Coronavirus à Avignon : L’annulation du festival, « une catastrophe économique qu’on n’osait pas imaginer »

CULTURE L’annulation du festival d’Avignon en raison de l’épidémie de coronavirus engendre d’importantes pertes financières pour les professionnels du spectacle, mais aussi pour tout le tissu local de la cité des Papes

Mathilde Ceilles

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Illustration du festival d'Avignon
Illustration du festival d'Avignon — BORIS HORVAT / AFP
  • L’annulation du festival d’Avignon est vécue comme un véritable coup dur pour les professionnels du théâtre, privé de ce « marché » du spectacle vivant.
  • C’est aussi une épreuve pour le tissu économique avignonnais, au point que la maire demande l’aide exceptionnelle de l’Etat.

Olivier Py a voulu y croire jusqu’au bout. La semaine dernière encore, alors que les annulations de festivals français pleuvaient, le directeur du festivald'Avignon confiait être « inquiet mais pas pessimiste », comme s’il s’accrochait à l’idée selon laquelle le coronavirus ​pourrait épargner cet événement majeur du spectacle vivant qui prend chaque année ses quartiers d’été dans la cité des Papes.

Mais ce lundi soir, le président de la République Emmanuel Macron est venu sonner le glas. Aucun festival ne sera toléré jusqu’à la mi-juillet, et le festival d’Avignon, qui se tient justement durant tout le mois de juillet, ne pourra échapper à la règle. Dans la foulée, les équipes du festival se résolvent à annuler à leur tour. Sans surprise, l’annonce retentissante ne laisse pas de marbre les professionnels du spectacle.

Un marché du théâtre

Il faut en effet savoir qu’outre la programmation du « In », le festival officiel, le festival Avignon rassemble des centaines et centaines de professionnels autour du festival « Off », sorte d’immense marché où se rencontrent des professionnels du spectacle vivant venus proposer des spectacles et des programmateurs de théâtre et autres producteurs qui se glissent dans le public pour acheter les meilleures pièces à programmer dans leurs établissements les mois prochains.

C’est donc toute une économie qui se trouve un peu plus fragilisée, et avec elles de nombreuses professions dans l’incertitude, des comédiens aux propriétaires de théâtres en passant par les précieux attachés de presse. « Le festival d’Avignon assurait 80 % de nos rentrées d’argent pour une jeune compagnie parisienne comme nous, explique Olivier Schmitt, directeur artistique de la compagnie Les joyeux de la couronne. Le seul moyen pour nous de faire rentrer de l’argent, de tirer des bénéfices, c’est de vendre des dates, et ça se fait à 99 % du temps durant le festival d’Avignon, durant lequel on fait un vrai travail de visibilité. »

« Un coup dur » pour l’économie d’Avignon

« On est très attristé, confie Aurélie Pisani, administratrice du théâtre du Chêne noir, un des théâtres clés du festival. Cette décision va avoir des conséquences économiques. Le festival représente 30 % de nos recettes, et la billetterie, les bonnes années, génère plusieurs milliers d’euros. Mais nous allons tous souffrir. C’est tout Avignon qui souffre ! »

L’annulation du festival d’Avignon est en effet un cataclysme pour le tissu économique local. « C’est évidemment un coup dur pour notre ville, déplore ainsi la maire d’Avignon, Cécile Helle, dans un communiqué de presse. […] Je mesure parfaitement ce que cette annulation signifie et représente pour nombre d’acteurs économiques de notre ville dont l’activité dépend grandement du festival. Je pense bien sûr aux professionnels du tourisme, en premier lieu les hôteliers, gérants de résidences hôtelières et de campings, propriétaires de chambres d’hôtes… Mais je pense aussi aux cafés, bars, restaurants et commerces qui animent tout au long de l’année notre centre historique et nos quartiers. »

Des restaurants « au bord du précipice »

La ville a déjà connu pareil mésaventure en 2003, à l’issue d’un important conflit social. Mais la situation ici est différente, à en croire Patrice Mounier, le président de l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie du Vaucluse. « En 2003, malgré l’annulation, il y avait des gens, qui n’étaient pas des festivaliers, mais qui venaient découvrir Avignon l’été. On était là, devant nos établissements, à attendre le client, couci-couça, mais on était là. Là, ça ne sera sûrement pas le cas. »

Et de soupirer : « Cette annulation, c’est une catastrophe économique qu’on n’osait pas imaginer. J’ai reçu plusieurs coups de fil d’hôteliers vent debout qui ont reçu des demandes d’annulation en pagaille. Déjà qu’ils n’ont pas de trésorerie, les arrhes constituaient le peu de trésorerie disponible… Je pense que, malheureusement, la chambre régionale de commerce et d’industrie, qui a mis en place un numéro spécial, va avoir beaucoup d’appels de gens qui se sentent au bord du précipice. Il y a des gens qui ne comptent que là-dessus. La recette de juillet est tellement importante ! Elle permet de tenir six à huit mois, et le reste se fait un peu avec Pâques, l’été, les ponts. Mais Pâques, l’été, les ponts, au vu de la situation, c’est mort ! »

« La ville d’Avignon ne pourra pas affronter seule cette épreuve », prévient Cécile Helle, qui demande « l’aide exceptionnelle de l’État et des collectivités territoriales ». Lundi prochain, un conseil d’administration exceptionnel de l’association de gestion du festival d’Avignon se réunira pour déterminer et débattre le plan d’annulation. Contactées, les équipes du festival font savoir qu’elles ne s’exprimeront qu’à l’issue de cette réunion cruciale.