Coronavirus en Nouvelle-Aquitaine : Les « déconfinés » pourront-ils profiter des 720 kilomètres de plages ?

DECONFINEMENT La préfète de Nouvelle-Aquitaine redoute « un effet Coupe du Monde sur les plages si celles-ci étaient rouvertes trop tôt »…

Marion Pignot

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Après deux mois de confinement, les surfeurs attendent une toute autre vague que celle du Covid-19
Après deux mois de confinement, les surfeurs attendent une toute autre vague que celle du Covid-19 — Francois Mori/AP/SIPA
  • Les vacanciers et Néo-Aquitains pourront-ils profiter en toute liberté des 720 kilomètres de littoral de Nouvelle-Aquitaine dès le 11 mai ?
  • La question est cruciale, mais ni la préfète, ni le président de Région ni le secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères n’ont pu y donner une réponse précise, redoutant tous « un effet Coupe du monde » sur les plages après deux mois de « Restez chez vous ».
  • Seule la Fédération française de surf assure qu’elle pourra accompagner le retour à l’eau de ses champions et de ses amateurs dès le 11 mai, en faisant du sable un simple « lieu de passage ».

Le soleil va un jour revenir en Nouvelle-Aquitaine​ et avec lui l’envie de se dorer la pilule sur les plages de la Côte sauvage ou du Bassin d’Arcachon… fermées depuis le 17 mars. Alors que le début de l’été devrait rimer avec « geste barrières », les « confinés libérés » auront-ils la chance de profiter des étendues sablonneuses du Canon, de Capbreton, de Saint-Palais ou de Tarnos, soit des 720 kilomètres de littoral néo-aquitain ? Spoiler : ce n’est pas gagné.

Ce vendredi, Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, et Alain Rousset, président de la région, ont coanimé une téléconférence sur les conséquences de l’épidémie Covid-19 en Nouvelle-Aquitaine. Au bout de deux heures d’échanges, la question, cruciale, de la baignade a été posée. « A ce stade, je ne suis pas en mesure de vous dire quel sera le régime qui s’appliquera aux plages, a lâché Jean-Baptiste Lemoyne. Les Australiens ont rouvert avec un certain nombre de restrictions. Vous pouvez, par exemple, avoir des activités aquatiques, mais pas de stationnement sur la plage elle-même. On regarde ce qui se fait également en Belgique. »

« Nous ferons la même chose dans les quatre départements littoraux »

Le secrétaire d’Etat a glissé, par ailleurs, ne pas pouvoir donner de résultats « avant même que le travail d’expertise de Jean Castex » sur la sortie du confinement ne soit rendu. Jean-Baptiste Lemoyne rejoignait là Fabienne Buccio, préfète de Gironde et de la Nouvelle-Aquitaine qui, le matin même, assurait « être incapable de dire actuellement si l’on pourra dès le mois de juin se promener sur les plages ou se poser sur une serviette ». « Tout dépend de l’évolution de l’épidémie trois semaines après la sortie du confinement. En fonction des courbes, nous progresserons dans un sens ou dans l’autre, a détaillé la préfète. Mais il ne faut pas oublier que le virus ne s’arrêtera pas le 11 mai, que nous allons vivre un été probablement sans vaccin. Nous allons devoir vivre avec le Covid-19 pendant quelques mois encore et avoir les réflexes qui s’imposent. »

Depuis le début du confinement, les plages sont surveillées par des drones, par des patrouilles et par hélicoptères, des contrevenants ont tout de même été verbalisés de La Rochelle à Biarritz. Lassées, les forces de l’ordre et la préfecture ont rapidement redoublé leurs contrôles pour faire comprendre aux promeneurs que le « confinement, ce n’était pas des vacances ». Alors Fabienne Buccio redoute un gros relâchement post 11 mai et un rassemblement en masse sur les plages « si celles-ci étaient rouvertes trop tôt ».

« Le sujet des plages va se poser immédiatement à nous dès le 11 mai. Je ne voudrais pas un effet Coupe du monde, ça serait terrible, a déclaré la préfète. Tout ce que je peux dire c’est que nous continuerons à être cohérents dans la région et nous ferons la même chose dans les quatre départements littoraux [Charente-Maritime, Gironde, Landes Pyrénées-Atlantiques]. »

Alain Rousset a plaidé une « réouverture maîtrisée »

Exit, donc, un « déconfinement à la carte », des images de plages bondées qui pourraient tenter les ex-confinés d’Auvergne-Rhône-Alpes ou d’Ile-de-France. Pour, d’une part, continuer de freiner les flux migratoires et, d’autre part, faire en sorte que la Nouvelle-Aquitaine reste parmi les régions relativement épargnée par le Covid-19. « Le problème, ce n’est pas tant la baignade que les points de regroupements comme les parkings ou les lieux de restauration, résume Patrick Dehail, conseiller médical du directeur général de l’Agence régionale de santé (ARS). On a une "immunisation" très faible mais qui n’attend que de flamber si l’on ne poursuit pas les mesures barrières strictes. C’est important notamment pour cet été. Il faudra un véritable contrôle des mobilités interrégionales. » Et Fabienne Buccio d’abonder : « Il n’y aura pas de différence d’un département à l’autre pour éviter justement d’inciter les gens à bouger d’un territoire à l’autre. »

Vendredi soir, Alain Rousset a lui aussi plaidé en faveur d’une « réouverture maîtrisée » et souhaité que la Nouvelle-Aquitaine puisse être une « terre d’expérimentation sur une réouverture raisonnée et raisonnable ». Le président de la région a rappelé que l’arrivée de touristes « pourrait créer des clusters » dans une région où « seulement » 4.503 cas confirmés de Covid-19 ont été recensés depuis le début de l’épidémie de nouveau coronavirus.

« Surfer près de chez vous ! »

Quant à la Fédération française de surf elle se montre plus enthousiaste. Sur ses réseaux sociaux, elle a déjà fait savoir qu’elle travaillait « à un retour à la pratique du surf pour tous » dès le 11 mai et « à une rentrée scolaire post-confinement dans le respect des règles sanitaires recommandées ». Reste que le surf ne se fera pas « comme avant ».

Le sable ne devrait devenir qu’un « lieu de passage ». « On ne doit plus en faire un lieu de sédentarité. On traverse la plage pour aller surfer et pour rentrer chez soi. On n’y reste pas », a expliqué en direct sur Facebook le président, Jean-Luc Arassus. « On ira surfer sans s’arrêter pour discuter ou regarder les vagues, ni sur la plage, ni sur le parking, ni sur le chemin du retour », a martelé la FFS, qui explore aussi la piste de la « régionalisation » : « On surfe sur son spot. On ne fait pas des kilomètres en voiture ou à vélo pour aller sur un autre spot. On demandera à notre communauté d’appliquer cette consigne : Surfer près de chez vous ! ».

Ce week-end, FFS affirme être capable d’accompagner, logistiquement et réglementairement parlant, le retour à l’eau des 700.000 surfeurs français dès le 11 mai. Elle n’attend que le « go » du gouvernement pour dompter la vague.