Réforme des retraites : Les commerçants serrent les dents, en espérant que la grève ne dure pas

BLOCAGE Un an après la crise des « gilets jaunes », les commerçants voient avec inquiétude une grève qui durerait sur le mois le plus important de l’année

Rachel Garrat-Valcarcel

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Depuis les premiers actes des gilets jaunes (ici début décembre 2018), cette image, de commerçants en train de protéger leurs boutiques, est devenue commune.
Depuis les premiers actes des gilets jaunes (ici début décembre 2018), cette image, de commerçants en train de protéger leurs boutiques, est devenue commune. — Yann Bohac/SIPA
  • Pour l’instant, ça va encore, mais les commerçants voient d’un mauvais œil une grève trop longue.
  • Elle perturbe les ventes mais aussi les livraisons, ce qui fragilise les commerces déjà pas en très bonne santé.
  • L’année dernière, les mesures proposées par le gouvernement avaient sauvé pas mal d’indépendants. Mais cette année rien n’est moins sûr.

« Chat échaudé craint l’eau froide » : l’adage est connu mais est rarement aussi vrai que pour des commerçants et commerçantes un an après les « gilets jaunes ». Au quatrième jour du mouvement de grève lancé contre la réforme des retraites voulue par le gouvernement, les professionnels et professionnelles du secteur serrent les dents. Pas de panique encore, mais l’inquiétude est palpable : « Pour l’instant, les chiffres donnés sur une journée, comme jeudi, ne sont pas significatifs. Car les achats peuvent être reportés, explique à 20 Minutes Jacques Creyssel, le délégué général de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD). Mais le Premier ministre doit parler mercredi et ça fera déjà une semaine de grève et là ça va commencer à compter ».

Dans ce contexte, les commerces franciliens et ceux du reste du pays ne sont pas tous logés à la même enseigne. « Il faut distinguer les jours de manifestations, où il y a des vraies difficultés dans toute la France et le reste du temps où la grève touche surtout l’Ile-de-France avec les problèmes dans les transports, décrit Jacques Creyssel. Le sujet majeur, c’est la durée. »

En ce mois de décembre, commerçants et de commerçantes jouent en effet très gros. « C’est vital !, s’inquiète William Koeberlé, président du Conseil du commerce français. Certains font 15 voire 20 % de leur chiffre d’affaires de l’année sur les deux prochains week-ends avant Noël. » « C’est LE mois qui décide de la rentabilité de l’année », ajoute Philippe Goetzmann, consultant en grande consommation, qui pense que le commerce français ne peut pas se payer un second mois de décembre catastrophique de suite.

Désorganisation du commerce

Si les professionnels s’inquiètent également, c’est parce que les reports d’achat ne fonctionnent pas en cette période comme pour le reste de l’année. Si le commerce alimentaire pourra peut-être se sauver dans les tout derniers jours avant Noël, « comme l’année dernière », rappelle Jacques Creyssel, pour le reste des commerces les conséquences peuvent être bien plus funestes. « Un report sur janvier ça veut donc dire des ventes à pertes pendant les soldes », annonce William Koeberlé.

Par ailleurs, même reportés, ces achats peuvent désorganiser profondément le commerce. « Les horaires de travail sont fixés en fonction des prévisions de vente. Avec un décalage on a des jours avec beaucoup de clients mais peu d’employés dans la boutique et des jours où vous payez des gens pour rien. Et l’expérience pour les clients est mauvaise », détaille Philippe Goetzmann,. Cela s’était beaucoup produit l’année dernière, avec les manifestations des « gilets jaunes » qui avaient lieu le samedi, le jour le plus important pour le commerce.

Dans un contexte de concurrence exacerbée, on peut craindre aussi un report des achats vers le e-commerce au détriment du commerce physique. Sans certitude toutefois. « L’année dernière Internet n’a pas plus progressé que l’année d’avant », note William Koeberlé. Et puis surtout, « Noël c’est aussi le plaisir de faire ses courses et donc tout ne se reporte pas sur Internet », précise Jacques Creyssel. Les consommateurs veulent aussi assurer l’arrivée de leurs colis au bon moment à Noël. Or, les blocages ont aussi un impact sur les livraisons des particuliers.

Un commerce déjà fragilisé

Et si ça devait durer, quelles solutions ? L’année dernière, au plus fort du mouvement des « gilets jaunes », les solutions proposées notamment par le gouvernement (chômage partiel, étalement voire exception du paiement des taxes, ouvertures facilitées le dimanche en janvier…) ont permis de limiter les fermetures de rideau définitives, même si certains commerçants et commerçantes ont dû mettre la clef sous la porte cette année. « Les commerces sont fragiles aujourd’hui. Car la consommation ne se porte pas très bien en France, globalement », assure Jacques Creyssel, de la Fédération du commerce et de la distribution.

« On ne conteste pas le droit de manifester, précise William Koeberlé, du Conseil des commerces de France. Mais on ne devrait pas contester le droit de faire du commerce non plus. » Il va même plus loin : « Les commerçants aussi ont le droit de se préparer une retraite. » Une manière de dire que pour les commerçants et commerçantes peut-être encore plus que pour d’autres, « le temps, c’est de l’argent ».