Coronavirus à Marseille : Actuellement « en sommeil », l’aéroport « pense à sa reprise »

TRANSPORTS Les responsables de l'aéroport Marseille Provence considèrent que le trafic aérien pourrait (doucement) repartir dès la fin du mois de mai

Jean Saint-Marc

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Le trafic aérien est très fortement ralenti depuis le début de la crise sanitaire (photo d'archives).
Le trafic aérien est très fortement ralenti depuis le début de la crise sanitaire (photo d'archives). — Jean Saint Marc / 20 Minutes
  • L’aéroport Marseille Provence est durement touché par la crise du coronavirus.
  • Les dirigeants de l’infrastructure considèrent que le trafic aérien au départ de Marseille pourrait recommencer progressivement à partir de la fin du mois de mai.
  • L’aéroport, actuellement « en sommeil », met en place de nouvelles mesures de sécurité sanitaire.

Un ciel parfaitement bleu : rien d’extraordinaire, fin avril, à Marseille. Ce qui est plus rare, en revanche, c’est qu’il soit vide. Seuls les oiseaux survolent encore la cité phocéenne : le trafic aérien est quasi arrêté à l’aéroport Marseille Provence. Le site de Marignane​, « en sommeil » depuis la mi-mars, ne reçoit que cinq vols par jour. Contre 150 en temps normal… Pour Philippe Bernant, président du directoire, la pandémie de coronavirus constitue une « crise sans précédent » : « On a perdu la quasi-totalité du chiffre d’affaires et nous consommons environ sept millions d’euros de trésorerie par mois. »

Le nombre de passagers a reculé de 99 % par rapport à avril 2019 et l’activité cargo, qui avait résisté en mars, a chuté de moitié en avril, en raison de l’arrêt général de l’économie. Les trois quarts des personnels de l’aéroport sont donc en arrêt de travail (chômage technique, arrêts maladie, RTT). Mais les dirigeants de l’infrastructure « pensent de plus en plus à la reprise », selon le directeur des opérations Denis Corsetti.

Des vols en vente pour début juin

Quand aura-t-elle lieu ? « Nous n’avons aucune certitude : les pessimistes d’un jour sont les optimistes du lendemain », soupire Patrice Escorihuela, le directeur financier. Julien Boullay, responsable du secteur commercial, note que « les grandes compagnies ont mis des vols en vente pour fin mai début juin. » Dès le 11 mai, Air France pourrait augmenter les fréquences entre Marseille et Paris (un vol par jour actuellement). Volotea, EasyJet ou Vueling ont également planifié des vols début juin. « Mais ça ne veut pas dire qu’elles vont vraiment le faire, elles pourront encore annuler » en fonction des décisions ministérielles, précise Julien Boullay.

Dans le doute, l’aéroport doit tout de même concevoir un nouveau dispositif de sécurité sanitaire. Philippe Bernant préconise « que le port du masque soit rendu obligatoire pour les passagers », quitte à mettre en place un système de « kits » en vente à l’aéroport. Le président du directoire de l’aéroport Marseille Provence estime que l’infrastructure devra acquérir environ 150.000 masques pour tenir jusqu’à la fin de l’année 2020.

Sièges condamnés et vitres en plexiglas

« On va se conformer aux mesures imposées par l’Agence régionale de santé, mais nous avons déjà regardé ce qui se faisait dans les aéroports asiatiques », précise Denis Corsetti. Un marquage au sol, tous les 1,5 mètre, est en cours de déploiement dans l’aéroport. Les salons VIP, jeux pour enfants et restaurants resteront fermés. En salle d’embarquement, un siège sur deux sera condamné et des plaques de plexiglas sont en cours d’installation pour protéger les salariés.

A plus long terme, l’aéroport envisage de « développer le sans contact » et « réfléchit à de nouveaux matériaux, car certains virus restent moins longtemps sur certaines surfaces », développe Denis Corsetti. Mais l’avenir reste flou : certaines compagnies aériennes pourraient faire faillite, dès cet été. D’autant que les clients seront sans doute réticents à l’idée de remonter dans un avion après cette crise sanitaire.

« Chaque prévision nous fait revoir la précédente à la baisse »

« Le trafic affinitaire reprendra assez vite car les gens auront hâte de revoir leurs proches, espère au contraire Julien Boullay. Ce sera un atout pour l’aéroport de Marseille au vu du nombre de communautés représentées dans la ville. » Face à des graphiques en chute libre, le directeur commercial reste prudent : « Chaque prévision nous fait revoir à la baisse la prévision précédente. »

Le trafic s'est brutalement effondré, mi mars, à l'aéroport de Marseille.
Le trafic s'est brutalement effondré, mi mars, à l'aéroport de Marseille. - AMP

A ce jour, l’aéroport de Marseille table sur 5,6 millions de passagers en 2020, contre 10,2 en 2019. Cette chute de fréquentation ne remettra pas totalement en cause le plan de modernisation et de développement de l’aéroport, lancé en 2017. « On va essayer de préserver notre projet cœur d’aéroport, qui consiste à regrouper des opérations entre les deux terminaux pour aboutir à une voie d’entrée unique », ambitionne Philippe Bernant. En revanche, le projet de construire une jetée d’embarquement pour les vols long-courriers, notamment les A380, « va sans doute être différé. » Le secteur aérien va en effet se transformer. Et selon le président du directoire de l’aéroport, les Français devront « comprendre que prendre l’avion n’est pas un acte banal. »

L’aéroport appelle l’Etat à l’aide

« Nous attendons de l’Etat qu’il prenne en charge les coûts des mesures de sûreté », assène Philippe Bernand. Elles représentent 39 millions d’euros par an pour l’aéroport de Marseille. « Ce sont des missions régaliennes qui sont normalement celles de l’Etat et qu’il a déléguées pour des raisons pratiques », argumente Philippe Bernand. Elles sont habituellement payées par les passagers grâce une taxe sur les billets, reversée à l’aéroport.