Allemagne : Le salaire minimum a augmenté la productivité, selon une étude

EMPLOI Contrairement à la crainte d’une « baisse de l’emploi », l’introduction d’un salaire minimum en Allemagne, en 2015, a eu les effets inverses selon des chercheurs anglais et allemands en poussant les salariés à migrer vers des entreprises plus productives

Fabrice Pouliquen

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Le ministre allemand de l'Intérieur Thomas de Maiziere (L), en discussion avec la chancelière allemande Angela Merkel lors d'une session plénière à la Chambre basse du Parlement le 3 juillet 2014 à Berlin avant que les législateurs allemands votent un projet de loi pour un salaire minimum national.
Le ministre allemand de l'Intérieur Thomas de Maiziere (L), en discussion avec la chancelière allemande Angela Merkel lors d'une session plénière à la Chambre basse du Parlement le 3 juillet 2014 à Berlin avant que les législateurs allemands votent un projet de loi pour un salaire minimum national. — CLEMENS BILAN / AFP

L'introduction d'un salaire minimum en 2015 en Allemagne a augmenté la productivité du travail dans le pays, en incitant les salariés à changer d’entreprise, selon une étude de chercheurs allemands et anglais publiée mardi.

Contrairement aux craintes exprimées avant l’introduction d’un salaire minimum en Allemagne, celui-ci « n’a pas entraîné une baisse de l’emploi », explique Christian Dustmann, de l’University College London (UCL), dans un communiqué.

Migration des salariés « vers des entreprises plus productives »

Cette mesure a même conduit à « augmenter l’efficacité globale de la production grâce à la redistribution des travailleurs d’entreprises moins productives vers des entreprises plus productives », ajoute-t-il. A la suite de l’introduction du salaire minimum, certains employés à bas salaire ont migré vers des entreprises de plus grande taille offrant plus de postes à temps plein et mieux qualifiés, de même qu’une prime salariale plus élevée à travail comparable, ont observé les chercheurs de l’UCL et de l’Institut allemand pour le marché du travail (IAB).

Dans les régions où le salaire moyen était plus modeste et où l’introduction d’un salaire minimum a davantage pesé, il a été constaté un recul du nombre de petites entreprises de moins de trois employés au bénéfice de celui des grandes entreprises, améliorant le « mix » des entreprises dans ces régions, révèle encore l’étude.

Dans un contexte de croissance soutenue

Le gouvernement de grande coalition d’Angela Merkel avait fait voter en 2014 la loi, entrée en vigueur le 1er janvier 2015,, prévoyant l'introduction d'un salaire minimum de 8,50 euros par heure dont devaient profiter 15 % des employés du pays, qui touchaient alors un salaire inférieur. Le « Mindestlohn » a été porté ensuite à 8,84 euros en 2017 puis à 9,19 euros en janvier 2019, la prochaine révision bisannuelle étant prévue en 2021.

L’introduction du salaire minimum s’est déroulée alors que l’économie allemande traversait un cycle de croissance soutenue pendant que le taux de chômage baissait pour parvenir à 5 %, son plus bas niveau depuis la réunification du pays en 1990. Aussi, les résultats de l’étude « ne peuvent pas nécessairement être généralisés pour d’autres marchés du travail ou d’autres périodes », prévient Matthias Umkehrer, de l’IAB.