« Choose France » : Pourquoi la France attire-t-elle les investisseurs étrangers ?

ATTRACTIVITE L’année 2020 commence sous de bons auspices pour la France, qui attire beaucoup d’investisseurs étrangers depuis plusieurs années

Catherine Abou El Khair

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Emmanuel Macron avec le PDG de Coca-Cola, James Quincey à l'occasion du sommet "Choose France", lundi 20 janvier 2020. (Benoît Tessier / AFP)
Emmanuel Macron avec le PDG de Coca-Cola, James Quincey à l'occasion du sommet "Choose France", lundi 20 janvier 2020. (Benoît Tessier / AFP) — AFP
  • Ce lundi, Emmanuel Macron accueille à Versailles plus de 200 dirigeants français et étrangers pour inciter à investir en France.
  • Grâce à une série de réformes, le pays offre depuis quelques années un terrain de plus en plus favorable aux investisseurs, estiment certains économistes.
  • De quoi relativiser le mouvement des « gilets jaunes » et les grèves contre la réforme des retraites, qui ont perturbé l’économie française.

Pour les entreprises françaises, l’année 2020 commence sous de bons auspices. Non moins de 8 milliards d’euros d’investissements étrangers sont d’ores et déjà prévus en France dans les prochains mois, a fait savoir le gouvernement. L’annonce a été faite à l’occasion du troisième sommet « Choose France », organisé ce lundi au Chateau de Versailles.

L’événement, qui réunissait environ 200 dirigeants français et étrangers pour faire affaire, a mis en avant les bons résultats français en la matière. « Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, notre pays retrouve sa puissance économique », a notamment claironné le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire.

Il est vrai que la France atteint des sommets sur les investissements étrangers depuis quelques années. Entre 2015 et 2017, les investissements directs étrangers ont été trois fois plus élevés qu’entre 2012 et 2014, selon la Banque de France. Fin 2017, un total de 23.000 entreprises françaises avait fait l’objet d’investissements venus de l’extérieur.

« La France a toujours été un territoire attractif, comme le sont les pays riches et les pays européens », rappelle Sarah Guillou, économiste à l’OFCE. En quête de territoires et dans un contexte de taux d’intérêt bas, les investisseurs la choisissent d’autant plus en raison d’un certain nombre de fondamentaux. Elle représente un gros marché de consommateurs, mais aussi un point d’entrée dans le marché unique de l’Union européenne.

L’Allemagne et le Royaume-Uni en difficulté

Mais l’Hexagone tire aussi, de plus en plus, son épingle du jeu par rapport à ses concurrents européens. Selon le baromètre du cabinet de conseil EY, en 2018, l’Hexagone a dépassé l’Allemagne en nombre de projets d’investissements, talonnant de très près le Royaume-Uni. « Là où la France a une croissance stable et dynamique, celle de l’Allemagne s’essouffle en raison de difficultés conjoncturelles comme la crise de l’automobile. De même que celle du Royaume-Uni, en raison du Brexit », souligne le chef du département Economie à France Stratégie, Vincent Aussilloux.

L’autre facteur qui peut jouer est celui de la main-d’œuvre disponible en France, dans un pays où le chômage est élevé. « Les marchés du travail allemand et anglais sont beaucoup plus tendus. Même si cela n’a pas encore été démontré, cela peut jouer en faveur de l’investissement. Si l’on prend les cas de certaines entreprises comme Toyota ou Amazon, on voit qu’elles étudient aussi les bassins d’emploi où elles s’implantent », selon l’économiste.

Depuis 2015, un meilleur « climat » pour les affaires

Pour certains économistes, plusieurs réformes ont particulièrement joué sur la perception qu’ont les investisseurs étrangers de l’Hexagone. « Depuis 2015, on voit un rattrapage rapide des investissements étrangers, alors qu’un décrochage avait eu lieu au cours des années 2000, notamment par rapport à l’Allemagne », poursuit Vincent Aussilloux. Selon lui, ce retournement s’explique par l’orientation pro-business adoptée par les gouvernements successifs.

« On peut penser que les dispositifs tels que le CIR [Crédit d’impôt recherche, qui est monté en puissance sous Nicolas Sarkozy] ou le CICE [crédit d’impôt compétitivité emploi, initié par François Hollande], mais aussi les lois Macron, El Khomri et les ordonnances de 2017 [qui ont notamment encadré les indemnités de licenciement sans cause réelle et sérieuse] ont contribué à l’amélioration du climat des affaires en France. L’ensemble a permis de réduire les coûts pour les entreprises et d’alléger leurs charges administratives », souligne Vincent Aussilloux.

Pas d’étude précise

Il ne s’agit, cependant, que d’hypothèses. Car il n’existe pour l’heure aucune étude qui dissèque de manière précise les effets de ces différentes réformes. En particulier pour les plus controversées, comme le CICE, dont les effets sur l'emploi sont encore discutés et les coûts pour les finances publiques dénoncés. « Il est toujours très compliqué d’évaluer l’impact des différents éléments des coûts de production des entreprises », souligne Sarah Guillou, de l’OFCE. « Le coût du travail peut jouer, mais c’est aussi le cas du coût de l’électricité, ou encore de la fiscalité sur la recherche et le développement », rappelle-t-elle. Le contexte européen et macroéconomique a aussi sa part d’influence.

Le contexte social – du mouvement des « gilets jaunes » aux grèves contre la réforme des retraites qui agitent le pays depuis décembre – ne semble quant à lui pas avoir d’impact négatif. Du moins, pour le moment : 87 % des cadres étrangers estiment que la France est attractive, selon un sondage commandé par Business France à l’occasion du sommet « Choose France ».