Réforme des retraites : Les femmes seront-elles « les grandes gagnantes » du nouveau système, comme l’affirme Edouard Philippe ?

SOCIAL Le Premier ministre estime que plusieurs mesures annoncées ce mercredi vont améliorer les conditions de départ en retraite des femmes et leur niveau de pension

Delphine Bancaud

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Une femme sui manifeste contre la réforme des retraites, le 10 décembre 2019à Toulouse.Crédit:FRED SCHEIBER/SIPA.
Une femme sui manifeste contre la réforme des retraites, le 10 décembre 2019à Toulouse.Crédit:FRED SCHEIBER/SIPA. — FRED SCHEIBER/SIPA
  • Alors que le niveau de pensions des femmes (hors réversion) est aujourd’hui inférieur de 42 % en moyenne à celui des hommes, le Premier ministre a estimé ce mercredi que la réforme en cours leur serait profitable.
  • Le projet du gouvernement prévoit notamment des majorations liées à la maternité, de nouvelles règles concernant les pensions de réversion, une extension de la pénibilité…
  • Mais des responsables syndicaux, des personnalités politiques et certains économistes estiment que les femmes ne seront pas si vernies que ça…

« Les femmes seront les grandes gagnantes », a assuré mercredi le Premier ministre, Edouard Philippe, en présentant le projet de réforme des retraites. Une affirmation contestée par plusieurs voix, syndicales comme politiques. Les femmes « sont toujours les grandes perdantes » de la réforme, et « claironner l’inverse ne suffit pas à changer cette réalité », a tout de suite réagi le chef de file des sénateurs LR, Bruno Retailleau.

Un sujet d’autant plus scruté que le niveau de pensions des femmes (hors réversion) est aujourd’hui inférieur de 42 % en moyenne à celui des hommes. 20 Minutes détaille les mesures qui les concerneront. 

Le système à points sera-t-il plus avantageux pour elles ?

Oui, selon le gouvernement. « Les Français qui ont des carrières heurtées ou qui sont forcés de travailler à temps partiel ne seront plus pénalisés », a déclaré Edouard Philippe. Car « chaque heure travaillée permettra d’acquérir des points, et donc d’améliorer sa pension », a-t-il indiqué.

Ce que conteste Sophie Binet, co-secrétaire générale de la CGT des cadres et techniciens et en charge de l’égalité femmes/hommes : « Dans l’ancien système, les périodes de temps partiel et d’interruption de carrière étaient neutralisées par le fait qu’on prenait en compte les 25 meilleures années dans le privé et les 6 derniers mois dans le public pour calculer les pensions. Avec le nouveau système, les périodes de précarité se payeront cash », soutient-elle. « L’écart de salaires entre hommes et femmes, qui est de 24 % en France, va se retrouver dans les pensions », estime de son côté Henri Sterdyniak, économiste à l’OFCE.

Des majorations pour les mères, un vrai plus ?

Des points supplémentaires seront notamment accordés « dès le premier enfant, et non à partir du 3e, comme aujourd’hui », a annoncé Edouard Philippe. Cette majoration de 5 % par enfant « sera accordée à la mère, sauf choix contraire des parents », a-t-il précisé. « La majoration de pension de 5 % ne sera pas plus avantageuse pour les femmes, car beaucoup de pères qui gagnent mieux leur vie que leur conjointe, et qui ont donc une pension plus importante, demanderont à ce qu’elle leur soit attribuée », prévoit Henri Sterdyniak.

Une majoration de 2 % pour les parents de familles nombreuses est aussi prévue dans le nouveau système. « Une famille de trois enfants, par exemple, sera perdante, puisqu’elle passe de 20 % de majoration aujourd’hui (10 % pour le père, 10 % pour la mère) à 17 % (5 % multipliés par trois + 2 % pour le troisième enfant) », estime Sophie Binet. « Ces annonces constituent, pour nous, une ouverture positive » a de son côté réagi l’Unaf (Union nationale des associations familiales) dans un communiqué.

Une pension minimale garantie, une bonne nouvelle ?

Le système des retraites réformé garantira « une pension minimale de 1.000 euros net par mois pour une carrière complète au SMIC », a déclaré Edouard Philippe. « Le minimum de pension sera garanti par la loi à 85 % du SMIC dans la durée, et évoluera comme celui-ci », a-t-il poursuivi. Mais pour Sophie Binet, « il s’agit d’une mesure en trompe-l’œil, car il faudra avoir effectué une carrière complète pour en bénéficier. Donc avec le nouveau système, il y aura encore plein de pensions inférieures à 1.000 euros [notamment pour les femmes] ».

L’harmonisation des pensions de réversion, une bonne mesure ?

Le principe des pensions de réversion est préservé dans le nouveau système. « Non seulement nous le préserverons et nous le généraliserons, mais nous l’améliorerons, en garantissant au conjoint survivant 70 % des ressources du couple. Je rappelle que 90 % des bénéficiaires des pensions de réversion sont des femmes », a expliqué ce mercredi le Premier ministre.

Sauf que cette pension de réversion sera garantie à 62 ans, contre 55 ans dans certains régimes aujourd’hui. « Or aujourd’hui, plus de 80.000 femmes de moins de 62 ans bénéficient d’une pension de réversion. Elles en seraient privées dans le nouveau système. Par ailleurs, cette pension ne sera pas ouverte aux femmes divorcées », déplore Sophie Binet.

La pénibilité sera-t-elle mieux prise en compte ?

Le nouveau dispositif prévoit un assouplissement des critères pour la prise en compte du travail de nuit. « Le compte pénibilité sera ouvert à la fonction publique et en particulier à l’hôpital : cela bénéficiera directement aux infirmiers de la catégorie A qui travaillent de nuit et n’ont aucun droit aujourd’hui. Ensuite, nous abaisserons le seuil du travail de nuit, afin que davantage d’agents puissent bénéficier d’un départ anticipé », a ainsi déclaré le Premier ministre.

Une mesure intéressante, mais « il aurait fallu prévoir un système de rattrapage pour les infirmiers de nuit (dont beaucoup sont des femmes) qui ne seront pas concernés par la réforme », estime Henri Sterdyniak.