Réforme des retraites : Quelles concessions pourrait faire le gouvernement ?

SOCIAL Edouard Philippe détaillera son projet de réforme des retraites devant le Conseil économique, social et environnemental ce mercredi

Delphine Bancaud

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Une urne pour décider de la grève le 6 décembre 2019.
Une urne pour décider de la grève le 6 décembre 2019. — Edme/AP/SIPA
  • Le Premier ministre présente, mercredi à midi, le projet de réforme des retraites dans son intégralité.
  • Ce texte pourrait prévoir certains aménagements, notamment sur les générations concernées par la réforme, l’âge pivot, la pénibilité et l’augmentation de la rémunération des profs.
  • Des points qui sont sujets à débat chez les syndicats.

En coulisse, les discussions vont bon train. L'exécutif est sous pression après une mobilisation massive dans la rue jeudi contre son projet de  réforme des retraites. D’autant qu’un nouvel appel à une grande journée de grèves et de manifestations est prévu mardi et que le trafic RATP et SNCF reste très réduit.

Des réunions autour du projet gouvernemental de réforme des retraites se sont succédé ce week-end à Matignon à l’Elysée, avant que le Premier ministre ne présente, mercredi à midi, le projet de système universel par points dans son intégralité. Des gestes d’apaisement envers les syndicats pourraient être concédés par Edouard Philippe. 20 Minutes passe en revue les options possibles.

Des changements sur les générations concernées

Invitée sur Europe 1 vendredi, la ministre des Solidarités Agnès Buzyn a indiqué qu'« il y a[vait] effectivement une discussion sur l’âge d’application, l’âge de bascule, quelle génération serait concernée » par le nouveau système.

Initialement, le rapport Delevoye propose que la réforme s’applique à partir de 2025, pour les générations nées à partir de 1963. Mais il serait possible que les premiers concernés soient nés dans les années 1970, certains syndicats parlant de la génération 1973, d’autres la génération 1978. C’est ce qu’a plaidé la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, jeudi dans l’émission Vous avez la parole sur France 2. « Moi je pense que cette réforme doit s’appliquer à Emmanuel Macron, (donc aux gens de 1977), aux gens de ma génération, parce qu’on est somme toute encore au début de notre carrière et donc ça me paraît logique qu’on puisse rentrer dans le système », a-t-elle déclaré. Pour les régimes spéciaux, le gouvernement pourrait même prévoir une transition plus longue, certains syndicats réclamant que la réforme ne s’applique qu’aux nouveaux entrants.

Une option qui ne satisfait guère Natacha Pommet, secrétaire générale de la fédération CGT des services publics : « Le gouvernement va peut-être regarder les tranches d’âge les moins défavorables à la réforme des retraites. Mais cela ne sera pas acceptable car ceux qui ne seront pas touchés par la réforme ne voudront pas que leurs descendants soient sacrifiés pour autant », prévient-elle.

Un geste rapide envers les enseignants

Les 900.000 enseignants se sont fortement mobilisés le 5 décembre, avec 51,15 % de grévistes dans le primaire et 42,32 % dans le secondaire, selon les chiffres du ministère de l’Education. Pour les rassurer, Jean-Michel Blanquer, invité de BFMTV vendredi, a promis des augmentations de salaire pour les enseignants à partir du 1er janvier 2021. Et jeudi soir, sur France 2, le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, a donné des gages en parlant de « 400 et 500 millions d’euros par an » pour que les enseignants ne perdent pas avec cette réforme. « S’il y avait un geste fort envers les profs, cela pourrait permettre au gouvernement de rallier l’Unsa à sa cause », commente le spécialiste des questions sociales Bernard Vivier.

La mise en place ou non d’un âge pivot

Le gouvernement a affirmé qu’il ne toucherait pas à l’âge légal de départ à la retraite, établi à 62 ans depuis la réforme de 2010. Mais il envisage la création d’un âge pivot, autrement dit d’un « âge d’équilibre » ou « du taux plein ». Il pourrait se situer à 64 ans pour la première génération touchée. Ce qui signifierait que les salariés partant à la retraite avant cet âge subiraient une décote de leur pension. Alors que ceux qui prolongeraient leur période d’activité au-delà gagneraient plus au moment où ils partiraient en retraite. Une position que défend le Medef. Mais pas certains syndicats : « Ça voudrait dire que pour avoir une carrière complète, certains devraient partir par exemple à 67 ans ! », s’enflamme Natacha Pommet. « Si le gouvernement renonçait à cette idée, ce serait un symbole fort », estime de son côté, Virginie Martin, politiste à Kedge Business School.

Un effort sur la pénibilité

Le gouvernement a précisé que le système universel de retraite qu’il prépare prendrait « en compte les situations spécifiques ». C’est-à-dire « la dangerosité des fonctions », notamment pour les policiers, les militaires et le personnel pénitentiaire, ainsi que « les carrières longues, la pénibilité et les incapacités permanentes de travail », a indiqué Sibeth Ndiaye, mercredi dernier.

« Sur la pénibilité, nous devons respecter ce qui est déjà en place et même nous souhaitons l’étendre, car aujourd’hui la notion de pénibilité n’existe pas dans la fonction publique, en particulier pour le travail de nuit », a souligné la porte-parole du gouvernement. Cela nuit par exemple aux infirmiers de l’hôpital public qui travaillent de nuit et qui ne bénéficient pas de la même prise en compte que dans le privé, a-t-elle ajouté. « Une option qui plairait à la CFDT, qui veut étendre la pénibilité à davantage de salariés », estime Bernard Vivier, directeur de l’Institut Supérieur du Travail.