Coronavirus dans l’Aisne : Le dernier journal au plomb, menacé, lui aussi, par le Covid-19

PRESSE D'ANTAN « Le Démocrate de l’Aisne » assure être le dernier journal imprimé encore au plomb dans le monde

G.D. avec AFP

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L'imprimerie du «démocrate de l'Aisne», à Vervins, dans l'Aisne, en 2018.
L'imprimerie du «démocrate de l'Aisne», à Vervins, dans l'Aisne, en 2018. — François Nascimbeni / AFP
  • Le démocrate de l’Aisne, dernier journal imprimé au plomb, est contraint à suspendre sa publication, menacé par la pandémie de coronavirus.
  • Depuis le début du confinement, les délais de poste sont rallongés et le journal n’a plus d’informations locales à donner car toutes les manifestations sont annulées.
  • Ce journal, tiré à 1.400 exemplaires, existe depuis 114 ans.

Il a résisté à deux guerres mondiales et à la révolution numérique… Mais Le démocrate de l’Aisne, qui assure être le dernier journal au monde imprimé au plomb, est lui aussi menacé par la pandémie de coronavirus, et contraint à suspendre sa publication.

« Depuis le début du confinement, les délais de poste sont rallongés. Nous n’avons plus d’informations locales à donner car toutes les manifestations sont annulées. Nos clichés ne nous sont pas livrés… », explique à l’AFP Jacques Piraux, 78 ans, rédacteur en chef de l’hebdomadaire basé à Vervins, dans l’Aisne.

Le journal a résisté à « tous les pépins »

« Quant au personnel, il est composé de deux retraités [pour qui les reportages seraient risqués] et de trois jeunes personnes occupées avec leurs enfants… », ajoute-t-il, estimant ne pas avoir d’autre choix que de cesser sa parution.

Pourtant, le journal a résisté à « tous les pépins », notamment à « l’arrivée de l’informatique », relève Jacques Piraux, qui consacre, depuis trente-trois ans, tout son temps à sa passion pour publier ce journal de quatre pages, vendu 60 centimes et tiré à 1.400 exemplaires. « En 114 ans, la publication a été arrêtée seulement deux fois, pendant les deux guerres mondiales en 1914 et 1940 ! »

Aujourd’hui, le Démocrate compte 1.180 abonnés, certains « aux quatre coins du globe », comme à « Sydney, Taïwan, en Allemagne ou en Amérique », énumère le directeur, fier que son journal soit d’ailleurs « le dernier au monde » imprimé au plomb. « Il y en avait un autre aux Etats-Unis mais ils ont arrêté l’année dernière… »

Un patrimoine unique de la presse

« Quel sera notre avenir ? », s’interroge aujourd’hui Jacques Piraux, qui n’ose pas imaginer la perspective d’un passage au numérique, contraire à l’esprit de son journal. « Je n’ai pas tenu 33 ans pour préserver un patrimoine unique de la presse et de l’imprimerie, pour aller sur Internet ! »

Il veut toutefois garder l’espoir que la suspension reste temporaire. « Le Démocrate doit repartir (…) Comment pourrais-je imaginer qu’un effroyable virus vienne mettre un terme à cette belle aventure humaine et technique ? », écrit-il ainsi dans le dernier numéro.

« Le cliquetis de la linotype, le bruit des roulements de la rotative se feront de nouveau entendre. Et par la porte entrouverte, sortira l’odeur exceptionnelle et si particulière de l’encre et du plomb chaud », ajoute-t-il.