Réforme des retraites : Le secteur de l’assurance a-t-il à y gagner ?

EPARGNE Un marché est susceptible de croître dans le secteur privé concernant les retraites

Catherine Abou El Khair

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Manifestation le 10 décembre 2019 à Paris contre la réforme des retraites.
Manifestation le 10 décembre 2019 à Paris contre la réforme des retraites. — Christophe Ena/AP/SIPA
  • L’exécutif compte toujours avancer sur la réforme des retraites, malgré la contestation.
  • En parallèle, le gouvernement a pour objectif d’inciter les particuliers à davantage investir dans des produits d’épargne retraite.
  • Un secteur qui a toutes les chances de croître si les pensions baissent.

 

« A l’heure où l’horizon des futures retraites s’assombrit, Axa (…) lance son nouveau plan épargne retraite ». Cette publicité, que l’on peut voir affichée en ligne en ce moment, surfe sur la grande interrogation du moment : devra-t-on épargner davantage pour la retraite, et à qui profitera l’évolution du système à points que veut mettre en place du gouvernement ? Une question qui en amène une autre : les assurances privées, qui complètent les retraites publiques, sortiront-elles gagnantes de la refonte espérée par l’exécutif ?

Certains hommes politiques, comme Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), n’ont pas hésité à crier au complot sur la fin du régime de retraite français, au profit des « fonds de pension américains », selon ses dires.

« C’est un fantasme », réagit le président du Cercle des économistes, Jean-Hervé Lorenzi. Selon lui, rien ne permet pour l’heure d’affirmer que le secteur financier au sens large sortira particulièrement gagnant de cette réforme. Ou en tout cas pas davantage qu’aujourd’hui. Et pour cause, explique-t-il, « les Français préparent déjà leur retraite principalement par l’achat d’un logement ou la signature d’un contrat d’assurance-vie ».

« Il va y avoir un choc »

A l’avenir, si la réforme passe sous sa forme actuelle, un marché est susceptible de croître pour le secteur privé. Encore faut-il savoir si les actifs auront ou non la capacité d’épargner. « Or, on ne peut pas connaître à l’avance l’évolution des prix de l’immobilier et des gains de productivité », souligne Jean-Hervé Lorenzi. Une chose est sûre : en raison du vieillissement de la population dans le cadre d’un système par répartition, à long terme, « il va y avoir un choc sur les pensions [à la baisse] » que les Français devront anticiper.

Dans un tel contexte, le gouvernement a pour objectif d’inciter les particuliers à davantage investir dans des produits d’épargne retraite, donc dans le privé. Alors qu’il existait auparavant différents types de produits indépendants les uns des autres, la loi Pacte, promulguée en mai 2019, permet désormais de transférer facilement son épargne d’un compte à un autre au gré de sa vie professionnelle.

Un marché de 200.000 à 300.000 cadres

Une simplification qui tombe à point nommé pour les cadres supérieurs, catégorie pour laquelle la réforme des retraites apporte le plus de changements. Avec cette refonte annoncée, les revenus des actifs aux plus hauts salaires ne permettraient pas d’acquérir de nouveaux droits à la retraite au-delà de 120.000 euros de salaire annuels.

« On estime aujourd’hui qu’entre 200.000 et 300.000 cadres seraient concernés par la baisse du plafond de cotisations. C’est une nouvelle part de marché pour les banques et les assurances, que ce soit à travers les plans d’épargne retraite individuels ou collectifs », indique Valérie Lamaison, directrice épargne retraite entreprise chez Siaci Saint Honoré, une société de conseil et de courtage et d’assurance.

Des inégalités entre petites et grandes entreprises

Mais au-delà de cette minorité qui pourrait choisir cette voie pour améliorer sa retraite, difficile de prévoir qui d’autres va opter pour ces produits d’épargne retraite. Pour les salariés, pour l’instant, « il n’existe pas de visibilité suffisante sur ce que donnera la réforme des retraites, notamment en termes de taux de remplacement [la part de son ancien revenu perçu une fois à la retraite] », poursuit Valérie Lamaison. Mieux les salariés seront informés sur leur future retraite, plus les assureurs pourront développer leurs arguments…

Reste une inégalité : certes, les entreprises prennent conscience « qu’il faut développer des dispositifs d’épargne retraite dans les entreprises », poursuit Valérie Lamaison. Mais aujourd’hui, selon elle, les dispositifs d’épargne retraite collective sont davantage utilisés « dans les grandes que dans les petites entreprises. L’enjeu, c’est aussi de diffuser ces pratiques dans les PME ».