Bio, vrac, local... Pour les produits écoreponsables, les grandes surfaces avancent mais peuvent mieux faire, selon les associations

CONSO Les grandes surfaces multiplient les offres de produits écoresponsables, mais ce n’est pas encore parfait, selon les associations de consommateurs

Romarik Le Dourneuf

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Illustration d'un rayon vrac en supermarché
Illustration d'un rayon vrac en supermarché — CHAMUSSY
  • La valeur des ventes de produits (alimentaires ou non) vendus en vrac a progressé de 41 % en 2019 en France, tous canaux de distribution confondus. Concernant le bio, la hausse avait été de 15,7 % en 2018.
  • Les acteurs de la grande distribution ont désormais leurs propres marques de bio, qu’ils mettent en avant dans leurs rayons, et le vrac s’y développe aussi.
  • Mais ce mouvement a ses limites. Notamment au niveau du prix, à en croire les associations de consommateurs.

40 %. C’est la part des foyers français ayant acheté des produits en vrac en 2019. Une proportion en hausse de 41 % par rapport à 2018, pour un total d’1,2 milliard d’euros. Les produits bio, alimentaires ou non, ne sont pas en reste, avec des ventes estimées à 9,7 milliards d’euros en 2018 (+ 15,7 % par rapport à 2017).

Ces chiffres, issus d’une étude de l’association Réseau Vrac et du cabinet Nielsen, montrent l’intérêt croissant des Français pour la  consommation durable, un attrait porté par le développement des épiceries indépendantes et des magasins spécialisés (Biocoop, Day by Day…). Mais si l’on veut manger (ou boire) bio, local ou sans plastique – bref, écoresponsable –, peut-on le faire, aujourd’hui, en allant non pas dans les réseaux spécialisés, mais en supermarché ?

Produits, labels, codes…

« Produits de la région », «Agriculture biologique », « Zéro emballage »… Les grandes surfaces, symboles de la consommation de masse et de la production industrielle, n’hésitent plus à mettre en avant leurs gammes écoresponsables.

Si le vrac n’est encore qu’un marché de « niche » dans la grande distribution (0,75 % des parts de marché “hors produits frais”, selon la même étude du Réseau Vrac), les hyper et supermarchés ont investi le secteur : ils représentent 50 % des ventes. Par ailleurs, 70 % d’entre eux sont équipés d’un rayon dédié.

Les grandes surfaces misent également sur le bio. Selon l’Observatoire de la distribution responsable, les supermarchés ont référencé, en 2019, 72 % de produits bio en plus par rapport à l’année précédente. Les grands groupes de distribution – qui regroupent plusieurs enseignes - investissent, puisque le nombre de produits de marques distributeurs bio a crû de 96 % sur la même période. Résultat : le bio représente aujourd’hui 4,8 % des produits en grandes surfaces.

Ces produits ont en général leur propre label et opérations commerciales. Carrefour a créé la « Bio expérience », Intermarché inaugure un nouveau concept de magasin « Mieux manger et mieux agir », E.Leclerc propose ses rayons « Bio village ». Vendeurs en tabliers, étals en bois, inscriptions en vert… Les chaînes ont désormais leur nom et des codes graphiques reconnaissables. Et de la même manière, on ne peut plus passer à côté des affiches et des labels mettant en lumière des partenariats avec des producteurs locaux, à l’instar du « U de » (Corse, Bretagne, Alsace) pour Système U, ou du « Nos régions ont du talent » de E.Leclerc.

Une question de prix

Mais l’énergie déployée pour mettre en avant ces démarches n’est pas exempte de critiques. Première d’entre elles, le prix. En août 2019, l’UFC-Que choisir critiquait les marges des grandes surfaces sur les produits bio. « Les supermarchés appliquent le même taux de marge que sur les autres produits. Or, le coût du bio est supérieur à l’achat. Leur marge en valeur absolue augmente donc naturellement », avance Olivier Andrault, chargé de mission alimentaire pour l’association de consommateurs. L’UFC-Que Choisir évoquait aussi des marges majorées sur les produits les plus consommés, alors qu’un plus grand volume devrait, au contraire, faire baisser les prix. « Les consommateurs ne bénéficient pas de l’effet volume sur les prix que devrait apporter la grande distribution, ajoute Olivier Andrault. Cela enlève l’effet incitatif ».

