Coronavirus en Occitanie : Des initiatives pour donner un coup de pouce aux petits producteurs plombés par la crise sanitaire

AGRICULTURE Une plate-forme régionale, un « Uber » des produits frais... « 20 Minutes » a repéré des dispositifs solidaires en Occitanie

Nicolas Bonzom

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Sébastien et Marjory Delmas remplissent leur distributeur de produits frais, chaque jour, à Teyran.
Sébastien et Marjory Delmas remplissent leur distributeur de produits frais, chaque jour, à Teyran. — N. Bonzom / Maxele Presse
  • Depuis le début de l’épidémie de coronavirus, les Français se ruent sur les supermarchés, au détriment des petits producteurs, pour qui la période est rude.
  • En Occitanie, plusieurs initiatives existent pour donner un coup de pouce aux agriculteurs : des livraisons à domicile, des plates-formes en ligne…

Les temps sont durs pour les petits producteurs. En raison des mesures strictes mises en place pour lutter contre la propagation du Covid-19, les Français se ruent dans les supermarchés et les drives pour faire leurs courses, au détriment des circuits courts.

Les restaurants et les cantines, dont certains s’approvisionnaient auprès des agriculteurs, ont fermé. La plupart des marchés de plein air, aussi. Alors les producteurs s’organisent, pour faire face à cette période rude. Comment font-ils pour écouler leurs fruits, leurs légumes, leurs fromages ou leur viande ? 20 Minutes a repéré des dispositifs en Occitanie qui permettent de leur donner un coup de pouce.

Une plate-forme régionale

La région Occitanie a lancé mardi une plate-forme gratuite, qui recense les producteurs et les commerçants locaux qui proposent une livraison à domicile de leurs produits, dans le respect des gestes barrières. « Pour aider les habitants à limiter leurs déplacements, nous faisons venir les produits locaux devant leur porte », souligne Carole Delga (PS), la présidente de la région. Sur ce site, on peut géolocaliser les producteurs et les commerçants qui livrent près de chez soi, sur une carte interactive, puis les contacter par mail ou par téléphone, afin de passer une commande de produits.

Ce mercredi, plus de 800 s’étaient déjà inscrits sur la plate-forme. « Les marchés étaient notre seul moyen de vendre, déplore Elise Bréchard, une jeune agricultrice de Lunel-Viel, dans l’Hérault. On se débrouille comme on peut, car les productions, elles, ne s’arrêtent pas. » Alors pour cette productrice de fruits et de légumes, qui a créé le Marché d’Elise, cette plate-forme est une aubaine. « Je me suis mise aussi sur plusieurs groupes Facebook des alentours, et j’ai beaucoup de demandes », se réjouit l’Héraultaise.

Jérémy Bouby, fromager aux Arceaux, à Montpellier, est lui aussi inscrit sur la plate-forme. Depuis la fermeture du marché de son quartier, dont il est le président, il a mis en place des livraisons à domicile, pour contenter ses habitués, quelque peu perdus depuis une semaine. « Ils sont déroutés, ils n’ont plus accès aux produits qu’ils consommaient habituellement, confie ce fromager affineur. Alors nous nous sommes associés à des primeurs, des traiteurs italiens etc., pour proposer différents produits à nos clients. Nous postons par exemple nos produits sur Facebook ou Instagram, et nous appelons les clients un à un pour passer les commandes et prévoir les tournées de livraison. »

Un « Uber » pour les produits frais

Créé à Montpellier, la start-up Fraîchy vient de débarquer à Toulouse, après avoir conquis les Montpelliérains. En ligne ou via une application IOS ou Androïd, cette jeune entreprise propose de commander en ligne des produits frais issus des petits commerces de quartier et de se faire livrer à domicile. Il est possible de commander chez cinq commerçants différents et se faire livrer le tout en une seule fois, en vélos, vélos cargo ou voitures électriques. Et ces temps de confinement, le dispositif séduit.

