Cadeaux de Noël d’occasion : Les Français ont le cœur sur la seconde main

CONSOMMATION Selon un sondage, les cadeaux de Noël d’occasion sont de plus en plus populaires auprès des Français

Romarik Le Dourneuf

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Les cadeaux d'occasion occupent de plus en plus de place au pied du sapin
Les cadeaux d'occasion occupent de plus en plus de place au pied du sapin — Pixabay
  • Un sondage, réalisé par Diffusis pour Obvy, révèle que 38.5% des Français ont déjà offert un cadeau d'occasion à un proche.
  • Les premières motivations du choix de l'occasion sont économiques et écologiques.
  • Il s'agit d'une tendance de fond qui est portée par les générations Y et Z. 

Les Français ne perdent plus l’occasion de faire des affaires. Une étude*, réalisée par Diffusis pour l'entreprise Obvy, révèle en effet que 38.5 % des Français ont déjà offert un cadeau d’occasion à Noël et que 40 % seraient prêts à le faire cette année. Et il ne s’agit pas d’un effet de mode.

« Le marché de l’occasion ne fait que croître depuis les années 1990, explique ainsi Dominique Roux, professeure de marketing à l’université de Reims Champagne-Ardenne. Mais une vraie tendance a émergé avec l’apparition des plateformes de type Le Bon Coin. » Selon l’étude de Diffusis, ce sont bien ces dernières qui drainent le plus d’échanges entre particuliers. Avec 61.4 % des achats de produits d’occasion, elles devancent les brocantes et vide-greniers (20 %) et Emmaüs (12.9 %). Quel que soit le contexte, le luxe (18,8 %) et le multimédia (18 %) sont les produits les plus vendus dans le marché de l’occasion.

De nombreux acteurs de l’achat-revente ont bien compris l’intérêt qu’il y avait à investir ce secteur. Parmi eux, Cash Converters. « Traditionnellement, la période de Noël et le mois de décembre sont la plus grosse période de l’année, précise Ronan Pensec, son directeur général délégué. Mais cette année, nous remarquons une croissance à deux chiffres pour certains de nos magasins. »

Une volonté de consommer « intelligent »

« Si on constatait déjà une progression depuis la crise de 2008, le marché s’emballe depuis deux ou trois ans », poursuit Vincent Grégoire, chasseur de tendances pour l’agence Nelly Rodi. La raison de ce succès ? De multiples prises de conscience. La première est économique. A l’origine, l’occasion était un marché de nécessité, contraint et réservé aux populations les plus modestes. « Aujourd’hui, les classes moyennes ont une volonté de ne plus gâcher, de consommer malin », explique Ronan Pensec. Vincent Grégoire met également en avant une recherche de plus haut de gamme : « Les consommateurs veulent plus de qualité désormais, mais n’ont pas plus de moyens. Alors ils se tournent vers la seconde main. »

L’autre réflexion dans l’équation, c’est le potentiel de revente d’un produit. Dominique Roux l’étaye dans ses recherches : « Dès l’achat, le consommateur pense à ce qu’il pourra en tirer quand il voudra s’en débarrasser. Nous passons de l’acquisition de propriété vers la résolution d’un problème, une utilité. »

« En période difficile, les gens se tournent vers le passé »

Une saine habitude pour les portefeuilles, mais aussi pour la planète. Un élément pris en compte par les acheteurs d’occasion, puisque 29.8 % des personnes interrogées par Diffusis déclarent la protection de l’environnement comme la raison première de la seconde main. Le marché de l’occasion est un marché très local. « Cela évite d’acheter des produits qui viennent du bout du monde. C’est comme un nouveau Made In France, surtout pour ceux qu’on retransforme », indique encore Vincent Grégoire. En effet, l’analyste voit se développer les produits d’occasion « améliorés ». Après une première vie, ils sont réparés, modifiés et optimisés. Il prend l’exemple de cette vieille radio qui ne fonctionnait plus mais dont l’esthétique plaisait toujours à son acquéreur. Il l’a réparée puis y a ajouté des fonctions connectées. Avec quelques composants, il est possible d’obtenir un nouveau poste, sans avoir à en acheter du neuf.

Vincent Grégoire parle de « Newstalgie » (Mélange de News et nostalgie) : « En période difficile, les gens se tournent souvent vers le passé, une sorte de quête du souvenir ». Mais cette explication n’est pas la seule selon lui. Si tout le monde veut soigner sa bonne conscience, ce mouvement vient surtout des générations Y et Z qui sont « les catégories qui ont le plus conscience des impacts de leur consommation ». Elles revendiquent même la seconde main. Il ajoute : « Comme avec le bio, il y a une sorte de snobisme, mais il est tout à fait assumé. »

L’occasion de faire des cadeaux à des personnes à qui on n’aurait pas pensé…

Dominique Roux va dans le même sens et ajoute d’autres raisons à cette évolution dans les pratiques : « On veut maintenant faire des cadeaux particuliers. Trouver celui qui correspondra le mieux au bénéficiaire, le plus personnalisé. » Selon la professeur de marketing, les Français sont plus sensibles à l’effort de recherche qu’au montant investi. Elle développe : « On veut maintenant le bon vinyle, la pièce unique qui fera plaisir. C’est un signe qui montre notre intérêt pour la personne, c’est plus significatif qu’une carte cadeau. » Ses études rapportent même que l’occasion permettrait aux gens de faire des petits cadeaux à des personnes auxquelles on n’aurait pas pensé ou qu'on aurait pas pu se permettre en payant le prix fort. « Pour ses collègues ou ses voisins, un petit cadeau de quelques euros qui est en fait un geste amical, d’affection. »

* Sondage réalisé entre le 1er décembre et le 8 décembre 2019 sur un échantillon de 1170 répondants représentatifs de la population française