Le bio n’est pas le seul à voir ses tarifs discutés. Le vrac, lui aussi, suscite des interrogations au moment de passer à la caisse du supermarché. « On trouve certains produits de la même marque, dans le même magasin, plus chers en vrac qu’emballés », raconte Celia Rennesson, cofondatrice de l’association Réseau Vrac. « Pour que le vrac soit bien fait, il faut investir dans l'emploi, parce qu’il demande beaucoup de mesures d’hygiène, de la main-d’œuvre et un service au client, ajoute-t-elle pour justifier la différence de service entre les supermarchés et les magasins spécialisés. Chez ces derniers d’ailleurs les prix ne sont pas plus chers, au contraire. A produits de qualité comparable ils sont moins chers que leur équivalent pré-emballé en grande surface. Le nettoyage des silos à chaque recharge, la gestion spécifique des rayons pour éviter le gâchis, le conseil sur la consommation de ces produits… Aucune de ces procédures n’est appliquée en grande surface », assure-t-elle.

Contactés par 20 Minutes, les enseignes Lidl, Carrefour, Auchan, E.Leclerc, Casino, Système U et Intermarché, n’avaient pas répondu – ou pas souhaité répondre - à nos questions à l’heure où nous écrivons ces lignes.

L’impact environnemental du transport

Autre sujet sur la table, le transport et son impact sur l’environnement. « On peut consommer un produit sans emballage ou bio, s’il vient de l’autre bout du monde, on perd l’intérêt écologique », développe Lisa Faulet, chargé de mission alimentation à la CLCV. Elle explique que si les supermarchés se mettent à vendre des produits bio, ils continuent à proposer des produits hors saison (par exemple des fraises ou des tomates en hiver). Pour les trouver, les productions locales (en serre) ne suffisent pas, et il faut se tourner vers l’étranger, ce qui nécessite davantage de transport, et donc une pollution supplémentaire. « En plus du transport, cela demande des conditions de conservations spécifiques, énergivores », ajoute-t-elle.

Vouloir du hors saison a des conséquences sur l’environnement, mais aussi sur la qualité des produits. « Des tomates seront bio si elles sont aux normes européennes, il n’y a pas de doute. Mais si vous en consommez en hiver, cela veut dire qu’elles auront été cultivées en serre, explique Lisa Faulet. En plus, elles seront transportées dans le froid pour les garder en état, et n’auront plus de goûts à l’arrivée ».

Une première reconnaissance du vrac

Celia Rennesson, de Réseau Vrac, préfère voir le côté positif du développement de ce type de produits en grande surface. Elle les encourage à poursuivre le mouvement, si des « bonnes pratiques » déjà appliquées dans les petites épiceries sont mises en place ainsi qu'une politique de prix juste.

Une marche a été gravie en ce sens, puisque le vrac a obtenu pour la première fois une reconnaissance officielle dans le projet de loi Economie Circulaire 2020. Les produits en vrac auront désormais un véritable statut, et tous les produits pourront être commercialisés, à l’exception d’une directive spécifique qui se justifierait par un risque pour la santé publique (des produits corrosifs, par exemple). Les consommateurs pourront utiliser leur propre contenant dans les magasins, à condition que ceux-ci soient propres, et les magasins dont la surface est supérieure à 400 m² auront l’obligation de mettre des contenants réutilisables à disposition des consommateurs.

Un nouveau label pour le bio

La Fédération de l’agriculture biologique (Fnab), qui a travaillé avec le groupe de surgelés Picard, a annoncé mardi le lancement du label « bio français équitable » (BFE). Le but : garantir aux consommateurs des légumes biologiques produits en France et un prix rémunérateur aux agriculteurs bio.

La Fnab s’appuie notamment sur des travaux du cabinet d’expertise Xerfi Precepta, selon lequel « le risque de voir le bio dénaturé de ses valeurs originelles ne cesse de grandir face à l’explosion de la demande et aux offensives des marques conventionnelles et de la grande distribution ».