Le ralentissement de l’économie mondiale en 2020 va-t-il avoir un effet sur votre porte-monnaie ?

ECONOMIE L’OCDE a dévoilé des prévisions en baisse pour la croissance mondiale en 2020

Romarik Le Dourneuf

— 

Illustration de marché boursier
Illustration de marché boursier — JOHANNES EISELE

Une belle perte de vitesse. Voici ce qui ressort des prévisions économiques de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Selon cette dernière, la croissance mondiale devrait plafonner à 2.9 %, soit son plus bas niveau depuis la récession mondiale de 2009. Si le financier Steve Eisman ne prédit pas de crise digne de 2008 à venir, 20 Minutes s’est interrogé sur les conséquences d’un tel ralentissement sur le porte-monnaie des Français.

Des effets très limités…

 

« Au regard des prévisions de la croissance française, nous ne devrions pas avoir de changement significatif », affirme Henri Sterdyniak, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Selon lui, la baisse de la croissance française estimée à 1.2 % pour 2020 reste faible. « Nous devrions continuer à voir des créations d’emploi mais plus faibles que cette année », ajoute-t-il. Même constat pour Maxime Chipoy, directeur du site Moneyvox. fr : « Ce seront un peu moins de richesses à redistribuer, donc les entreprises auront moins de marge de manœuvre pour embaucher et pour augmenter leurs employés. »

Moins d’augmentations, cela signifie donc une stagnation du pouvoir d’achat pour les salariés. « D’autant que des mesures directes ont été faites suite aux “Gilets jaunes” en 2019, il n’est pas sûr qu’elles soient reconduites, explique Henri Sterdyniak, de plus, on s’avance vers une baisse des prestations sociales au vu des réformes à venir. » On pourrait donc même assister à une baisse du pouvoir d’achat le cas échéant selon l’économiste.

Maxime Chipoy ne se montre pas plus optimiste en prenant en compte l’indice psychologique des particuliers dans un premier temps : « Dans un environnement économique compliqué, comme c’est le cas actuellement avec la réforme des retraites, les Français vont avoir tendance à épargner. » La consommation et l’investissement pourraient donc s’en voir touchés. Henri Sterdyniak le démontre : « Déjà en 2019, ça a été l’école de la méfiance, avec tous les discours sur la dépendance, etc. Pour preuve, l’épargne a augmenté de 1 %. »

Pourtant, avec les taux historiquement bas affichés cette année, l’épargne n’est pas très rémunératrice à l’heure actuelle. Henri Sterdyniak confirme d’ailleurs : « Dans cette situation, il faut s’endetter pour être gagnant. Et tout le monde n’a pas les moyens de le faire. » Et cela ne devrait pas changer en 2020 selon Maxime Chipoix : « La Banque centrale européenne ne devrait pas revoir ses taux. »

Mais les deux intervenants s’accordent sur l’importance des choix politiques qui pourraient bouleverser ces prévisions.

…sous certaines conditions

 

« Ce qui permet d’affirmer ces points, ce sont les dernières annonces qui ont rassuré les marchés », explique Henri Sterdyniak. Le succès de Boris Johnson et des conservateurs aux législatives britanniques et le réchauffement des relations entre la Chine et les Etats-Unis ont donné des gages positifs aux différentes bourses qui sont déjà en grande forme. Maxime Chipoix abonde : « Les marchés détestent les incertitudes et ces dernières nouvelles vont dans le bon sens. Et tant que les banques centrales les inondent de liquidités, cela continuera. » Toutefois, le directeur de Moneyvox met quelques bémols à ces prévisions. Tout d’abord, ces nœuds internationaux ne sont pas dénoués et rien n’est acquis. De plus, l’Allemagne, principal partenaire commercial de la France est passée tout près de la récession cette année. « Si l’Allemagne ne réagit pas et ne se décide pas à investir un peu plus, elle pourrait être pénalisée, et donc la France avec elle, par le biais des échanges privilégiés que nous avons. »

De plus, si beaucoup se veulent rassurants quant à une crise économique d’ampleur qui serait évitée l’année prochaine, d’autres assurent que ce n’est pas encore le cas. Maxime Chipoix explique : « Pour le moment les signaux sont positifs, mais si une banque centrale se met à remonter les taux d’intérêt, toutes les autres pourraient suivre et alors nous aurions affaire à un effet domino. »