Coronavirus : Avec leurs moyens, des entreprises participent comme elles le peuvent à la lutte contre l’épidémie

MOBILISATION Outre la fabrication de gel hydroalcoolique ou de masques, des entreprises ont trouvé d’autres moyens d’aider les personnels soignants et les plus fragiles

Romarik Le Dourneuf

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Des visières en plastique sont fabriquées pour protéger les soignants et personnels exposés (illustration)
Des visières en plastique sont fabriquées pour protéger les soignants et personnels exposés (illustration) — GEOFF CADDICK
  • Beaucoup d’entreprises ont dû limiter ou cesser leur production à cause du confinement lié à l’épidémie de coronavirus. Parmi elles, certaines ont décidé de réorienter leur activité pour apporter leur aide.
  • Un produit Decathlon est notamment transformé à des fins médicales. D’autres mettent des logements ou des espaces à disposition.
  • Des centres commerciaux sont par ailleurs utilisés pour accueillir les femmes victimes de violences.

La crise du coronavirus frappe durement les entreprises. Baisse d’activité, chômage partiel et fermetures entravent leur fonctionnement.

Mais alors que certaines ont réorienté leur production vers la confection de masque ou de gel hydroalcoolique, d’autres participent à la lutte contre l’épidémie par d’autres moyens.

La lutte directe face à l’épidémie

De masques, le groupe Decathlon n’en manque pas. Il ne s’agit pas de masques chirurgicaux ou de FFP2, mais de masques de snorkeling (observation des fonds marins). Certains hôpitaux les utilisent désormais pour protéger les malades infectés par le Covid-19. En Italie, à Brescia, le docteur Renato Favero, avec l’aide d’une entreprise locale d’ingénierie, a réussi à transformer le Easybreath de Decathlon en masque de ventilation d’urgence. Dans un communiqué, l’entreprise italienne a confirmé que Decathlon lui a fourni les plans 3D de ce masque de plongée, afin de pouvoir « créer un composant en 3D pour garantir la connexion au ventilateur ».

L’idée, reprise notamment en Belgique ou en Allemagne, a poussé l’entreprise française à annoncer sur Twitter, lundi 30 mars, « bloquer la vente de [ses] masques sur decathlon.fr afin de réserver tout le stock disponible pour le donner au personnel soignant ».

Autre objet utile, la visière en plastique, qui permet de protéger des postillons les soignants et autres professions exposées. Fabriquée par imprimante 3D, elle s’utilise par-dessus les masques FFP2 et a déjà été validée par plusieurs CHU, notamment celui de Caen. Plusieurs entreprises françaises ont décidé d’en produire. C’est le cas de Duval design, à Redon (Ille-et-Vilaine), une entreprise spécialisée dans la confection de packaging publicitaire. Ou encore de Paris Saclay Hardware Accelerator, un accélérateur de projets industriels.

Comme ces visières, tout le matériel médical disponible doit être distribué aux hôpitaux et aux professionnels de santé. Pour cela, l’entreprise française Mirakl a créé une plateforme en partenariat avec la Direction générale des entreprises du ministère de l’Economie et des Finances. Sur le principe du marketplace, le site centralise l’offre et la demande sur les produits de première nécessité et en assure l’échange sécurisé. « Cette plateforme en ligne permet de fluidifier les échanges entre fabricants, distributeurs et sous-traitants, et de mettre ces produits de protection à la disposition des professionnels de santé et des institutions publiques », explique Mirakl.

Viparis, le leader européen de l’accueil de congrès et de salons, ne dispose pas de matériel. En revanche, la filiale de la Chambre de commerce  et d’industrie de Paris et du groupe Unibail-Rodamco-Westfield dispose d’infrastructures, non utilisées depuis le début du confinement et l’annulation des événements. Viparis a mis à disposition son parc d’exposition de la Porte de Versailles, pour y accueillir un centre de dépistage du Covid-19. Les laboratoires Cerballiance ont pu investir les lieux avec un centre de prélèvement mobile. Pablo Nakhlé, directeur général de Viparis, a ainsi annoncé « mettre ses sites à disposition des autorités sanitaires en solidarité avec les établissements de soins de Paris-Ile-de-France. » Attention : ces prélèvements sont réservés aux personnels soignants et personnes fragiles qui présentent des symptômes, et uniquement sur rendez-vous.

