Coronavirus : Les apprentis mineurs obligés de travailler, une nécessité ?

ECONOMIE Certains parents contestent le fait que leurs enfants mineurs doivent travailler comme apprenti pendant la péridoe de confinement liée à l'pidémie de Covid-19

Gilles Durand

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Illustration d'apprentis bouchers.
Illustration d'apprentis bouchers. — Gile Michel/SIPA
  • Le 16 mars, les centres de formation pour apprentis ont fermé leurs portes comme tous les établissements scolaires et les universités.
  • En revanche, les apprentis, même mineurs, continuent de travailler dans leur entreprise malgré le confinement.
  • Des parents s’inquiètent de cette situation.

Pas de confinement pour eux. Le 16 mars, le gouvernement ordonnait la fermeture de tous les établissements scolaires jusqu’aux universités pour faire face à l’épidémie de Covid-19. Etaient également concernés les centres de formation pour apprentis (CFA). Sauf que, si les cours étaient suspendus, ce n’était pas le cas du contrat de travail.

Sur les 500.000 apprentis en France, bon nombre d’adolescents doivent ainsi travailler dans leur entreprise pour poursuivre leur cursus d’apprentissage. Pas de suspension de contrat pour des salariés souvent mineurs qui touchent environ 500 euros par mois. Une situation plus ou moins bien vécue par les familles concernées, comme le racontent différents témoins à 20 Minutes.

« Comment peut-on apprendre un métier dans ces conditions ? »

« Il faut qu’on m’explique comment le travail de mon fils est essentiel pour la survie de la nation, s’insurge Frédéric. Si nos apprentis mineurs sont si indispensables au bon fonctionnement de leurs entreprises, qu’attend-on pour les rémunérer comme de vrais employés ? » Agé de 16 ans, son enfant doit se rendre, chaque jour, travailler dans une boucherie, dans la Manche.

Comme d’autres, Frédéric estime que les conditions d’apprentissage ne sont pas réunies si on respecte les gestes barrières et les mesures de précautions. « Comment peut-on apprendre un métier dans ces conditions ? » Sollicité sur le sujet, le ministère du Travail n’a pas donné suite.

Il est simplement indiqué, sur le site ministériel, que « si le CFA ne met pas en place des cours à distance, l’apprenti va en entreprise, les temps de formation en CFA seront récupérés sur d’autres périodes initialement prévues en entreprise. » En clair, c’est un salarié comme un autre.

« Une ambiance de science-fiction »

Pourtant, les cours à distance – qui pourraient dispenser l’apprenti d’un séjour chez l’employeur – existent. Contactée, la région Normandie assure mettre à disposition des kits de formation à distance via internet, même si sa compétence « apprentissage » a disparu depuis le mois de janvier.

D’autres parents sont tout aussi critiques. Mère d’un apprenti en métallerie de 17 ans, dans le Nord, Sabine assure que « l’employeur lui a proposé de faire comme il voulait ». « Mais ce n’est pas vraiment un choix, déplore-t-elle. Un refus mettrait en bascule son année. »

Benjamin, apprenti pâtissier à Bailleul, toujours dans le Nord, voit les choses plus sereinement. A 16 ans, il part travailler en scooter tous les matins « dans une ambiance de science-fiction ». « Ce qui doit arriver arrivera, mais je n’ai pas peur et toutes les précautions sont prises au boulot, avoue-t-il. Je sortais d’un arrêt maladie et je voulais retravailler. Rester sans rien faire, c’est impossible pour moi ».

Déplacements non dérogatoires

Idem pour Thibaut, 17 ans, également apprenti pâtissier, mais dans l’Essonne, qui semble « très bien vivre » cette obligation d’aller travailler, selon sa mère. « Nous, on n’est pas très rassurés, mais l’entreprise a pris les dispositions nécessaires, assure Aurore. Les plans de travail ont été aménagés, c’est une petite structure, il ne côtoie pas beaucoup de monde et les apprentis n’ont plus accès à la boutique. »

« Ses copains ont vu leur entreprise fermer leurs portes, lui est content de continuer, raconte-t-elle. Au moins, le temps passe plus vite pour lui et comme il est passionné par son métier… » Aurore explique donc l’emmener en voiture chaque matin. Au risque de se faire verbaliser.

Car transporter son enfant au travail peut effectivement valoir une amende. « Les gendarmes me l’ont confirmé quand je les ai appelés, témoigne de son côté Sabine. Alors notre fils prend les transports en commun, métro et train, avec tous les risques supplémentaires que ça suppose. Ça fait d’ailleurs râler son patron qui a peur qu’il ramène le virus dans l’entreprise. »

« Forcément, on est inquiet »

Elle aussi reconnaît avoir un peu peur. « Forcément, on est inquiets. Je travaille moi-même en milieu hospitalier et l’ampleur des dégâts n’est pas prise en compte », s’inquiète la mère de famille.

« A l’heure où l’on nous explique que le confinement doit être respecté, des milliers de familles sont obligées de rompre le confinement pour véhiculer leurs enfants vers le lieu de travail, dénonce encore Frédéric. Et on prend le risque d’introduire le virus dans leur foyer, ce qui rend leur confinement inutile » Ce dernier a alerté certains parlementaires. En vain.

Et aujourd’hui, on sait que les adolescents ne sont pas épargnés par le Covid-19 : une jeune fille de 16 ans est décédée en Ile-de-France, le 26 mars, puis une fille de 12 ans en Belgique et un garçon de 13 ans en Angleterre, le 31 mars.