Coronavirus en Bretagne : Les entreprises se prêtent des salariés pour faire face à la crise

AGROALIMENTAIRE Trois employés d’une chocolaterie et d’une entreprise d’algues alimentaires du Finistère qui étaient au chômage partiel ont rejoint le groupe Hénaff

Jérôme Gicquel

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Le groupe Hénaff vient d'accueillir trois salariés prêtés par des entreprises des environs.
Le groupe Hénaff vient d'accueillir trois salariés prêtés par des entreprises des environs. — Fred Tanneau / AFP
  • Pendant la crise, la solidarité s’organise entre les chefs d’entreprise bretons pour se prêter de la main-d’œuvre.
  • C’est notamment le cas dans l’industrie agroalimentaire où certaines sociétés sont en surchauffe tandis que d’autres sont à l’arrêt.
  • En chômage partiel, trois salariés d’une chocolaterie et d’une entreprise spécialisée dans les algues alimentaires viennent ainsi de rejoindre le groupe Hénaff.

Remis au goût du jour en 2018 avec les ordonnances Macron, le prêt de main-d’œuvre entre entreprises est possible. Et en ces temps de crise, le dispositif a même été simplifié par le Gouvernement pour permettre à des entreprises qui font face à un fort absentéisme ou à un pic d’activité de se faire prêter des salariés en chômage partiel. C’est le cas dans le Finistère Sud où la solidarité s’organise entre acteurs de l’industrie agroalimentaire, l’un des piliers de l’économie dans la région.

Car si certaines usines voient leur activité exploser en raison du confinement, d’autres sont à l’arrêt par manque de débouchés. « Cela dépend des canaux de distribution, indique Marie Kieffer, déléguée générale de l’Association bretonne des entreprises agroalimentaires (ABEA). Les entreprises qui travaillent avec la grande distribution continuent de fonctionner, même si les clients vont plutôt privilégier des produits d’épicerie plutôt que du frais. Mais celles qui approvisionnent la restauration hors domicile sont quasiment à l’arrêt ».

Une formation pour passer du chocolat au cochon

C’est là qu’intervient le dispositif Agil’Agro, signé à l’automne 2019, par 14 entreprises du Finistère Sud. Une démarche visant à « favoriser les recrutements, l’employabilité et les évolutions professionnelles dans les industries agroalimentaires » qui vient de se concrétiser avec la crise du coronavirus. Depuis quelques jours, trois salariés de la chocolaterie Robinet et de la société GlobeXplore, spécialisée dans les algues alimentaires, ont ainsi rejoint le groupe Hénaff, célèbre pour ses pâtés.

« Ils étaient au chômage partiel et se sont portés volontaires pour rejoindre le groupe Hénaff où ils occupent des postes équivalents », souligne Marie Kieffer. Mais il n’est pas simple de passer du coq à l’âne, ou plutôt du chocolat au cochon, et les trois salariés ont donc suivi une formation de quelques jours pour se familiariser avec leur nouvel environnement.

Des recrues toujours salariées et payées par leur entreprise

Pour le reste, pas grand-chose ne change puisque les trois recrues restent toujours salariées de leur entreprise et sont payées par elles à leur salaire habituel. « Ce sont les entreprises qui facturent le montant des salaires et des charges à Hénaff », détaille la déléguée générale de l’ABEA. Expérimenté dans le Finistère Sud, ce dispositif pourrait vite se déployer dans la région si la crise persiste encore longtemps.

Des entreprises du Finistère Nord et d’Ille-et-Vilaine sont ainsi venues aux renseignements ces derniers jours afin de se faire prêter de la main-d’œuvre. « C’est de la solidarité entre chefs d’entreprise mais c’est aussi un moyen de sécuriser le parcours de ces salariés en les faisant monter en compétence », assure Marie Kieffer. Et l’État est également gagnant puisqu’il n’a pas à supporter le chômage partiel de ces salariés en question.