Coronavirus : Les frontaliers français ne sont pas les bienvenus en Allemagne

ENTREPRISE En Alsace, les autorités allemandes demandent aux frontaliers français de rester chez eux. « 20 Minutes » leur a demandé comment ils vivaient cette situation

Nils Wilcke

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La frontière allemande (illustration).
La frontière allemande (illustration). — Revierfoto/action press/SIPA
  • La région Grand-Est a été déclarée ce mercredi zone « à risque » au coronavirus par l’Institut Robert-Koch, l’établissement allemand responsable du contrôle et de la lutte contre les maladies.
  • En conséquence, les autorités allemandes demandent aux frontaliers français de rester chez eux. 20 Minutes leur a demandé comment ils vivaient cette situation.
  • Certains ont dû affronter des réactions mitigées de leurs collègues, d’autres s’accommodent de la situation mais se demandent combien de temps elle va perdurer.

Achtung ! Avec l’épidémie de coronavirus, les travailleurs français ne sont plus les bienvenus en Allemagne. C’est particulièrement vrai en Alsace à la frontière avec nos voisins Outre-Rhin. Le foyer épidémique du Haut-Rhin, parti d'une réunion évangélique, qui touche 467 personnes et a fait trois morts rien que dans le Bas-Rhin au dernier décompte établi par l’agence régionale de santé mercredi, a conduit les autorités allemandes à déclarer la région Grand-Est zone « à risque ».

La décision a été prise par l’Institut Robert-Koch, l’établissement allemand responsable du contrôle et de la lutte contre les maladies.

« Mes collègues allemands m’ont regardé bizarrement »

Une situation pas simple à vivre pour les quelque 160.000 frontaliers qui en temps normal franchissent tous les jours la frontière pour travailler. Marie*, 45 ans, commerciale dans une société à Oberkirch, à une trentaine de kilomètres de Strasbourg, peut en témoigner. « Quand je suis arrivée à mon travail hier, mes collègues allemands m’ont regardé bizarrement. Mon supérieur est venu me voir, m’a demandé de regarder les mesures prises par les autorités françaises et de les lui traduire. Il a affiché les informations sur le panneau d’affichage de l’entreprise. »

Ses collègues la charrient. « Certains m’ont souhaité de “bonnes vacances”, d’autres m’ont balancé : “On se revoit en juillet”. Une fois ou deux, ça va mais au bout de la vingtième fois, j’ai trouvé ça un peu lourd. » Finalement, la direction lui demande de rentrer chez elle en milieu d’après-midi. Pour autant, les frontières avec l’Allemagne ne sont pas fermées. « Il ne s’agit que de recommandations, tempère la préfecture de Fribourg-en-Brisgau. Nous suivons les directives du ministère des Affaires sociales et de l’Intégration du Bade-Wurtemberg ». Des recommandations très suivies par les employeurs, à en croire les témoignages qui nous sont parvenus.

Marion*, enseignante dans le lycée franco-allemand de la ville, a aussi été priée de rester à la maison, même si elle habite sur place avec sa famille depuis quelques années. « La ville est un peu désertée mais il n’y a pas de panique, explique-t-elle. Même si les gens ont l’air un peu sur les nerfs. » La direction recommande aux parents d’éviter de se déplacer en Alsace.

« Ça ne me dérange pas de rester à la maison »

Jean*, 24 ans, commercial dans une entreprise du secteur agroalimentaire n’a même pas eu besoin de se déplacer à son travail, il a reçu l’information au saut du lit mardi. « J’ai reçu le message d’un collègue qui habite à Colmar me disant qu’il devait rester chez lui », témoigne-t-il. J’étais un peu jaloux parce que ça m’arrange de rester chez moi un peu, ça évite les longs trajets. » Même réaction chez Marie. « Je fais 100 km aller-retour tous les jours, donc c’est vrai que ça ne me dérange pas de rester un peu à la maison », explique-t-elle.

Jean a appris dans l’après-midi qu’il devait lui aussi rester chez lui. « On m’a donné un PC portable pour travailler à distance. » Marie, contrairement à l’un de ses collègues français, n’est pas encore équipée pour télétravailler. Jean profite de cette accalmie pour souffler un peu. « Les salons commerciaux sont annulés les uns après les autres donc la charge de travail est moindre ». Pour la suite, c’est l’inconnu.

Marion, qui doit rester chez elle à Fribourg, met ses cours à disposition des élèves sur la plateforme pédagogique de l’établissement et fait passer des oraux aux futurs bacheliers sur Skype. « Le chef d’établissement n’était pas très optimiste, il nous a dit que les mesures étaient probablement parties pour durer », avance l’enseignante. « On est dans le noir le plus complet, personne ne sait comment la situation va évoluer », affirme Jean.