirus. Puis-je arrêter de rembourser mon crédit contracté pour acheter ma maison ou mon appartement ?

Il faut regarder attentivement votre contrat de prêt et l’assurance emprunteur correspondante. Dans tous les cas, vous devez respecter les termes de ceux-ci si vous ne voulez pas faire face à des poursuites.

Première option : demander le report de vos mensualités. C’est normalement possible si vous remboursez votre prêt depuis plus d’un an, voire deux ans (et si cela figure à votre contrat). Le report aura pour effet de suspendre les versements à la banque pour une durée déterminée. Vous pouvez opter pour un report partiel (vous continuez à payer les intérêts) ou total (vous ne payez plus rien). Cela soulage votre trésorerie pour quelques mois. Mais attention, cela signifie aussi que votre crédit sera plus long (il faudra payer les échéances reportées à la fin) et plus cher (il faudra payer plus d’intérêts). Suivant les cas, la facture peut grimper de plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Deuxième option : demander la « modulation » des mensualités. Ce dispositif, souvent présent dans les contrats, permet d’augmenter ou de baisser vos mensualités sur une période donnée (souvent un an). Suivant les clauses, cette baisse temporaire peut aller jusqu’à 30 %. Là encore, cela conduira à un rallongement de votre crédit, mais pour un coût très inférieur à celui d’un report total des mensualités. « Si cette clause est prévue dans le contrat, la banque ne peut pas s’y opposer, rappelle Philippe Taboret, directeur général adjoint du courtier CAFPI. Vous n’avez pas à vous justifier, c’est sur simple demande ».

Enfin, certains acheteurs ont souscrit une assurance « perte d’emploi ». Là encore, prudence : « Dans la plupart des contrats, cela correspond à un licenciement économique, rappelle Gaëtan Dupin, juriste spécialisé banques et assurances à l’UFC Que-Choisir. Cela ne s’applique donc pas au cas où vous vous retrouvez en chômage partiel ». Du reste, cette assurance ne remboursera jamais tout votre prêt (les mensualités sont prises en charge seulement quelques mois) et elle démarre après un délai de carence (quelques mois là encore).

J’avais une promesse de vente pour acquérir un logement, mais je n’ai pas encore eu mon prêt avec le confinement. Comment faire ?

Si vous achetez un appartement ou une maison avec un prêt, la promesse de vente doit obligatoirement comporter une « condition suspensive ». Il s’agit du délai accordé pour obtenir la validation de ce prêt auprès de la banque et le déblocage des fonds. Mais avec le coronavirus, les délais de traitement peuvent se rallonger. Pour éviter tout problème, vous pouvez demander une prolongation de la clause suspensive, généralement fixée à deux mois. « Surtout, ne restez pas dans le déni et contactez le vendeur pour lui expliquer le problème, indique Gaëtan Dupin. Si le mieux reste d’avoir un avenant à la promesse de vente, un simple engagement écrit peut suffire pour modifier les délais ».

« Au vu de la période exceptionnelle, tout le monde – banquiers, acheteurs, vendeurs – a intérêt à faire preuve de souplesse, considère Philippe Taboret. Par ailleurs, après un mois compliqué en mars, nous n’avons pas affaire à un rallongement déraisonnable des délais pour valider les prêts ».

J’ai du mal avec les fins de mois en ce moment. Puis-je souscrire un crédit à la consommation pour faire face à mes dépenses ?

« Ce n’est pas forcément une bonne solution, prévient Gaëtan Dupin. Le crédit à la consommation doit être, en théorie, destiné à une dépense bien précise (téléviseur, voiture). Ce n’est pas fait pour prendre en charge des dépenses courantes. Après, on se trouve aujourd’hui dans une situation exceptionnelle. Dans tous les cas, un crédit comporte toujours un risque et peut mener facilement à la multiplication des crédits qui amènent au surendettement ». Soyez donc attentifs à vos capacités de remboursement avant de vous lancer.