Transports : Trafic passagers, gare routière, concurrence de la SNCF… En pleine bourre, Flixbus fourbit ses armes à Bordeaux

TRANSPORTS L'opérateur de mobilité a transporté plus de dix millions de passagers dans ses cars en France en 2019, et envisage de concurrencer la SNCF en 2021, notamment sur la ligne Bordeaux-Paris

Mickaël Bosredon
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Un bus Flixbus. (illustration)
Un bus Flixbus. (illustration) — Caro / Conradi /SIPA
  • Flixbus a profité de la grève de la fin d'année 2019, mais assure bénéficier surtout de la progression naturelle du marché, et de l'augmentation de son offre.
  • L'opérateur veut faire de Bordeaux l'un de ses « hubs », mais aura besoin pour cela d'infrastructures à la hauteur.
  • Il veut par ailleurs lancer ses Flixtrains en France en 2021, avec notamment un Bordeaux-Paris.

Le car longue distance semble avoir trouvé son public. Débarqué en mai 2015 en France, à la faveur de la loi Macron qui permettait la libéralisation des liaisons inter-régionales en car, l’opérateur de transports Flixbus reconnaît que « personne ne savait à ce moment si le marché allait prendre. » Mais quatre ans après, le transporteur allemand affirme avoir transporté plus de 20 millions de passagers en France, dont 10,5 millions rien qu’en 2019.

« Nous avons connu une hausse de 40 % l’année dernière, ce qui nous permet de dépasser pour la première fois les 10 millions de passagers sur une année », explique Raphaël Daniel, porte-parole de Flixbus France.

Qu’est-ce qui explique une si forte croissance ? La grève de la fin d’année a évidemment permis de récupérer une partie de la clientèle SNCF, avec notamment une hausse de la demande de 70 % en décembre à Bordeaux. « Mais le moteur c’est la progression naturelle du marché et de notre offre, assure Raphaël Daniel. La preuve en est qu’en janvier, la hausse se poursuit, nous sommes ainsi encore à + 25 % au départ de Bordeaux par rapport à janvier 2019. »

Bilbao, Saint-Sébastien et Barcelone plébiscités à l’international

L’opérateur était arrivé dans la capitale girondine en octobre 2015, et Bordeaux s’était vite hissé dans le Top 3 des destinations en France, « notamment parce que c’est un épicentre pour relier ensuite d’autres destinations. » Au départ de Bordeaux, les villes les plus demandées sont Toulouse, Lyon et Paris. Flixbus propose en tout une centaine de villes au départ de Bordeaux, dont plusieurs à l’international, comme Bilbao, Saint-Sébastien et Barcelone, qui sont les plus plébiscitées.

Dans ce contexte, la qualité des infrastructures (les gares routières) va jouer un rôle primordial ces prochaines années pour l’opérateur de transport, qui ne veut plus que le secteur « soit perçu comme low cost. » Problème, à Bordeaux, il est relégué sur un parking un peu perdu et très mal aménagé, au débouché du pont Saint-Jean. Difficile d’envisager de créer un « hub » Flixbus à cet endroit…

« Il y a des discussions pour trouver un nouvel emplacement, mais nous devrons rester proches de la gare et accessibles rapidement vers les autoroutes, car nos cars ne sont pas là pour rajouter du trafic en ville, explique Raphaël Daniel. Cela dit, nous ne sommes pas décideurs en la matière, juste des « utilisateurs-payeurs », c’est-à-dire que l’on paye un « toucher de quai » à chaque passage. »

Des Flixtrains en France en 2021 ?

Par ailleurs, Flixbus, qui s’est aussi lancé sur le marché du covoiturage, veut s’attaquer au ferroviaire. L’Allemand a déposé en juin dernier cinq manifestations d’intérêt pour des lignes de type intercités, dont une Paris-Bordeaux, mais aussi pour des lignes entre Paris, Lyon, Toulouse, Bruxelles et Nice (de nuit pour cette dernière). Il ne s’agirait pas de TGV, mais l’opérateur a déjà prévenu qu’il appliquerait une politique tarifaire « agressive. »

« Nous avons déposé ces demandes en vue de l’ouverture à la concurrence qui aura lieu en décembre prochain. Nous étudions pour chaque ligne la pertinence de nous lancer ou pas, sachant que c’est plus complexe que la route, d’autant plus que nous ne disposons pas de notre propre matériel. Qu’il s’agisse des cars ou des trains, nous faisons appel à des partenaires, mais dans le ferroviaire le marché est très petit. » Le transporteur se prononcera « d'ici le début du printemps » sur la faisabilité de se lancer sur une ou plusieurs de ces lignes.

Flixtrain avait été lancé en avril 2018 en Allemagne, (où le marché de la longue distance est déjà ouvert) avec trois lignes et bientôt quatre. « Nous nous lancerons également en Suède en 2020, poursuit Raphaël Daniel, l’idée n’étant pas de concurrencer les gros opérateurs ferroviaires, mais d’offrir une offre complémentaire au car, au moment où les marchés s’ouvrent. Nous considérons qu’il y a de la place pour tout le monde. »