Mobilisation pour les soignants

Applaudis tous les soirs aux fenêtres par leurs concitoyens, les personnels soignants souffrent (encore plus qu’avant) depuis le début de l’épidémie . Afin de les aider, beaucoup d’entreprises ont décidé de faire un geste.

Olivier Lefrançois, patron de Profish, un grossiste spécialisé dans les produits de la mer à Colombelles (Calvados), a réuni d’autres grossistes et une quinzaine de restaurateurs pour fournir des plateaux-repas aux soignants des Ehpad de la région de Caen. Il s’est confié à Ouest-France : « L’idée, c’est que chacun amène du poisson, des légumes, du pain… Moi, je me charge de livrer aux cuisiniers. […] Puis je récupère [les repas], je mets en place et je livre [aux soignants]. » Comme eux, de nombreux restaurateurs suivent l’initiative, comme le château de Courban, en Côtes d’Or, ou La Maison Lenôtre, qui livre des plateaux-repas pour les soignants des hôpitaux parisiens de l’AP-HP.

Pour se rendre sur leur lieu de travail, les soignants peuvent également trouver du soutien. Ceux qui doivent prendre leur voiture peuvent se rapprocher de Total, qui a annoncé le 23 mars mettre à disposition des soignants hospitaliers des bons d’essence, utilisables dans les stations du groupe. Le montant global de cette aide pourrait s’élever à 50 millions d’euros, selon le groupe. Ceux qui ne disposent pas d’un véhicule en ville peuvent s’en remettre sans frais aux voitures électriques du service Free2Move et aux scooters électriques de CityScoot. Ces services sont principalement présents à Paris, mais les loueurs de voitures Ada, Ucar ou encore Virtuo ont annoncé mettre des véhicules à disposition gratuitement pour le personnel soignant dans plusieurs villes de province.

Enfin, la SNCF, dont le trafic global est réduit, propose les voyages gratuits pour tous les soignants volontaires qui doivent renforcer les hôpitaux pendant la crise. L’offre concerne tous les trajets sur les services TGV, Inoui et les Intercités.

Pour se loger au plus près de leur travail, ils pourront aussi compter sur les hôtels, qui mettent à disposition des chambres un peu partout en France. Dans le même temps, sur Airbnb, environ 5.000 logements ont été proposés gratuitement par des propriétaires en l’espace d’une semaine.

Transport et hôtels toujours, mais cette fois pour plus tard : l’Agence d’attractivité et de développement touristiques Béarn Pays basque 64 a décidé de proposer 200 bons de vacances d’une valeur de 500 euros chacun aux soignants qui pourront en profiter après la crise, pour un repos bien mérité.

Certaines n’oublient pas les personnes fragiles

Les entreprises se mobilisent donc pour les hôpitaux et les personnels soignants, mais n’oublient pas les personnes fragiles. Pour les malades et les pensionnaires d’Ehpad, le groupe Boulanger France, via sa fondation, s’est engagée à offrir 10.000 tablettes numériques aux hôpitaux français pour permettre aux malades hospitalisés et aux personnes isolées en Ehpad de maintenir un lien avec leurs familles et leurs proches confinés.

Les personnes les plus fragiles qui restent confinées prennent des risques en allant faire leurs courses. Pour éviter cela, de nombreuses enseignes de grande distribution proposent des services de livraison à domicile. Mais de plus petites entreprises ont également choisi de donner un coup de main, comme le rapporte Ouest-France dans son édition du 29 mars. A Saint-Crespin-sur-Moine (Maine-et-Loire), les Ambulances crespinoises se proposent ainsi de livrer les courses avec toutes les précautions en vigueur.

Parmi les personnes fragiles, se trouvent également les femmes victimes de violences, qui sont particulièrement en danger en cette période de confinement. Le groupe Unibail-Rodamco-Westfield a annoncé mettre à disposition, dans ses centres commerciaux, des locaux « permettant la confidentialité » et assez « vastes pour accueillir les femmes en respectant les mesures barrière » a précisé Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes.