Agroalimentaire : A Montpellier, la société Il était un fruit donne sa chance aux recalés des concours de beauté

AGROALIMENTAIRE Une filière du fruit séché a pu se développer en France depuis quelques années

Jérôme Diesnis

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Parfois, il suffit juste que l'ordinateur estime que la couleur d'un fruit n'est pas assez éclatant pour le déclasser.
Parfois, il suffit juste que l'ordinateur estime que la couleur d'un fruit n'est pas assez éclatant pour le déclasser. — Il était un fruit
  • Les fruits recalés par l’industrie agroalimentaire connaissent une seconde vie sous forme de fruits séchés.
  • Entre 5 et 20 % des fruits et légumes produits en France, selon les variétés, ne sont pas consommés.
  • L’entreprise montpelliéraine Il était un fruit favorise les circuits courts et un modèle agricole vertueux.

Ils sont moches, pas assez roses, un peu tachés, biscornus, trop petits, trop grands... Parce qu’ils seraient recalés à tous les concours de beauté, entre 5 % et 20 % des fruits et légumes produits en France (selon les variétés) n’apparaîtront jamais sous les yeux des consommateurs. 12% en moyenne précisément, selon une étude de l'Inrae. Et pourtant, ils sont aussi bons que les autres.

Alors, en 2014, Laure Vidal, fondatrice de Il était un fruit, a eu l’idée de leur donner une seconde chance. Pas sous leur forme classique puisque le consommateur n’en voulait pas. Mais sous celle de fruit sec. Ou, pour les légumes ou certains fruits, sous celle plus craquante, de chips. « Mais on ne frit rien. Ce sont des fruits ou des légumes séchés par des procédés naturels, sans huile, sans sucre, sans sel ajouté, sans additif... » , évoque la cheffe d’entreprise montpelliéraine.

« On ne cherche pas à étrangler les producteurs »

Partie dans l’aventure seule « avec un stagiaire », Laure Vidal a depuis réalisé deux augmentations de capital, la seconde récemment d’1,6 million d’euros pour accompagner son développement industriel et commercial. Le chiffre d’affaires au 30 juin a grimpé à 600.000 euros. Quinze collaborateurs redonnent vie à ces fruits et légumes qui finissaient au mieux en compote, en sauce ou sous diverses formes de produits transformés, achetés à prix modiques aux producteurs. «Ces produits écartés des filières sont en majorité épandus dans les parcelles agricoles, et plus occasionnellement orientés vers des plateformes de méthanisation», expliquait les chercheurs de l'Inrae dans leur étude publiée en 2015.

Laure Vidal a créé Il était un fruit en 2014.
Laure Vidal a créé Il était un fruit en 2014. - Il était un fruit

C’est finalement sa « plus belle réussite ». En valorisant ces fruits déclassés, Il était un fruit a permis la création d’une filière du fruit séché en France. « Hormis pour le pruneau, elle n’existait pas. On achète les fruits selon un principe de commerce équitable, sans chercher à tirer les prix vers le bas, à étrangler les producteurs. Notre volonté est de pérenniser ce modèle agricole. »

L’entreprise favorise au maximum le circuit court et les producteurs locaux : « 95 % d’entre eux sont situés à moins de 200 km de Montpellier où sont transformés les produits, au sein du Min (Marché d’intérêt national) » . Elle est régulièrement saluée pour sa démarche, comme lors du gala des ambassadeurs d’Occitanie, organisé par La Tribune, dans la catégorie écologie. Une distinction rare pour une entreprise du secteur agroalimentaire.