« En Europe, on consomme davantage en pensant aux autres », résume Flavien Neuvy, de l’Observatoire Cetelem

INTERVIEW Les habitudes de consommation ont évolué de l'individu vers le collectif depuis dix ans, estime le directeur de l’Observatoire Cetelem

Romarik Le Dourneuf

— 

Illustration d'un marché en Allemagne
Illustration d'un marché en Allemagne — Pixabay
  • L’Observatoire Cetelem de la consommation 2020 est dévoilé ce mardi matin. Réalisée par Harris Interative, cette enquête décrypte les habitudes de consommation à travers 15 pays d’Europe.
  • Ces consommateurs, bien que pessimistes concernant l’avenir de la planète, agissent et pensent que la solution viendra d’eux-mêmes pour réduire la consommation globale.
  • Malgré des « blocs » variés, les comportements face à la situation sont homogènes à travers l’Europe, explique Flavien Neuvy, de L’Observatoire.

Un virage vert à petits pas. L’Observatoire Cetelem de la consommation 2020, réalisé par Harris Interactive * et dévoilé ce mardi matin, met en lumière les comportements et les intentions de consommations des habitants de 15 pays européens. Et parmi les principaux enseignements de cette étude, on retrouve la confirmation d’une prise de conscience écolo parmi les citoyens.

Un changement des mentalités qui n’entraîne pas forcément une forte mutation des comportements. Pour comprendre ce paradoxe, Flavien Neuvy, directeur de l’Observatoire, répond aux questions de 20 Minutes.

Qu’apprend-on aujourd’hui sur le comportement de consommation des Européens ?

L’Observatoire fait ce genre d’étude depuis près de trente ans. Ce qui nous marque ici, c’est l’évolution des individus vers une conscience collective dans leur consommation. En 2010, nous faisions ce type d’étude et nous découvrions le « consom’acteur », l’individu qui consomme mieux pour sa santé et pour soutenir le petit commerce local.

Aujourd’hui, l’écologie a pris le pas. On consomme en pensant – aussi – aux autres. Il y a même une pression extérieure importante : on culpabilise, et on juge soi-même le comportement des gens autour.

Comment expliquer les nombreux paradoxes mis en lumière par l’Observatoire ? Par exemple, les Européens sont 75 % à penser que les habitudes de consommation ne changeront pas, alors qu’ils se disent prêts à le faire eux-mêmes…

Cela traduit principalement une angoisse, les consommateurs sont un peu perdus. Ils ont une vision très négative de la situation actuelle. Beaucoup sont résignés et ne pensent pas qu’elle s’améliorera. Un chiffre en témoigne : 46 % se disent prêts à renoncer à avoir un enfant.

Dans le même temps, cette situation amène 35 % des Européens à penser que la solution ne peut venir que des consommateurs eux-mêmes, lesquels amèneront les distributeurs à changer leur offre. Cette méthode est jugée plus populaire qu’une taxe pollueur-payeur (34 %), ou encore qu’une loi contraignante (31 %). Cette réflexion indique qu’il reste un espoir dans leur esprit. Globalement, ils sont dans le flou, mais ils modifient leurs habitudes de consommation tout de même.

Quels changements les consommateurs européens sont-ils prêts à opérer en faveur de l’environnement ?

Ils sont 87 % à se dire prêts à moins jeter, à moins gaspiller et à réparer. Dans le même ordre d’idée (86 %), ils veulent privilégier les appareils d’électroménagers durables et à limiter leur consommation d’eau et d’énergie (85 %). D’ailleurs, ils ont déjà commencé, puisqu’ils sont quatre sur dix à affirmer consommer moins qu’il y a trois ans. Illustration : le marché de l’automobile, en France par exemple, se maintient principalement grâce aux entreprises. La consommation de viande, elle, est en net recul, et les ventes en neuf de textile ont baissé de 15 % depuis 2010. Et en parallèle, le marché de la réparation est en plein boom.

Cette tendance à aller vers une consommation plus écoresponsable est-elle visible dans les 15 pays européens sondés ?

Cela peut paraître surprenant, mais oui. Les réponses que nous avons reçues sont assez homogènes à travers tout le panel étudié. Nous avons l’habitude, dans le contexte européen, de voir apparaître des « blocs » de comportement : les pays du Nord (Scandinavie, Benelux, Allemagne…), les pays du Sud (France, Espagne, Portugal…) et le bloc Central et Est. Ici, pour des raisons diverses, les intentions se rapprochent.

Ainsi, les pays les plus riches – il faut avoir les moyens de déconsommer – s’inquiètent de l’environnement, de la santé. Et les pays de l’Est ont toujours consommé local par patriotisme. L’intérêt pour l’écologie ne fait que confirmer ce "localisme" qui s’installe partout.

* Enquête réalisée par Harris Interactive, du 30 septembre au 22 octobre 2019 dans 15 pays (Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Espagne, France, Hongrie, Italie, Pologne, Portugal, République tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Slovaquie et Suède), auprès de 14.200 individus de 18 à 75 ans, issus d’échantillons nationaux représentatifs de chaque pays.

Les chiffres à retenir :

  • 3 Européens sur 4 pensent que les habitudes de consommation ne changeront pas et que la Terre continuera à être pillée de ses ressources.
  • 4 sur 10 consomment moins qu’il y a trois ans.
  • 3 sur 10 s’attendent à moins consommer dans l’avenir.
  • 44 % des Français se disent prêts à réduire leur consommation.
  • 55 % des Européens estiment que l’humanité saura prendre les mesures nécessaires pour sauver la planète.