Coronavirus : Les entreprises françaises craignent pour leurs importations « made in China »

EPIDEMIE Dans l’informatique, l’habillement ou l’électroménager, les prochaines semaines seront cruciales

Catherine Abou El Khair

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Une usine de fabrication de chaussures en Chine (illustration).
Une usine de fabrication de chaussures en Chine (illustration). — AP/SIPA
  • Deuxième fournisseur de la France, la Chine voit sa production actuellement paralysée par l’épidémie du coronavirus.
  • Certaines entreprises françaises connaissent déjà des perturbations dans leur approvisionnement, avec de premiers signes dans l’informatique. Les secteurs de l’électroménager et de l’habillement sont sur le qui-vive.
  • Vu les délais habituels de livraison de produits chinois, assez longs, la situation ne devrait se décanter que dans quelques semaines.

Avec un bilan qui dépasse désormais 1.000 morts et les 40.000 infections en Chine, l’épidémie du coronavirus continue de paralyser l’« usine du monde ». Réseaux de transport à l’arrêt et restrictions de circulation mettent une partie des Chinois au chômage technique. Et derrière, c’est l’ensemble de l’activité mondiale qui est perturbée.

La France est, elle aussi, concernée. Selon le dernier bilan du commerce extérieur, publié ce lundi, la Chine était, après l’Allemagne, le deuxième plus important fournisseur de l’Hexagone. La France importe davantage qu’elle n’exporte en Chine, portant le déficit commercial français vis-à-vis de l’Empire du Milieu à 39,3 milliards d’euros en 2019. Dans un tel contexte, les retards d’approvisionnement de nombreux produits « made in China » pourraient poser rapidement problème.

Incertitudes chez des revendeurs informatiques

C’est déjà le cas dans le secteur informatique. « On a beaucoup de commandes où il n’y a plus aucun délai de livraison d’indiqué », témoigne Hubert de Reilhac, fondateur de HCR Sales. Cette entreprise de revente de matériel informatique équipe les firmes en ordinateurs, écrans ou encore en serveurs. Difficile, selon le revendeur basé à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), de se passer de la Chine sur certains matériels informatiques, car le pays conserve une place importante dans la production de nombreux composants. « On devrait savoir cette semaine si les usines reprennent », espère l’entrepreneur. Plus la reprise de la production tardera, plus les délais de livraison risquent de s’allonger.

Or pour le moment, l’économie chinoise ne reprend qu’en partie. Selon l’agence Reuters, seule l’une des deux usines du Taïwanais Foxconn, principal fournisseur d’Apple pour les Iphone, a rouvert sur le sol chinois, à Zhengzhou. Huawei et le Sud-Coréen Samsung ont annoncé de leur côté la reprise du travail.

L’électroménager dans l’attente

Toujours sur le plan high-tech, mais aussi concernant l’électroménager, les grandes enseignes affirment maîtriser la situation, mais sont sur le qui-vive. « Nous restons attentifs à l’évolution dans les prochaines semaines », déclare Fnac Darty. Pour l’heure, l’enseigne arrive à gérer les approvisionnements car elle a anticipé « l’effet Nouvel An Chinois », habituel à cette période. C’est en effet en pleine période de congés, et donc de ralentissement habituel de l’activité pour les Chinois, que l’épidémie du coronavirus s’est propagée.

Le Groupement des marques d’appareils de la maison (Gifam) estime qu’il « est encore trop tôt pour savoir si l’épidémie de coronavirus aura un impact sur le marché de l’électroménager », et donc sur les ventes de réfrigérateurs, lave-vaisselle et autres équipements. Il affirme ne voir pour le moment à ce sujet « aucun signe de perturbation ». « Les approvisionnements se font sur des cycles de huit semaines [alors que l’épidémie ne bloque le pays que depuis la mi-janvier] en ce qui concerne l’ameublement comme l’électroménager », précise Jean-Charles Vogley, secrétaire général de la Fenacerem et de la Fnaem, deux fédérations qui représentent respectivement les distributeurs spécialisés de produits électroniques ainsi que les grandes enseignes d’ameublement présentes en France (Ikea, But, Conforama…)Si pour l’instant, ces délais lui semblent tenables, il sera particulièrement attentif aux développements futurs de l’épidémie.

Pression sur les grosses enseignes d’habillement

Autre filière en première ligne, le textile. Bien qu’en baisse régulière, la part des produits du secteur fabriqués en Chine ou à Hong Kong importés en France atteignait encore 29 % en 2017. Pour autant, la Fédération nationale de l’habillement (FNH), qui regroupe les commerçants indépendants du secteur, déclare ne pas constater de difficultés d’approvisionnement. Une situation qui reste normale en raison de la durée d’attente moyenne – elle se compte en mois – pour recevoir les livraisons, précise la FNH.

En réalité, c’est du côté des plus grosses enseignes de l’habillement que la pression est accrue. « La Chine reste un fournisseur très important dans notre secteur. Si les usines ne reprennent pas maintenant, il risque d’y avoir des problèmes d’approvisionnement », souligne Yohann Petiot, délégué général de la Fédération des entreprises de l’habillement, qui regroupe de nombreuses marques de mode. Pour ces enseignes, les prochaines semaines pourraient être cruciales.