Prétexte ou pas, la crise plombe l'emploi

Angeline Benoit - ©2008 20 minutes

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Depuis quelques mois, la crise justifie chaque jour que des salariés se retrouvent sur le carreau. Sans surprise, le nombre d'inscrits à l'ANPE est revenu en octobre au-dessus de la barre des 2 millions, avec une forte hausse du nombre de demandeurs d'emploi (+ 46 900). Soit le 6e mois de hausse consécutif, selon les chiffres officiels publiés hier soir.

« Nous entrons dans une période difficile qui peut durer un an », avait prévenu dès mardi le secrétaire d'Etat à l'Emploi, Laurent Wauquiez. Et la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, qui croyait encore au plein-emploi en mars, d'enfoncer le clou : « Quand il n'y a pas d'activité, les entreprises relâchent d'abord les intérimaires, puis les contrats à durée déterminée et ensuite, éventuellement, les salariés sous contrat à durée indéterminée. » La baisse ininterrompue du taux de chômage entamée au 1er trimestre 2006 (9,5 %) s'achève sans doute après deux trimestres de stabilité (7,6%).

Les chiffres de la croissance attestent de la récession, mais certains spécialistes s'accordent sur le fait qu'elle est propice à des réductions de coûts, difficiles à faire avaler par beau temps. « Il y a une part d'opportunisme. On a constaté des exigences d'une rentabilité de plus en plus forte, parfois irréalistes, de la part des actionnaires. Le chantage au plan social rend leur remise en cause très difficile », estime Karine Berger, directrice des études économiques et sectorielles chez Euler Hermes, société d'assurance des entreprises contre le défaut de paiement de leurs clients. « Les choses vont très vite sur fond de vent de panique », nuance Maxime Ronsain, expert en restructuration et président de PR Consulting. « Il y a eu un basculement cet été, avec un effondrement des chiffres d'affaires. C'est une situation unique. » Ceci dit, le discours des entreprises a changé : « Déjà, il y a une suranticipation des difficultés. Et puis le vent de panique suscité par le ralentissement mondial est idéal pour celui qui gagne de l'argent mais veut fermer une usine. »