Engie : Après l’éviction d’Isabelle Kocher, quels défis pour l’entreprise ?

PROJETS La directrice générale de l’entreprise n’a pas vu son mandat renouvelé jeudi soir par le conseil d’administration

20 Minutes avec AFP

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Le siège d'Engie, à Paris. (illustration)
Le siège d'Engie, à Paris. (illustration) — MARIO FOURMY/SIPA

Après l’éviction de la directrice générale Isabelle Kocher, le géant français de l’énergie Engie espère la fin des guerres intestines qui l’ont miné depuis des années. De nombreuses interrogations restent toutefois en suspens, de l’avenir de la participation de l’Etat au nucléaire belge.

La part de l’Etat

L’Etat possède actuellement près de 24 % de l’entreprise et peut, s’il le souhaite, réduire voire liquider sa participation depuis l’adoption de la loi Pacte l’an dernier. « Ce n’est absolument pas à l’ordre du jour », a toutefois fait savoir mercredi le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire. De son côté, le président du conseil d’administration Jean-Pierre Clamadieu avait déclaré en mai lors de l’assemblée générale du groupe qu'« à ce jour, je n’entrevois aucun signe disant que l’État va se précipiter pour réduire sa participation ».

Les infrastructures gazières

Une possible vente des infrastructures gazières en France a fait l’objet de rumeurs mais ce scénario redouté par les syndicats a été démenti aussi bien par Jean-Pierre Clamadieu que par l’Etat. Mais le départ d’Isabelle Kocher pourrait apparaître comme « le moment optimal pour vendre les réseaux en France à prix élevé, avec une hausse de l’action à la clef, facilitant ainsi une vente complète ou partielle de la part de l’Etat », écrivaient les analystes de HSBC le mois dernier.

« Se séparer complètement des infrastructures gazières en France, ça me semble hors de question », estime toutefois Xavier Regnard, analyste chez Bryan Garnier. « Ce qu’on peut avoir, c’est une ouverture du capital (du réseau de transport de gaz) GRTgaz à des investisseurs privés mais ça ne signifie pas une séparation complète du groupe », selon lui. « D’ailleurs le capital de GRTgaz est déjà ouvert aujourd’hui puisque 25 % appartiennent à la CNP et la CDC. On peut ouvrir un peu le capital pour cristalliser un peu de valeur et réinvestir tout ça dans d’autres infrastructures », note l’analyste.

Le nucléaire belge

En Belgique, Engie exploite sept réacteurs nucléaires via sa filiale Electrabel, mais la gestion de ce parc vieillissant est par moment complexe et occasionne des tensions avec le gouvernement belge. L’avenir est aussi incertain alors que la Belgique prévoit une sortie progressive du nucléaire d’ici 2025. Un problème qui apparaît sans issue dans l’immédiat car aucun repreneur crédible n’est pour l’instant envisageable. Isabelle Kocher aurait bien tenté de proposer de vendre ce parc à son concurrent EDF, sans succès.

Suez

Dernier gros dossier : l’avenir de la participation de 32 % du groupe dans le géant de l’eau et des déchets Suez. Engie avait indiqué fin 2018 avoir l’intention de conserver « son niveau actuel de participation », alors que les relations actionnariales entre les deux entreprises font l’objet de spéculations récurrentes. « Le départ d’Isabelle Kocher pourrait être une bonne opportunité pour revenir sur le sujet d’autant plus que côté Suez, on va avoir le départ (du président) M. Chaussade au mois de mai, estime pour sa part Xavier Regnard. Je pense qu’il n’y aura pas de retour de Suez dans le giron d’Engie parce qu’aujourd’hui ce n’est pas la stratégie d’Engie. Les deux groupes collaborent sur certains sujets mais il n’y a pas vraiment de synergies à en tirer. Je pense qu’on ira plutôt vers un scénario de sortie du capital. »