Pouvoir d’achat : Les ménages modestes seront-ils encore perdants en 2020 ?

FISCALITE La réforme des allocations-chômage et logement en 2020 pourraient continuer de plomber le pouvoir d’achat des ménages les plus modestes, craint l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE)

Catherine Abou El Khair

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La hausse du pouvoir d'achat, qui avait atteint un niveau record en 2019, se poursuit cette année
La hausse du pouvoir d'achat, qui avait atteint un niveau record en 2019, se poursuit cette année — Gellinger/Pixabay
  • En 2020, 70 % des ménages français gagneront en pouvoir d’achat, selon l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).
  • Ces hausses seront davantage concentrées sur les classes moyennes supérieures et défavorables à certains ménages modestes.
  • Une analyse que conteste le gouvernement.

La politique budgétaire du gouvernement favorise-t-elle surtout les Français les plus aisés ? Alors que le budget 2020 a été adopté en décembre dernier, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) a fait ses calculs pour cette nouvelle année, tirant au passage le bilan de trois années de mesures fiscales.

Il en ressort que, en 2020, le pouvoir d’achat des ménages français continuera de progresser de 5,1 milliards d’euros. Gain moyen par ménage : 180 €, s’ajoutant aux 460 € versés l’an dernier à la suite du mouvement des «gilets jaunes ». Cette année, trois mesures jouent en particulier sur les porte-monnaie des Français : la baisse de l’impôt sur le revenu, la suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des foyers ainsi que la défiscalisation des heures supplémentaires, qui continue de déployer ses effets depuis qu’elle a été rétablie, en 2019. Des mesures qui concernent près de 70 % des Français, selon ses calculs.

L’OFCE remarque malgré tout que le budget 2020 est « taillé pour les classes moyennes supérieures ». Pour 2020, les personnes dont les revenus se situent entre 2.090 et 2.230 euros verront leur pouvoir d’achat s’accroître de 610 euros, soit le montant maximum. « Pour les ménages dont le niveau de vie est compris entre 1.860 € et 2.750 € par unité de consommation, la part des gagnants dépasse les 90 % », poursuit l’OFCE. L’an dernier, les sommes consacrées au pouvoir d’achat pour répondre à la crise des « gilets jaunes » étaient davantage réparties au sein de la population, y compris en direction des ménages plus pauvres.

30 % de perdants, priorité aux actifs

Résultat, 30 % des ménages seraient perdants avec les mesures prévues en 2020. « Au final, plus de la moitié des ménages appartenant aux 40 % des plus modestes devraient perdre aux mesures du budget 2020 », peut-on lire dans l’étude de l’OFCE.

Cette baisse s’explique par deux mesures. Prévue pour cette année, la réforme du mode de calcul des APL prévoit que les aides au logement seront réévaluées chaque trimestre en tenant compte des revenus des douze derniers mois. Et en avril prochain, la deuxième partie de la réforme de l'assurance-chômage va modifier le mode de calcul de l’indemnisation des chômeurs. Deux mesures qui vont générer d’importantes économies pour l’Etat. Et qui, au global, contrebalancent deux autres mesures qui avaient augmenté les revenus disponibles des ménages modestes : la revalorisation de l’allocation adulte handicapé (AAH) à 900 € ainsi que l’allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa), à 903 € par mois.

Pour l’OFCE, ces statistiques illustrent la politique poursuivie par Emmanuel Macron, centrée sur les actifs et consacrant le slogan du « travailler plus pour gagner plus » qui était cher à un certain Nicolas Sarkozy. « Ce que l’on voit encore plus cette année, c’est le facteur discriminant de l’activité », souligne Pierre Madec, l’un des économistes de l’Observatoire.

Au total, depuis 2018, les personnes seules au chômage verraient leur niveau de vie se réduire de 0,2 %, l’équivalent de 40 € en moins par mois. Or selon l’économiste, il est imprudent de ne compter que sur les créations d’emploi pour corriger le niveau de vie des ménages les plus modestes. « La baisse du chômage ne réduit pas les inégalités », souligne-t-il.

Statistiques plus flatteuses à Bercy

C’est pourtant bien le pari du gouvernement, qui compte justement sur cette décrue du chômage pour sortir davantage de chômeurs de la pauvreté. Pour améliorer l’insertion professionnelle, il compte aussi sur sa réforme de la formation, davantage orientée vers les demandeurs d’emploi et fait aussi valoir ses programmes d’accompagnement des publics exclus du marché du travail qui sont en train d’être lancés. Et qui, forcément, n’entrent pas dans les modèles statistiques de l’OFCE.

Bercy conteste aussi en partie les méthodes statistiques établies par l’Observatoire. Selon ses propres estimations, publiées dans un rapport annexé à son projet de loi de finances, il chiffre de son côté à 2,3 % la hausse du niveau de vie des 10 % des ménages les plus pauvres depuis le début du quinquennat. Mais si le chiffre est beaucoup plus flatteur, c’est aussi parce qu’il intègre davantage de mesures : parmi elles, le « reste à charge zéro » instauré par la réforme « 100 % santé », la revalorisation du chèque énergie ou encore les tarifs réduits dans les cantines… Autant de réformes qui, avec la prime d’activité, représenteraient un gain de pouvoir d’achat pouvant aller jusqu’à 3.000 € sur une année pour les ménages bénéficiaires, avance-t-on à Bercy.