Grève : Les taxis et les VTC sont-ils vraiment gagnants ?

SOCIAL Depuis le début de la grève, le jeudi 5 décembre, les taxis et VTC sont devenus l’un des principaux moyens de transport

Romarik Le Dourneuf

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Taxi
Taxi — Clément Follain
  • Depuis le début de la grève, le 5 décembre, les transports en commun sont fortement perturbés.
  • Alternatives très sollicitées, les taxis et VTC sont accusés de faire exploser leurs tarifs.
  • Les prix appliqués par les taxis sont réglementés, alors que les VTC bénéficient de plus de libertés.

« Je ne vais pas prendre un tacos ou un VTC si ça me coûte plus cher que mon salaire journalier », « Pour les chauffeurs de taxi, c’est Noël avant l’heure », « Le Uber est tellement cher que j’ai carrément l’impression d’acheter la voiture »… Les témoignages visibles ces derniers jours sur les réseaux sociaux laissent penser que les professionnels du transport privé n’ont pas oublié de cocher dans leur calendrier la grève contre la réforme des retraites, qui a débuté le jeudi 5 décembre.

Alors que les lignes de trains, de métros et de bus sont fortement perturbés, les taxis et les véhicules de tourisme avec chauffeur (VTC) sont vus comme les grands gagnants des blocages actuels. Mais qu’en est-il réellement ?

Les taxis limités

« Il faut bien différencier les taxis et les VTC », avertit Théodore Monzies. Le cofondateur et président d’Eurecab, un comparateur de prix taxis/VTC, développe : « Les tarifs des taxis sont fixés par arrêté préfectoral. Ils ne peuvent pas augmenter les prix comme bon leur semble. » Si la demande est bien plus forte que les autres jours de l’année, les compteurs ne chauffent pas à outrance. Théodore Monzies explique : « Même s’ils bénéficient des voies de bus, en partie dégagées pendant la grève, les taxis subissent aussi les embouteillages et les prix sont “limités”, même à l’arrêt [36,73 euros pour le prix horaire en marche lente]. Ce sont des journées plus rémunératrices que la moyenne, mais elles sont éprouvantes pour les chauffeurs qui subissent la circulation nerveuse. »

La progression difficile empêche de multiplier les courses, et donc de multiplier les frais de prise en charge. De plus, ceux-ci sont plafonnés (4 € pour une prise immédiate, 7 € pour une réservation, le tout à Paris). « Avec une telle circulation, il faut encore que le lieu de départ d’une course soit proche au moment de la réservation, sinon le taxi va prendre un temps fou et des frais importants pour s'y rendre », précise le président d’Eurecab. Des conditions compliquées qui ont même fait renoncer certains professionnels. « Ce type de journée, très pénible et pas aussi rémunératrice qu’on pourrait le penser, pousse certains collègues à abandonner et à prendre un congé, explique-t-on à la CGT-Taxis. Ça ne vaut pas toujours le coup de subir tout ça, même pour quelques euros de plus. »

Un prix multiplié par 4 dans les VTC

Du côté des VTC, la donne est différente. Car ce ne sont pas seulement quelques euros de plus qu’apportent ces journées. « On a vu certains tarifs multipliés par 4 ce lundi matin », raconte Frédéric Lefèbvre, président fondateur de Bebop, un comparateur de prix spécialisé. Il a également constaté des pointes à 3,4 vendredi dernier, au deuxième jour de grève nationale. « Les algorithmes fixent les prix en temps réel en fonction de l’offre et de la demande. Ils ne seront pas les mêmes en périodes chaudes, comme le matin de 7 h à midi ou de 18 h à 22 h, ou en heures plus calmes. »

S’il est difficile de connaître la méthode exacte de calcul, entre la distance, le temps de trajet et la zone concernée, le résultat est simple : une forte demande amène une hausse des prix. « La journée de jeudi a été extrêmement calme, reprend Frédéric Lefèbvre. Les gens avaient pris les devants et avec le télétravail ou les congés, il y avait peu de monde à transporter. C’est vendredi que ça a véritablement commencé. » Une aubaine pour les chauffeurs mais aussi pour les compagnies, qui prennent une commission de 15 à 25 % sur tous les revenus. Forte demande oblige, les journées sont pleines : le temps d’attente entre deux courses est également réduit, puisqu’il est de trois minutes en moyenne, contre cinq le reste du temps.

Toutefois, comme pour les taxis, la manne possible est pondérée. C’est le cas pour les services de Kapten, qui limite la majoration à trois fois le prix normal, ou de Heetch, qui la modère à 2.5. Son président, Teddy Pellerin, explique cette stratégie : « Nous cherchons un prix d’équilibre. Bien sûr, nous augmentons les tarifs en période faste, mais nous souhaitons garder une bonne image, et donc il n’est pas pertinent de laisser flamber les prix. » Mais d’avouer tout de même : « Oui, les gains pourraient être importants en cas de longue grève. »