« Nous avons littéralement explosé ces derniers jours, nous avons fait sept à huit mois de chiffre d’affaires en une semaine et demie, confie Tom Vea, l’un des créateurs de la plate-forme. Les gens veulent se faire livrer, c’est gratifiant de pouvoir toujours avoir accès aux produits frais et locaux. Nous avons mis en place une livraison sans contact. Le livreur pose les marchandises devant chez le client, et reste au téléphone avec lui jusqu’à ce qu’il les récupère, sans qu’il y ait le moindre contact. » A Montpellier, une vingtaine de commerçants utilisent l’application gratuite, et une quinzaine à Toulouse.

Certaines fermes restent ouvertes

Malgré les mesures strictes de confinement, certaines exploitations agricoles sont toujours accessibles aux clients attachés aux circuits courts. A Reilhac, dans le Lot, la ferme de Vigne Haute, qui élève une soixantaine de chèvres, est ouverte, et permet aux clients d’acheter des fromages, du Rocamadour, de la tomme ou de la faisselle. « Il n’y a pas beaucoup de monde, nous avons du mal à écouler nos produits, nous travaillons essentiellement avec le tourisme, et des touristes, il n’y a en plus, évidemment, confie Delphine Chauffeton, à la tête de cette petite ferme familiale. Une fois que les chèvres sont en traite, elles sont en traites. Alors, il ne nous reste que le local. »

A Mazères-sur-Salat, en Haute-Garonne, la ferme du Tuzaguet, qui propose des yaourts issus de leur élevage de vaches laitières, est elle aussi ouverte, bien que l’épidémie ait un peu chamboulé l’organisation. « Il faut bien continuer à vivre, note Caroline Pintat, la gérante. C’est ouvert, mais nous avons diminué fortement mes jours d’ouverture. Je n’ouvre que quatre heures par semaine, alors que j’ouvrais deux jours par semaine. »

A Teyran, dans l’Hérault, Croquez du frais, une exploitation de fruits et de légumes de 9 hectares, a également repensé sa boutique de vente directe. « Les clients ne rentrent plus à l’intérieur, nous avons aménagé un stand à l’extérieur, explique Sébastien Delmas, son propriétaire. Ils disent ce qu’ils veulent, et nous composons leurs paniers. Plus personne ne touche les produits. » Le distributeur automatique de produits frais, inauguré l’année dernière, fonctionne également à plein régime chez Croquez du frais.

Le distributeur de Croquez du frais est ouvert tous les jours de 7h à 22h.
Le distributeur de Croquez du frais est ouvert tous les jours de 7h à 22h. - N. Bonzom / Maxele Presse

Des produits du coin dans les supermarchés

Cette maraîchère de l’Hérault est désemparée : « Les gens m’appellent pour me dire qu’il n’y a que des fruits et des légumes espagnols dans les supermarchés ! », déplore l’agricultrice. Dans une lettre, Jean-Jacques Bolzan, président de la Fédération des marchés de gros de France, et Carole Delga, la présidente de la région, ont appelé mardi les responsables régionaux de la grande distribution à « privilégier un approvisionnement local ». « La pérennité des exploitations agricoles, déjà fragile, en dépend. »

Si des produits étrangers sont encore bien présents dans les rayons des grandes surfaces, certaines font aussi preuve d’une solidarité accrue, en cette période compliquée. C’est le cas du magasin Intermarché à Pollestres, dans les Pyrénées-Orientales. « Pour les fruits et les légumes, notre magasin travaille déjà à 40 % avec les producteurs locaux du département, ce qui est assez rare dans la grande distribution, confie David Boehm, le directeur du supermarché catalan. Aujourd’hui, on voit que les producteurs ont des difficultés à écouler leurs stocks. Et nous, on a des difficultés à être livré. Alors, si ça peut nous aider les agriculteurs dans cette période difficile, et nous, nous permettre d’avoir des produits de qualité, des fruits, les légumes, du fromage ! Nous sommes prêts à aider de nombreux domaines. »

D’autres enseignes ont promis de privilégier le local. « Nous avons très clairement pris l’engagement de commercialiser des produits frais français : asperges, fraises, viande, dont l’agneau pascal, poisson… », a assuré mardi, sur France Inter, Jacques Creyssel, le directeur de la Fédération du commerce et de la distribution. Reste à le traduire en actes.