Malgré sa bonne réputation, le vin français confronté à une très forte concurrence internationale

AVEC MODERATION Une enquête menée par l'agence Sopexa auprès de 984 acteurs mondiaux du vin révèle les obstacles à venir en 2020 pour la production française

Romarik Le Dourneuf

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Tout savoir sur le Beaujolais nouveau — 20 Minutes
  • Selon une enquête de l’agence Sopexa dévoilée ce mardi, réalisée auprès de 984 acteurs du vin dans le monde, le vin français est celui qui bénéficie de la meilleure image.
  • Mais les tensions commerciales avec les Etats-Unis, le Brexit et la baisse de la croissance en Chine pénalisent l’export de vin français.
  • Les principaux concurrents sont l’Italie aux Etats-Unis, le Chili au Royaume-Uni et l’Australie en Chine.

« La production française se distingue par sa finesse et sa diversité ». C’est ainsi que François Collache, directeur commercial du pôle Drinks de l’agence  Sopexa, a conclu ce mardi matin la présentation de son Wine Trade Monitor 2019*. Menée auprès d’un millier d’acteurs du vin à travers le monde, cette enquête montre les tendances des mois à venir pour le secteur en termes de ventes.

En se concentrant sur les sept marchés importants que sont les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Belgique, l’Allemagne, la Chine, Hong Kong et le Japon, il en ressort que la France reste un phare dans le monde viticole grâce à son image, la meilleure au monde. Mais de nombreuses menaces pèsent sur ses exportations.

La géopolitique fait souffrir les viticulteurs

Première destination du vin français en 2018 (18 %), les Etats-Unis pourraient découvrir de nouveaux arômes. Pas parce que Donald Trump a déclaré préférer les vins américains, mais parce que les tensions commerciales avec la France au sujet de la taxe numérique pourraient amener à une taxation plus forte des vins hexagonaux. L’enquête de Sopexa révèle que selon les acteurs outre-Atlantique, la plus forte progression dans les prochains mois irait aux vins italiens (+57 % après les déclarations du président américain) et aux productions locales (+40 %).

Même problème, même conséquence au Royaume-Uni. Avec le Brexit, le risque de voir apparaître des droits de douane importants pousse les professionnels du secteur à regarder vers des vins moins onéreux. Le Chili (+53 % de ventes pronostiquées), l’Australie (+45 %) et l’Argentine (+40 %) devraient tirer leur épingle du jeu.

Qualifiée de poumon du vin français par François Collache, la Chine devrait aussi voir la concurrence s’accentuer. Férue de Bordeaux, la population, qui voit la croissance nationale ralentir et la progression de ses revenus avec, pourrait se tourner vers les vins de l’hémisphère Sud. Et en particulier vers l’Australie (+ 60 %). Rob Devis, importateur australien dans l’Empire du milieu, explique ce succès annoncé : « Nos deux pays ont conclu un accord commercial qui exonère les vins australiens de droits de douane (contre 14 % pour les vins français). De plus, nos vins fruités plaisent aux novices. »

Une concurrence toujours plus grande

L’Australie ne concurrence pas la France seulement en Chine. Grâce à une production nationale soutenue par l’Etat, elle développe fortement ses exportations. « (Les viticulteurs australiens) adaptent leur production à la demande et en fonction de leurs capacités de façon remarquable », estime François Collache. Un travail marketing important accompagne leur vin avec succès. Toujours selon l’enquête Sopexa, l’Australie se place à la première place des nations innovantes (goût, packaging…) en matière de vins. Une notion à laquelle la France ne semble pas répondre, puisque notre production ne se place même pas dans les cinq premiers.

La seconde place de ce classement revient à l’Italie. Plus gros producteur mondial (54,8 millions d’hectolitres en 2018, contre 49,1 millions d’hectolitres pour la France), le pays bénéficie d’une grande diversité dans ses cépages. « Les viticulteurs italiens ont fait le choix gagnant de travailler les vins de moyenne gamme », développe François Collache.

Même stratégie pour le Chili. Selon Sopexa, le vin chilien « gouleyant et abordable », jouit d’une grande popularité sur tout le continent américain. En plus d’être le grand gagnant du Brexit, il devrait s’implanter toujours plus en Chine (+46 %).

Et si leurs volumes ne sont pas aussi importants que ceux des précédents concurrents, d’autres pays devraient tirer leur épingle du jeu. La Nouvelle-Zélande, par exemple, ambitionne de devenir le premier exportateur mondial de vin blanc et vise particulièrement la Chine. En Allemagne, les producteurs ont lancé un programme «Generation Riesling », afin de reconquérir le marché local en visant les jeunes. Le Japon applique la même stratégie et développe sa production locale.

Des mouvements contraires

Outre cette concurrence, d’autres éléments pourraient faire obstacle au vin français. François Collache cite en premier lieu les autres alcools : « Comme aux Etats-Unis, où les “hard seltzers” (eau gazeuse aromatisée et alcoolisée) commencent à cannibaliser le marché chez les jeunes. » Il cite aussi l’explosion des ventes de gin au Royaume-Uni et ajoute : « Les millenials se tournent vers beaucoup d’alternatives au vin. Notamment les boissons sans-alcool ou “désalcoolisées”. »

En plein «Dry January », l’étude évoque aussi les mouvements d’abstinence, très présents dans les pays anglo-saxons et dans « certaines régions du monde où la religion n’incite pas à la consommation d’alcool. » Le salut du vin français pourrait alors se trouver dans un travail de rajeunissement de son image, mais également dans la diversification vers « le moyenne gamme » de qualité. Une manière de ne pas perdre pied.

* Enquête menée auprès de 984 professionnels du marché du vin (importateurs, grossistes, distributeurs, membres de l’hôtellerie et de la restauration)​ dans sept pays (Etats-Unis, Royaume-Uni, Belgique, Allemagne, Chine, Hong Kong et Japon), du 9 septembre au 25 octobre 2019.