Coronavirus : Les régions françaises veulent s'impliquer dans un plan de relance de l'économie

TERRITOIRES Renaud Muselier a annoncé un plan d’urgence, puis un plan de relance, pour la région Sud. Il espère qu’il sera possible de généraliser ce type de plans à l’ensemble des régions françaises

Jean Saint-Marc

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Renaud Muselier, président de la région PACA, a annoncé ce lundi un  plan d’urgence de 227,5 millions d’euros puis un plan de relance, soit 1,4 milliard d’euros au total.
Renaud Muselier, président de la région PACA, a annoncé ce lundi un plan d’urgence de 227,5 millions d’euros puis un plan de relance, soit 1,4 milliard d’euros au total. — J. Witt / SIPA

En économie comme dans une conversation, il faut trouver le bon ton. Renaud Muselier a lancé une conférence de presse téléphonique d’un ton martial, ce lundi après-midi. Malgré un débit naturellement mitraillette, il a terminé cette dernière plus calmement, comme pour rassurer l’auditoire. « Nous n’avons pas réglé tous nos problèmes avec Muriel Pénicaud [ministre du Travail], mais nous avons essayé de normaliser nos relations avec elle », promet le président de la région Provence-Alpes Côte d’Azur, aussi président de Régions de France. Il a également annoncé l’injection d’un total de 1,4 milliard d’euros dans l’économie de sa région. Cette somme devra panser les blessures économiques provoquées par la crise sanitaire du coronavirus.

Ce plan, détaillé à la va-vite par l’élu Les Républicains, concerne de nombreux secteurs ; du tourisme au BTP, de l’agriculture aux transports. Renaud Muselier venait d’avoir une réunion téléphonique productive avec les autres présidents des différentes régions françaises. Entre « ces animaux politiques exceptionnels », la joute verbale a été rude, mais efficace.

Le témoignage de Jean Rottner, président du conseil régional du Grand-Est, un des épicentres de l’épidémie de coronavirus, a permis aux autres présidents de se mettre d’accord sur l’essentiel et de mandater Renaud Muselier pour négocier le reste avec le gouvernement. Mercredi dernier, celui-ci a accordé aux entreprises la possibilité de mettre en place plusieurs mesures dérogatoires au Code du travail.

Cela ne suffit pas, selon Renaud Muselier :

Donnons tous les moyens, tout ce qui est nécessaire. La première ligne, celle des soignants, ne doit pas céder. Boulanger, caissiers, agriculteurs, artisans… Sans ceux qui nous fournissent la nourriture, notre société s’écroule. »

Où trouver cet argent ? Renaud Muselier concède que « la réduction des déficits sociaux a fait peser un poids trop lourd sur les hôpitaux publics. » Et dresse un portrait alarmiste de l’économie du Sud de la France :

  • Environ 10 % des salariés sont au chômage technique ;
  • l’industrie a « déjà perdu la moitié de sa production » ;
  • le secteur des services est « en sommeil » ;
  • le tourisme et l’horticulture sont « déjà sinistrés. »

La région PACA dédie donc des mesures spécifiques à ces secteurs : 21 millions d’euros sont débloqués pour soutenir les transporteurs d’élèves et de voyageurs, mais aussi pour permettre la suspension, en avril, des Pass annuels des abonnés aux TER.

Quatre millions de masques homologués ont été commandés par la région PACA, qui espère qu’ils seront livrés dès cette semaine. Deux CREPS (Centre de ressources, d’expertise et de performance sportives) sont ouverts pour accueillir 190 personnes sans domicile fixe, à Aix-en-Provence et Boulouris (Var).

Maisons de santé et relocalisation industrielle

Et pour l’après confinement ? Renaud Muselier évoque dès maintenant la sanctuarisation de 35 millions d’euros pour le secteur de la culture. Il faut, selon lui, « renforcer le soutien aux festivals », « accompagner les compagnies et artistes les plus fragiles » et « renforcer les aides à la diffusion artistique dans nos six départements. » Voilà pour le court terme. Car la région prévoit aussi un plan de relance de 1,2 milliard d’euros.

Le chiffre, impressionnant, cache des réalités variées. Pour « accompagner la relance des entreprises avec un objectif de relocalisation industrielle », la région compte injecter 17 millions d’euros. Ils pourront être abondés, à travers la création d’un fonds de participation stratégique post-COVID.

Par ailleurs, de gros montants sont prévus pour les mairies et les intercommunalités (88 millions), pour les lycées (50 millions) ou pour la recherche et les conditions de travail des soignants (100 millions). Il s’agira d’aider le SAMU, via « des investissements dans des travaux ou des constructions pour améliorer les conditions de travail des soignants. » La région prévoit aussi de repenser l’offre de soin, avec cet objectif : que 150 maisons régionales de santé soient ouvertes, en PACA, en 2023.