« Des aliments avec du goût », « C’est plus facile en ville »… Nos lecteurs racontent comment ils tentent de vivre sans aller au supermarché

VOUS TEMOIGNEZ Le défi « Février sans supermarché » a été lancé en 2017

Romarik Le Dourneuf

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Illustration de supermarché.
Illustration de supermarché. — PRM/SIPA
  • Le site internet suisse Envertetcontretout.ch a lancé en 2017 le défi « Février sans supermarché », qui consiste à faire ses courses sans se rendre en grande surface pendant un mois.
  • En 2019, 20.000 personnes avaient participé à ce défi en Suisse, en France et en Belgique.
  • Certains ont décidé de se passer des grandes surfaces tout au long de l’année, mais d’autres n’y parviennent pas, par manque d’offres près de chez eux ou par choix.

Vivre sans supermarché, c’est possible. C’est en tout cas l’idée que veut faire passer le site internet suisse Envertetcontretout.ch. Dans la mouvance des mois sans alcool, sans cigarette et du «  Köpskam » suédois (la honte de faire du shopping), la plateforme a lancé, il y a maintenant trois ans, son opération « Février sans supermarché ».

Le principe : ne pas aller en grande surface pendant un mois. Pourquoi faire cela ? Est-ce possible ? 20 Minutes a interrogé les lecteurs qui s’y sont essayés – ou qui le pratiquent depuis plusieurs années.

« C’est plus simple que je le pensais »

« Individuellement, des personnes le pratiquent depuis une trentaine d’années. L’idée était de lancer un mouvement collectif car seul, cela peut paraître insurmontable », raconte Leïla Rölli, la journaliste suisse spécialiste de l’environnement à l’origine de ce défi. C’est la raison pour laquelle « Février sans supermarché » propose, via son site, des conseils. Et s’appuie sur des groupes formés par les consommateurs eux-mêmes sur les réseaux sociaux. « Nous voulons mettre le pied à l’étrier à ceux qui n’osent pas », poursuit Leïla Rölli. Si un tel mouvement a vu le jour, cela signifie que « la consommation continue à faire partie de la société et est synonyme de bien-être, mais cela pose le problème de sa place et des questions sur la santé et l’environnement », complète Véronique Varlin, directrice associée de l’Observatoire société et consommation (ObSoCo).

Le pari est réussi pour Marie-Pierre, qui fait partie des plus de 20.000 personnes inscrites en France dans l’un des groupes dédiés à « Février sans supermarché » : « J’ai décidé de relever le défi comme on se lancerait dans un ultra-trail. Mais en fait, c’est plus simple que je ne le pensais. »

Leïla Rölli n’en doute pas, se passer des supermarchés à de nombreuses vertus. « C’est le meilleur moyen d’éviter tous les emballages et le plastique qui vont avec les produits industriels. » Exemple avec Marianne : « Je suis dans cette démarche du zéro déchet depuis un an. Pour cela, je vais dans les magasins de vrac et au marché. » Même décision pour David : « Depuis que je ne vais plus dans les grandes enseignes, je ne produis plus qu’un sac-poubelle de 50 litres de déchets par mois, pour une famille de trois personnes. »

Faire profiter le producteur comme le consommateur

Bénéficiaires de ce mouvement, les producteurs locaux. « Lorsqu’ils proposent leurs produits en direct, tout le monde est gagnant, reprend la créatrice du site. Eux parce qu’ils suppriment les intermédiaires. Les clients parce qu’ils ont des produits frais et des prix souvent inférieurs ou égaux à ceux pratiqués dans la grande distribution. Et l’environnement , parce que le produit n’a pas fait le tour du monde pour arriver dans notre assiette. » Aurélien, un de nos lecteurs, a désormais ses petites habitudes : « Je vais dans une ferme à trois kilomètres de chez moi. Elle propose une boutique trois jours par semaine avec fruits, légumes, crémerie, volailles, légumineuses sèches et pâtes. Et je sais ce qu’il y a dans mon assiette. » La qualité des aliments, Charlotte en parle aussi : « Je me suis remise à consommer des produits de saison, qui n’ont pas été élevés en serre. Je retrouve des aliments avec plus de goût. »

Mais acheter local, ou local et bio sans aller en supermarché, ne coûte-t-il pas plus cher ? Leïla Rölli le concède, mais argue que si l’on se fournit en circuit court et en vrac, on ne dépense en général pas plus : « On n’achète que la quantité dont on a besoin. Donc en moyenne, on achète moins. » Un argument que Sandra reprend à son compte : « Depuis que je me fournis en local, je suis passé de 150 à 30 euros par semaine. Certes, nous faisons tout nous-même. Certes, ça nous prend un peu plus de temps. Mais il faut redéfinir ses priorités. » Une philosophie qu’explique Véronique Varlin : « Il y a une demande de ralentissement et de reconnexion à la nature. Une volonté d’améliorer sa qualité de vie et de passer de la consommation d’accumulation, l’"avoir", à la réalisation personnelle, l’"être". »

Faire soi-même… Une habitude prise par plusieurs de nos lecteurs pour ne pas aller dans les rayons. « Je fais la plupart de mes cosmétiques et produits d’entretien. Lessive, nettoyant, pastille WC, mais aussi déo, crème visage, savon… », commente Hélène. Comme elle, Sandrine fabrique son savon et sa lessive à base de bicarbonate et de cristaux de soude. « Ça ne me prend que quinze minutes par mois et j’économise 96 euros par an. »

Des disparités géographiques

Problème : peut-on se passer de supermarché pour tout ? « Pour certains produits comme le papier toilette, le soda ou les bandes de cire épilatoire, je n’ai pas le choix que d’aller en grande surface », témoigne Pauline. Pour André, la situation est si compliquée qu’il a laissé tomber : « Pour faire mes courses en grande surface, il me faut deux heures par semaine, et c’est tout. Si je fais le tour des petits commerces, la semaine ne me suffirait pas ». Véronique abonde : « C’est facile pour ceux qui habitent dans des grandes villes, qui ont des commerces de tous les types, des marchés, de point de vente de producteurs. Mais quand on est au milieu de nulle part, on n’a que le supermarché ». « C’est vrai que les possibilités sont très disparates en fonction des régions », admet Leïla Rölli.

Il y a aussi la question du choix. Athéna s’était convaincue d’acheter sa viande chez le seul producteur local. Mais « il proposait toujours les mêmes morceaux. Et seulement au kilo, explique-t-elle. Une ou deux fois du bourguignon, ça va. Mais douze fois dans l’hiver, ça use ! » D’autres, enfin, aiment tout bonnement leur supermarché. « Si je veux quelque chose, je le veux tout de suite, confie Nadège. J’aime avoir de grands rayons bien remplis. J’aime avoir des promotions. J’aime consommer, tout simplement ». ​