Coronavirus en Nouvelle-Aquitaine : Cet été, le tourisme devra rimer avec proximité et visiteurs français

POST 11 MAI La Nouvelle-Aquitaine est la deuxième région la plus visitée par les Français, la première en offre d'hôtellerie de plein air

Marion Pignot

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Cet été, il faudra grimper la Dune du Pilat en respectant le « mètre barrière ».
Cet été, il faudra grimper la Dune du Pilat en respectant le « mètre barrière ». — Caro / Hoffmann /SIPA
  • Alors qu’en Nouvelle-Aquitaine, restaurants, campings et hôtels redoutent la saison blanche, Jean-Baptiste Lemoyne s’est voulu rassurant, ce vendredi.
  • Le secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères a assuré que le plan de relance était en cours et souligné que le tourisme allait cependant « être différent cette année ».
  • Selon lui, « la clientèle domestique sera le moteur de cette saison » estivale et l’été devra rimer avec tourisme de proximité et visiteurs français.

Le tourisme en Nouvelle-Aquitaine, c’est 150.000 emplois directs, 400.000 emplois indirects, 20.000 entreprises et 9 % du PIB régional. A l’aube du déconfinement, il peut paraître normal que les professionnels du secteur se montrent un chouïa tendus face à la perspective d’une saison blanche. « Conscient », dit-il, de « l’angoisse » liée au manque de perspectives, Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, a récemment assuré que restaurateurs ou hôteliers pouvaient réfléchir à la reprise… en sachant que le « tourisme serait complètement différent cette année ». Lors d’une téléconférence de presse coanimée avec Alain Rousset, président de la Région, le représentant du gouvernement a évoqué une relance orchestrée par les règles sanitaires, la « complémentarité entre destinations » et le « circuit court ».

Un tourisme « raisonnable et raisonné »

Post-11 mai, les « déconfinés » et les professionnels du tourisme devront suivre à la lettre les guides de bonnes pratiques sanitaires pour éviter de retourner à la maison. « Chaque semaine, je réunis le Comité de filière. La Nouvelle-Aquitaine y est bien représentée puisque Roland Heguy, président de  l'Umih y est invité, tout comme le chef Philippe Etchebest, a souligné Jean-Baptiste Lemoyne. Nous travaillons en temps réel sur le plan de soutien et tentons d’aider le secteur à passer ce cap difficile. »

La pression est grande, puisqu’en Nouvelle-Aquitaine, seuls 2 % des 1.700 hôtels sont ouverts et seul 1 % des 9.400 restaurants se sont redéployés sur la vente à emporter. Et déjà 3.780 entreprises touristiques bénéficient du prêt garanti par l’Etat, pour un montant de 296 millions. « On sait qu’il y a un besoin urgent et je comprends cette angoisse de ne pas avoir des perspectives, a poursuivi Jean-Baptiste Lemoyne. Nous devrons cependant patienter quinze à vingt jours après le 11 mai pour voir les premiers effets du déconfinement et préparer véritablement la saison. » Selon le représentant de l’exécutif, qui craint « un regain de l’épidémie », « rien ne serait pire que de faire prendre le risque aux professionnels de recruter des saisonniers ou de faire des stocks pour se rendre compte finalement que la date annoncée ne pourrait pas être honorée ».

Même discours du côté d’Alain Rousset. Le patron de la Région a effectivement plaidé en faveur d’une « réouverture maîtrisée » et souhaité que la Nouvelle-Aquitaine puisse être une « terre d’expérimentation sur une réouverture raisonnée et raisonnable ». Et de rappeler que l’arrivée de touristes « pourrait créer des clusters » dans une région où « seulement » 4.537 cas de Covid-19 ont été recensés depuis le début de l’épidémie. « Les opérateurs du tourisme ont besoin d’une visibilité, certes, mais nous ne pourrons rouvrir les grands sites tels que Lascaux et les aquariums de La Rochelle ou de Biarritz sans visibilité sur les contraintes sanitaires », a glissé Alain Rousset. « La notion de jauge sera présence forcément dans les campings comme dans les restaurants, a renchéri Jean-Baptiste Lemoyne. Le guide des bonnes pratiques de la restauration évoque, par exemple, une tablée qui ne peut pas dépasser les huit personnes. »

Un tourisme « en circuit court »

A l’été 2020, « la clientèle domestique sera le moteur de cette saison », a lâché le secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères. Selon lui, les offices de tourisme ont déjà retravaillé leurs offres vers « la proximité, les bassins locaux ou régionaux », soit le « tourisme en circuit court ». L’œnotourisme, le thermalisme [deuxième région de France], tout comme le tourisme d’affaires pourraient ainsi tirer leur épingle du jeu en Nouvelle-Aquitaine… d’autant que des vols devraient rependre « de façon progressive à la mi-mai ». De son côté, Alain Rousset imagine « profiter de cette séquence » pour « innover et miser sur le tourisme durable » et écologique. Et comme la Nouvelle-Aquitaine est la première région de France en offre d’hôtellerie de plein air [les campings représentent 40 % des lits marchands, 1.350 établissements et 143.000 emplacements], le territoire pourrait profiter d’une chouette avance sachant que, selon Jean-Baptiste Lemoyne, les bungalows pourraient rouvrir fin mai, « si les espaces collectifs sont bien organisés, voire condamnés ».

Du tourisme sans compétition entre les régions

Exit les touristes étrangers, cet été la Nouvelle-Aquitaine, qui a été l’une des premières régions à communiquer sur le désormais fameux « Rester chez soi aujourd’hui, c’est pouvoir voyager demain », devra miser sur le Savoyard ou le Lot-et-Garonnais. Selon Alain Rousset, il ne sera pas question d’entrer dans une compétition entre régions « pour se chiper les touristes » et se tailler la plus grosse part du gâteau. « Il faudra un effort national et mettre l’accent sur le tourisme social, s’adresser aux personnes qui auront vécu plus durement ce confinement », a précisé Alain Rousset, avant d’évoquer « les personnes les plus modestes et les femmes seules avec deux ou trois enfants ».

Pour éviter la guerre entre les destinations et « plutôt mettre en avant les complémentarités », le gouvernement a demandé à l'agence Atout France de coordonner les campagnes régionales et d’axer la communication sur la prévention. « Avant de penser promotion, il faut travailler l’information. Les touristes devront continuer à prendre des précautions car il faudra passer l’été avec le virus », a martelé Jean-Baptiste Lemoyne. D’ici quelques semaines, la Nouvelle-Aquitaine devra avoir également répertorié son offre touristique disponible. « Des établissements ne rouvriront pas et d’autres auront des offres dégradées, a précisé Alain Rousset. Toute cette information devra être rapidement accessible sur Internet afin que chacun puisse effectuer ses réservations. »

Face aux régions plus largement touchées par l’épidémie de Covid-19, la Nouvelle-Aquitaine et sa grotte de Lascaux ou ses tours de La Rochelle auront une carte à jouer cet été. D’autant qu’il sera potentiellement facile de maintenir les distances réglementaires entre les serviettes sur ses 720 kilomètres de littoral. Le comité interministériel du tourisme, présidé par Edouard Philippe, doit se réunir le 14 mai à Matignon. L’intégralité du plan de relance sera dévoilée dans la foulée et la Nouvelle-Aquitaine devrait pouvoir savoir comment faire pour rester la deuxième région la plus visitée par les Français.