Immigration : « Il faut rendre la France plus attractive pour les personnes qualifiées », plaide la députée LREM Stéphanie Do

INTERVIEW Un rapport sur « les coûts et bénéfices » de l’immigration économique co-rédigé par deux députés a été rendu public mercredi 22 janvier

Propos recueillis par Hélène Sergent

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Le rapport d'information rendu public le 22 janvier 2020 préconise d'encourager l'immigration professionnelle en France.
Le rapport d'information rendu public le 22 janvier 2020 préconise d'encourager l'immigration professionnelle en France. — Auteurs : Goodman/LNP/Shutterstock/SIPA
  • La députée LREM Stéphanie Do et son collègue LR Pierre-Henri Dumont ont présenté ce mercredi un rapport sur « l’évaluation des coûts et bénéfices de l’immigration en matière économique et sociale ».
  • Les deux élus formulent 22 propositions pour encourager l’immigration professionnelle en France.
  • Ils appellent le gouvernement à améliorer l’insertion professionnelle des populations immigrées ou encore à simplifier la procédure d’autorisation de recrutement des travailleurs étranger.

La France ne met pas suffisamment l’accent sur l’immigration professionnelle. C’est le constat dressé par deux députés dans un rapport d'information sur les «coûts et bénéfices de l’immigration en matière économique et sociale », rendu public ce mercredi à l’Assemblée nationale. Pendant des mois, Stéphanie Do (LREM) et Pierre-Henri Dumont (LR) se sont penchés sur ce sujet délicat, souvent objet de crispations et d'instrumentalisation.

Peu qualifiée, répartie de façon inégale sur le territoire et fortement exposée au chômage ou au déclassement, la population immigrée en France peine encore à s'insérer sur le marché du travail, pointe le rapport. Au fil de ce document, qui devrait être prochainement présenté au gouvernement, les députés formulent 22 préconisations pour y remédier et encourager l'immigration professionnelle. Objectif affiché par l’élue de la majorité Stéphanie Do, interrogée par 20 Minutes : « casser les idées reçues ».

La députée LREM du Val de Marne a co-rédigé le rapport de la mission d'information sur le coût et les bénéfices de l'immigration.

Quel est l’objectif de ce rapport d’information le coût et les bénéfices de l’immigration ?

Il était nécessaire pour plusieurs raisons. L’objectif premier, c’était de passer en revue toutes les sources, données et études disponibles sur les chiffres de l’immigration. Ce travail de synthèse, c’est aussi un moyen de mieux comprendre la population immigrée en France, de casser les idées reçues et les fantasmes sur cette population immigrée. Les chiffres existent, ils sont fournis par diverses instances comme l’OCDE ou l’Insee mais il n’y a pas d’homogénéité dans les paramètres pris en compte. On a voulu mettre tout cela à plat.

Quels grands enseignements peut-on tirer de votre rapport ?

On peut retenir plusieurs chiffres importants. Le premier, c’est que 6,4 millions de personnes étrangères nées à l’étranger vivent en France. Cela pose un cadre. Cette population est peu diversifiée, très concentrée dans certaines régions comme l’Ile-de-France. Elle est très souvent exposée au chômage ou au déclassement avec une problématique particulière pour les femmes qui représentent presque la moitié de cette population étrangère. L’autre enseignement pointé dans ce rapport, c’est l’importance de l’immigration familiale et humanitaire en France par rapport à l’immigration économique. En 2019, cette dernière représentait 13 % des titres de séjours délivrés.

Quelles préconisations formulez-vous pour encourager cette immigration professionnelle ?

Nous en avons formulé 22 au total. Le constat de départ était que l’impact de l’immigration sur la croissance et le marché du travail en France était quasi nul ou très modéré. Il faudrait instaurer un véritable comité de pilotage de l’immigration professionnelle. Attirer des travailleurs plus qualifiés permettrait une complémentarité enrichissante pour notre pays. La liste des métiers en tension en France est par ailleurs devenue complètement obsolète, on propose d’actualiser les procédures de recrutement et rendre la France plus attractive à l’égard des populations immigrées qualifiées. Malheureusement, la population immigrée ne l’est pas suffisamment.

Nous recommandons aussi plusieurs mesures pour mieux intégrer les femmes immigrées sur le marché du travail. Elles sont encore très affectées par le chômage pour diverses raisons, linguistiques ou familiales. Il faut promouvoir l’activité professionnelle de ces femmes et leur donner davantage accès à des cours de langue. On a aussi constaté un retard en France en matière de reconnaissance des compétences et d’obtention d’équivalence de diplômes. Il faut un processus d’accompagnement parce que c’est encore un parcours du combattant pour ces personnes-là.

Pourquoi la France peine-t-elle à encourager l’immigration professionnelle ?

Jusqu’à présent, notre politique sur le sujet est restée tournée vers l’immigration familiale et humanitaire et non vers l’immigration professionnelle. Il y a une raison historique à cela. Mais l’absence de synthèse claire des chiffres de l’immigration en France a également permis à certaines formations politiques de propager des discours xénophobes. C’est donc aussi une question de volonté politique. Pour avoir pu échanger avec le gouvernement, je sais qu’aujourd’hui cette volonté existe et que l’exécutif souhaite accélérer l’immigration professionnelle.

Pourtant, le 5 novembre dernier, alors que le gouvernement venait à peine de dévoiler ses mesures sur d’éventuels quotas migratoires, la ministre du Travail a immédiatement rappelé que « son absolue priorité » était de « permettre aux Français de trouver du travail »…

Je ne suis pas dans le commentaire. Ce que je sais, c’est que Muriel Pénicaud veut travailler sur plusieurs leviers pour encourager l’immigration professionnelle, avec des objectifs chiffrés ou l’annonce, en novembre dernier, de la mise à jour de la liste des métiers en tension. Elle y travaille fortement. Mais l’intégration par le travail de l’ensemble de la population française, immigrée ou pas, est évidemment nécessaire. Cela va de pair.

Ne craignez-vous pas de voir votre rapport enterré par le gouvernement ?

Non, je ne le crois pas. Notre travail est un travail parlementaire, destiné à faire un état des lieux, livrer des analyses et de fournir une analyse conforme aux retours du terrain que nous avons eu. Nous avons formulé des propositions réalistes et faciles à mettre en œuvre. Maintenant, nous sommes concentrés sur la prochaine étape, à savoir la présentation du rapport auprès du gouvernement, qui devrait intervenir dans les prochaines semaines.