CES Las Vegas 2020 : « Les start-up françaises vont recruter en direct 25.000 personnes en 2020 »

INTERVIEW A la veille du CES de Las Vegas, forum mondial des start-up, le directeur exécutif de la Banque publique d’investissement Paul-François Fournier décrypte ce secteur économique en forte croissance en France

David Blanchard

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Paul François Fournier, directeur exécutif de l'innovation de BPI France
Paul François Fournier, directeur exécutif de l'innovation de BPI France — Marion Lhermite
  • Bpifrance « a financé 1.000 start-up en 2013, on est sur un rythme de 4.000 par an depuis 2017. Cela conduit à faire de la France un des pays leaders : on est premier, ou très proche du premier en Europe », annonce son directeur exécutif Paul-François Fournier.
  • Le CES Las Vegas est « un outil de visibilité » pour les start-up françaises. « Cela permet de parler à des médias très grand public », poursuit-il.

Directeur exécutif de l’innovation de la Bpifrance (Banque publique d’investissement), bras armé de l’Etat dans le financement des start-up, Paul-François Fournier voit avec intérêt les entreprises numériques françaises se développer ces derniers mois. A la veille du CES de Las Vegas, il dresse pour 20 Minutes un portrait de la French Tech.

Comment se portent les start-up françaises ?

Plutôt bien. Elles se sont beaucoup développées ces dernières années. Il y a eu deux mouvements. Un de volume, avec un changement culturel fort. Créer une start-up est devenu une sortie naturelle pour les étudiants des grandes écoles et d’universités. 25 à 30 % des promos d’écoles d’ingénieurs et de commerce sont en réflexion autour des start-up. On en a financé 1.000 en 2013, on est sur un rythme de 4.000 par an depuis 2017. Cela conduit à faire de la France un des pays leaders : on est premier, ou très proche du premier en Europe. Il y a aussi une croissance du capital-risque, des fonds d’investissement capables d’accompagner ces entreprises à l’international. On est passé d’un milliard en 2013 à quatre milliards en 2018 et cinq cette année. Cela montre l’attractivité de la France pour les investisseurs étrangers.

Dans quels domaines les Français sont-ils le plus performants ?

La biotech et la santé, l’intelligence artificielle, tout ce qui est autour du B to B, la mobilité et la green tech. Il y a plein de belles entreprises qui sont en train de se développer dans ces domaines.

Lesquelles par exemple ?

On a Doctolib, qui emploie 800 personnes actuellement et va devenir une très grosse entreprise dans la santé. Ynsect vient de lever 150 millions d’euros : elle fabrique des protéines animales et va construire une usine à Amiens. EasyMile construit des navettes autonomes. Backmarket grandit très vite [site de vente d’appareils électroniques reconditionnés], les enceintes Devialet, le site Manomano pour acheter son matériel de jardinage et de bricolage, Younited-credit pour le crédit à la consommation en ligne… Ces entreprises sont de plus en plus importantes. On estime qu’elles vont recruter en direct 25.000 personnes en 2020, et ce chiffre augmente.

Comment Bpifrance choisit-il de financer ces entreprises ?

On a plusieurs activités. On fait du financement au quotidien de ces entreprises, via une cinquantaine d’implantations régionales. On intertvient aussi en fonds de fonds, qui consiste en de l’investissement dans des fonds d’investissement qui eux-mêmes investissent dans des start-up. En direct, Bpifrance investit au côté de ces fonds, mais c’est moins de 10 % du total du capital-risque français. Notre objectif est alors d’accompagner ces entreprises vers des fonds d’investissement qui puissent prendre le relais. On ne finance pas une entreprise qui ne trouve pas par ailleurs de fonds privés. On fluidifie le système, sans être les seuls à décider du sort d’une entreprise.

Quelle est l’importance du CES pour les start-up françaises ?

C’est un outil de visibilité, cela permet de parler à des médias très grand public. C’est l’occasion de montrer au monde un certain nombre de très belles entreprises, et de trouver des contacts. Cette année, il y en aura moins que l’année dernière : 300 au lieu de 400. C’est aussi une forme de maturité.

Quels sont vos objectifs ?

Que la France soit leader de la tech en Europe d’ici quatre ou cinq ans. Je suis optimiste. Derrière, il y a la volonté de faire de l’Europe un vrai pôle de la tech. On est en retard, mais on est en train de rattraper ce retard. On a du potentiel qui commence à se voir, et la France attire de plus en plus d’investisseurs américains ou israéliens.

Quels sont les points d’amélioration pour atteindre cet objectif ?

Des moyens de plus en plus importants pour faire face aux grosses levées de fonds. Pour les levées de plus de 20 millions, on est passé de trois en 2013 à 47 en 2018, et 40 sur le seul premier semestre de 2019. Le combat maintenant, c’est les levées de plus de 100 millions d’euros. On est en train de s’y atteler. Il manque aussi une bourse européenne de la tech, c’est un serpent de mer. Il y en a plusieurs, à Zürich, Francfort ou Paris, qu’il faudrait fédérer afin d’attirer plus de capitaux. On a enfin besoin de compétences internationales de plus en plus fortes, et de profils de nature différente, comme la Silicon Valley. L’écosystème français manque d’attractivité pour ces talents expérimentés. Le French tech visa du gouvernement est important, parce que l’innovation est faite de regards croisés, de cultures différentes et de diversité.