Coronavirus : Bruno Le Maire promet la « mobilisation totale » de l’État et précise les mesures économiques face à la crise

PLAN DE SECOURS Le ministre a détaillé les 45 milliards d’euros d’aide aux entreprises et aux salariés

Nicolas Raffin

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Bruno Le Maire en réunion le 16 mars 2020.
Bruno Le Maire en réunion le 16 mars 2020. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
  • L’État va dépenser des milliards d’euros pour soutenir l’économie française.
  • Le gouvernement veut limiter au maximum les défaillances d’entreprises.
  • Ces mesures auront un impact fort sur la dette publique.

Face à l’incendie du coronavirus, le gouvernement sort la lance à incendie, en espérant que le débit sera suffisant pour éteindre les flammes. Ce mardi matin, c’est Bruno Le Maire qui a joué le rôle du pompier. Face à la presse, ou plutôt face à son téléphone (confinement oblige, le conf call est devenu la norme), le ministre de l’Economie a détaillé le plan de « soutien économique immédiat » de l’État, qui se monte pour l’instant à 45 milliards d’euros. « C’est une mobilisation totale au service des salariés et des entrepreneurs » a-t-il affirmé.

Les mesures pour compenser le chômage partiel des salariés coûteront ainsi 8,5 milliards d’euros. Il s’agit du budget prévu pour deux mois, qui pourra donc être revu à la hausse ou à la baisse suivant l’évolution de l’épidémie. Concrètement, l’État remboursera aux entreprises 100 % des montants versés aux salariés en chômage technique. Jusqu’à présent, il ne remboursait qu’à hauteur du smic horaire. D’après le ministère du Travail, cela concerne déjà plus de deux millions de personnes.

« C’est une stratégie de maintien des compétences, qui rompt avec les décennies précédentes où, lorsqu’il y avait une crise économique, on se séparait des salariés, on faisait des licenciements et, du coup, on redémarrait plus difficilement l’économie parce qu’on avait perdu des compétences » a expliqué Bruno Le Maire.

Des mesures pour les indépendants

Autre mesure lourde de conséquences pour les finances publiques : le report de charges sociales et fiscales pour les entreprises. C’est la principale mesure financière, puisqu’elle se chiffre à 32 milliards d’euros pour le mois de mars. Ce mardi, le ministre de l’Economie a précisé que ce report durerait le temps de la crise, ce qui pourrait alourdir la facture. Il n’a pas non plus exclu d’annuler totalement les charges fiscales « au cas par cas ».

Enfin, le dernier dispositif d’urgence est un « fonds de solidarité » doté d’un milliard d’euros par mois. Il servira à indemniser les commerces fermés sur ordre du gouvernement (bars, restaurants, etc.), mais aussi les très petites entreprises (TPE) et les autoentrepreneurs qui se retrouveraient sans chiffre d’affaires (CA). Pour pouvoir être éligible, ces derniers, ainsi que les TPE, devront avoir une baisse de leur CA d’au moins 70 % ce mois-ci, comparé à mars 2019, et un chiffre d’affaires annuel de moins d’un million d’euros. Ils auront alors droit, comme les commerces fermés, à une indemnisation de 1.500 € pour le mois de mars versée par les directions générales des finances publiques. Le système sera mis en place dans une quinzaine de jours, le temps que la loi spéciale créant le dispositif soit votée.

En plus de ces mesures concrètes, le gouvernement pourrait également être amené à dépenser encore plus d’argent. « Tous les moyens à disposition seront utilisés » pour protéger les grandes entreprises françaises, a insisté Bruno Le Maire, y compris des opérations de prise de participations et même de « nationalisation si nécessaire », a-t-il ajouté. Certains groupes, à l’image d’Air France-KLM, vivent en effet un supplice en Bourse et ont vu leur capitalisation fondre en quelques jours. L’État va aussi garantir à hauteur de 300 milliards d’euros les prêts bancaires contractés par les entreprises auprès des banques. Cette mesure vise à permettre le redémarrage de l’économie lorsque les entreprises auront besoin de trésorerie et devront emprunter.

Toutes ces mesures auront évidemment un impact direct sur les finances publiques. « Nous serons au-dessus de 100 % de dette publique [en 2020] » a confirmé Bruno Le Maire, qui s’attend aussi à une récession qui conduira le PIB à reculer de 1 % (après +1,3 % en 2019). En 2009, la crise financière avait conduit à un recul du PIB de 2,2 %.