Coronavirus : Achats en hausse, gestion des stocks… Comment la grande distribution fait-elle face ?

CONSOMMATION Certains magasins proches de foyers de l’épidémie ont vu leurs rayons se vider

Nicolas Raffin

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Des consommateurs dans un supermarché de Milan en Italie.
Des consommateurs dans un supermarché de Milan en Italie. — Valeria Ferraro / SOPA Images/Si/SIPA
  • La crainte d’un confinement et l’incertitude face au coronavirus ont entraîné une augmentation des achats de produits de première nécessité dans les magasins.
  • Les acteurs de la grande distribution assurent qu’il n’y a pas de risque de pénurie alimentaire.
  • Mais les habitudes alimentaires seraient modifiées si la crise se prolongeait dans le temps.

Ce week-end, les sacs de course étaient peut-être un peu plus chargés que d’habitude au moment du passage en caisse. Alors que la France est devenue l’un des principaux foyers du coronavirus en Europe, avec au moins 130 cas avérés dont trois décès, et que plusieurs événements sportifs ou culturels d’ampleur ont été annulés, certains consommateurs ont visiblement décidé de faire des réserves, au cas où.

« Dans nos magasins, on a observé une augmentation des achats sur les produits de première nécessité (pain, pâtes, eau, etc) de 30 à 35 % en moyenne par rapport à un week-end classique. Au lieu d’acheter un paquet de pâtes, les consommateurs en ont pris deux ou trois », explique à 20 Minutes Thierry Desouches, porte-parole de Système U.

Ruée sur le drive dans l’Oise

Même constat fait par Thierry Cotillard, président d’Intermarché et de Netto : « Il y a quelques familles de produits qui se sont survendues (…) : les pâtes et le riz. Donc on voit bien la méfiance de certains consommateurs qui commencent à stocker » a-t-il expliqué vendredi dernier sur RTL.

Dans l’Oise, où une cinquantaine de personnes ont été infectées par le coronavirus, les habitants se sont rués sur le drive pour faire leurs courses, notamment à Compiègne. « Dans ce département, on a pu observer des points de crispations avec +150 % d’achats sur les produits de première nécessité, confirme Thierry Desouches. Certains anticipent un confinement. »

« Comportements responsables »

Du coup, y a-t-il un risque de trouver des rayons vides dans les prochaines semaines ? Interrogé ce lundi matin sur France 2, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a pointé le rôle essentiel des consommateurs dans ce cas précis : « J’ai fait le point hier (dimanche) avec les représentants de la grande distribution. Il n’y aura de pénurie que si les gens n’ont pas des comportements responsables. Donc j’invite chacun à avoir des comportements responsables, à ne pas accumuler des stocks de marchandise ».

Comme pour l’essence ou… le beurre il y a quelques années, l’État cherche à éviter un scénario « auto-réalisateur », où la simple annonce d’un risque de pénurie finirait par créer celle-ci. « Si tout le monde se mettait à commander d’un coup, il pourrait y avoir un souci. Mais on en est encore loin, rassure Thierry Desouches. Pour l’instant, il n’y a pas de problème en ce qui concerne l’approvisionnement, les distributeurs vont commander davantage de stocks pour pouvoir répondre à la demande ».

La chaîne logistique en question

« Dans le secteur alimentaire, il n’y a pas de raison qu’il y ait des pénuries à l’échelle européenne, puisque l’auto-suffisance est quasiment assurée », estime Marc Filser, professeur à l’IAE de Dijon et spécialiste de la grande distribution. Ce constat appelle néanmoins plusieurs nuances.

La première, c’est que ce raisonnement ne tient que si la chaîne logistique fonctionne correctement. « La grande distribution fonctionne surtout en flux tendu, donc les stocks ne sont pas gigantesques, poursuit Marc Filser. Si le coronavirus ralentissait l’activité dans des zones logistiques importantes, comme le sud-est de Paris (avec le marché de Rungis), il pourrait y avoir des problèmes ».

Des habitudes à changer ?

Ensuite, les Français consomment aujourd’hui beaucoup de nourriture importée, comme les fruits et légumes – 74 % du raisin de table est importé – ou le riz (la production française couvre moins de 20 % de la consommation). Une forte restriction des échanges avec d’autres continents, voire d’autres pays européens, ne conduirait pas à une pénurie totale de nourriture mais obligerait sûrement à changer ses habitudes alimentaires.

Dernière remarque : si l’activité économique en Asie et en Chine restait faible en raison du coronavirus, certains secteurs hors alimentaire pourraient se retrouver en difficulté : « si la crise se poursuit, le prêt-à-porter pourrait avoir du mal à réceptionner ses stocks pour les collections automne-hiver », relève Marc Filser. Plutôt qu’un manque de pâtes, la France pourrait alors manquer de doudounes.