Réforme des retraites : Ce qui va changer pour vous avec l’âge pivot voulu par le gouvernement

RETRAITES Edouard Philippe a confirmé la mise en place de l’âge pivot pour la génération née en 1965

Nicolas Raffin

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Edouard Philippe le 11 décembre 2019.
Edouard Philippe le 11 décembre 2019. — Thomas Samson/AP/SIPA
  • Edouard Philippe a présenté la réforme des retraites ce mercredi.
  • Il a confirmé l’instauration d’un âge pivot, ou âge d’équilibre, à 64 ans.
  • Le système incitera à travailler plus longtemps pour ne pas être pénalisé au moment de toucher sa pension.

Finalement, il sera bien là. Ce mercredi, lors de son discours pour présenter le nouveau système « universel » de retraites, le Premier ministre Edouard Philippe a acté la création d’un « âge d’équilibre, avec un système de bonus-malus », fixé à 64 ans en 2027. Le gouvernement prévoit même d'instaurer un âge pivot à 62 ans et 4 mois dès 2022, qui augmentera progressivement. 

Le dispositif a déjà un passé mouvementé. En début d’année, il avait d’abord été présenté aux syndicats, qui l’avaient fortement contesté, y compris la CFDT. Pendant l’été, Emmanuel Macron l’avait enterré, préférant parler de durée de cotisation. Mais l’âge pivot a été exhumé et figurera bien dans la réforme. Au grand dam des syndicats. « Une ligne rouge a été franchie » a même déclaré ce mercredi Laurent Berger, le patron de la CFDT.

L’âge pivot, c’est quoi déjà ?

Le principe est simple, puisque l’âge pivot agit comme un bonus-malus sur votre retraite. Si vous partez avant l’âge pivot, votre pension sera réduite suivant un barème qui reste à définir (par exemple -5 % ou -10 %). Si vous partez pile à 64 ans, vous aurez droit à 100 % de votre pension. Et si vous partez après, vous aurez droit à un bonus.

Prenons l’exemple d’un salarié fictif, appelé Bruno. A 62 ans, après 42 ans de carrière, il a accumulé 30.000 points et souhaite partir à la retraite. Le gouvernement ayant fixé le taux de conversion à 0,55 euros, la pension de Bruno devrait s’élever à (30.000 x 0,55) = 16.500 euros par an, soit 1.375 euros par mois. Mais comme Bruno part avant 64 ans, il va subir un « malus » de 10 % sur sa pension et touchera donc 137 euros de moins par mois. Pour ne pas être pénalisé, il faudra qu’il travaille plus longtemps. C’est d’ailleurs ce qu’a répété Edouard Philippe à de nombreuses reprises.

Petite subtilité à retenir : l’âge pivot vous assure seulement de ne pas avoir de pénalité financière par rapport à ce que vous aurez cotisé. En revanche, il ne vous garantit pas un taux de remplacement défini (pourcentage entre la pension perçue et le dernier salaire, dont la médiane se situe pour l’instant entre 72 % et 74 %).

A qui va-t-il s’appliquer ?

D'après les déclarations d'Edouard Philippe, l'âge pivot pourrait démarrer dès 2022 en étant fixé à 62 ans et 4 mois, avec un effet potentiel sur la génération 1960. Il augmentera ensuite progressivementet atteindra 64 ans en 2027. Il concernera alors la génération 1965 et les suivantes, pour la majorité des actifs. Autrement dit, si vous êtes né en 1965, il faudra en théorie attendre 2029 pour partir à la retraite sans avoir de malus. Trois grandes exceptions à ce schéma :

- les salariés des régimes spéciaux (SNCF, RATP) : chez eux, la génération qui expérimentera l’âge pivot est celle née en 1985, avec une possibilité de partir à la retraite en 2037. « Nous le ferons progressivement, sans brutalité et dans le respect des parcours individuels » a expliqué Edouard Philippe ce mercredi.

- les policiers, pompiers, militaires et gardiens de prison conserveront leur droit à un départ anticipé (autour de 57 ans en moyenne pour les policiers, par exemple).

- les « carrières longues » (personnes ayant commencé à travailler avant 20 ans) pourront partir à 60 ans, sans malus, tout comme les actifs (y compris les fonctionnaires) dont le travail comporte des critères de pénibilité.

Est-ce que l’âge pivot restera toujours fixé à 64 ans ?

Très probablement non. Edouard Philippe n’a pas précisé ce point, mais plusieurs indices laissent penser que l’âge pivot ne sera pas gravé dans le marbre. Le Premier ministre le définit en effet comme un « âge d’équilibre », conçu pour que le système ne crée pas de déficit. Or, dans le rapport Delevoye de juillet dernier, il est bien précisé que « son évolution devra tenir compte de l’évolution de l’espérance de vie au fil des générations ».

Autrement dit, plus l’espérance de vie avancera, plus l’âge pivot sera revu à la hausse, afin d’éviter une augmentation de la durée des retraites (et donc des pensions à verser). Selon les projections contenues dans les annexes du rapport Delevoye, l’âge pivot pourrait être de 65 ans et 5 mois pour les personnes nées après 1980 et de 66 ans et 3 mois pour les personnes nées après 1990. En revanche, si l’espérance de vie recule, l’âge pivot diminuera également.

Quelles sont les principales critiques autour de cet âge pivot ?

Pour la CGT par exemple, l’âge pivot à 64 ans et son bonus-malus sont tout simplement une manière déguisée de repousser l’âge légal de départ. Pour Laurent Berger (CFDT), « créer un âge pivot unique est injuste et injustifié (…) L’âge de départ doit être adapté à la réalité de carrière de chacun et évoluer en fonction des situations individuelles ».

En effet, tous les Français n’ont pas la même espérance de vie. Selon l’Insee, les hommes les plus riches (les 5 % les plus aisés) vivent en moyenne 13 ans de plus que les hommes plus pauvres, notamment parce qu’ils ont un métier moins pénible ou qu’ils peuvent se payer de meilleurs soins. Pour la CFDT, un âge pivot unique revient donc à pénaliser fortement les classes populaires.

Dernière critique : si l’âge pivot doit inciter à travailler plus longtemps, cela implique d’améliorer la place des seniors dans l’entreprise. « La France, en comparaison avec d’autres pays européens, a un problème culturel dans ce domaine, rappelle Claude Waret, président de la Fédération interrégionale pour le développement de l’emploi des seniors (Fides), dans une interview à Dossier Familial. Quand on interroge les entreprises sur leur perception des profils seniors, elles citent d’abord leur coût plus élevé, leur manque de flexibilité et d’adaptation au monde du travail d’aujourd’hui. »

Résultat : selon un rapport de France Stratégie publié en 2018, trois Français sur dix âgé de 60 ans sont aujourd’hui au chômage ou inactifs. « L’âge constitue ainsi, avec le sexe, le premier motif déclaré des expériences de discrimination liées au travail, loin devant l’origine ethnique par exemple » notaient les auteurs du rapport. Conscient du problème, Edouard Philippe a promis ce mercredi « une stratégie ambitieuse pour améliorer l’emploi des seniors ». Sans amélioration sensible, de nombreux travailleurs de plus de 60 ans risquent en effet d’attendre longtemps leur retraite en subsistant sur une allocation chômage ou un RSA.